‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 3)Chapitre 9 sur 36 · Paesiello (Giovanni). Voir tome I · texte numérisé non relu

Paesiello (Giovanni). Voir tome I

tutelle et, grâce à elle, cette belle fortune parvint à se rétablir après un grand nombre d'années. En Autriche, une tutelle est le salut d'une famille que menace la ruine; en Russie, elle la consomme ou l'achève.

J'eus de la peine à m'arracher à ce délicieux séjour. Un peu d'amour s'y était mêlé. Enfin il fallut partir. Je revins à Berlin; j'y trouvai ma nomination à La Haye. Pour m'y rendre, je passai par Francfort, où je demeurai une quinzaine de jours auprès de mon excellent père, après quoi je me remis en route pour la Hollande. Je pris celle qui longeait la rive droite du Rhin et qui me conduisit à Russeldorf, où je fis une seconde halle d'une dizaine de jours chez mon cousin le Comte Charles de Nesselrode1, le chef de notre famille et le possesseur des majorais. C'était un homme d'esprit, très instruit, grand musicien. Il était marié a une Comtesse Hatzfeld, grande femme, peu jolie, mais, en revanche, pianiste de premier ordre, à une époque où les Liszt2 et les Thalberg3 ne brillaient pas encore à l'horizon musical. Aussi mon père prétendait-il que ce n'était pas l'amour,

1. Nesselrode (Charles-François-Alexandre-Jean-Guillaume, comte de), 1752-1802, chambellan de la cour Palatine et Aintmann de Blankenberg. Marié le l"r octobre 1781 â la comtesse Josepha de Hatzfeldt 1761-1816.

2. Liszt (Franz), célèbre pianiste et compositeur hongrois, né à Reiding (Hongrie) le 22 octobre 1811, mort à Bayreuth le 1er août

5. Thalberg (Sigismond), célèbre pianiste allemand, né à Genève en 1812, mort à Naples en 1871. Fils naturel du comte Dietrichstein ; fit à quinze ans sa première apparition dans les concerts de Vienne et débuta comme compositeur à 16 ans.

mais la basse générale qui avait formé celle union conjugale. Il aimail beaucoup ce neveu, qui élait le favori de sa famille, comme sa sœur, la Comtesse de Lerchenfeldt, en était la favorite. J'avais fait sa connaissance à Berlin, où, l'hiver précédent, il était venu passer quelques mois. A Dusseldorf, je me liai davantage avec lui; sa conversation était des plus intéressantes. 11 avait vu de près les commencements de la Révolution française et même partagé jusqu'à un certain point l'enthousiasme que les œuvres de l'Assemblée constituante inspiraient alors aux cœurs honnêtes. Les suites les en ont bien vite guéris. Je ne pus jouir longtemps de l'amitié qui s'était formée entre cet excellent cousin et moi. 11 mourut subitement au printemps de l'année suivante.

Mes stations à Francfort et à Dusseldorf avaient beaucoup retardé mon arrivée à La Haye. Je n'atteignis le lieu de ma destination qu'au mois de Décembre, presque à la fin de l'année. Mon Ministre, le Comte Slackclberg1, m'accueillit avec une bienveillance sérieuse. Le début avec lui élait difficile. Il aimait à faire sentir le poids de son autorité à ses subordonnés. Mais il ne tarda pas à se dérider, me fit travailler — c'est tout ce que je lui demandais — et nos rapports devinrent aussi satisfaisants qu'ils pouvaient l'être avec un homme, réunissant à des sentiments élevés, à un cœur chaud, un caractère bizarre et plein d'orgueil. Je passai trois

1. Stackelbekg (Gustave, comte de), ministre de Russie à La Haye, fils du comte Stackelberg, ministre de Russie à Varsovie.

ans auprès de lui; il y eut des hauts et des bas dans nos relations journalières; malgré rein, elles devinrent la base d'une amitié qui se prolongea jusqu'à la fin de ses jours. Il reparaîtra encore souvent dans cette notice biographique, et c'est pour cela que j'ai cru devoir signaler ici les traits principaux de son caractère.

En 1795, lorsque Pichegru1 se rendit maître de la Hollande, l'ancien gouvernement du Stadthouder fut aboli et ses sept provinces réunies transformées en République Batave. C'est sous ce régime que je la trouvai à mon arrivée. Le parti patriote dominait; il gouvernait. Tous les emplois étaient occupés par les adhérents de ce parti républicain ; les Orangistes en étaient complètement écartés. La scission entre les deux partis était fort tranchée. Le mépris du côté des Orangistes, la haine de l'autre, rendaient à cette époque tout rapprochement impossible. Cependant beaucoup de familles orangistes étaient établies à La Haye, telles que les Bylandt2, les Wassenaer, les Heeckeren3, les Yan der Staal. C'étaient elles qui formaient le fond de la bonne société et la principale ressource du Corps diplomatique. La paix d'Amiens venait de rouvrir les portes de la patrie à de nombreux émigrés dispersés en Angleterre et en Allemagne, ce qui fit rentrer beaucoup de jeunes

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