‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 3)Chapitre 17 sur 36 · I. Koutousof (maréchal). Voir loine I · texte numérisé non relu

I. Koutousof (maréchal). Voir loine I

miantzof ne fut pas conlent; il aurait voulu une paix plus avantageuse, ne tenant aucun compte des circonstances dans lesquelles elle avait été conclue, et il s'en fallut de peu de chose qu'elle ne fût point ratifiée. Cette disposition réagit sur la situation personnelle du Maréchal Koutousof. Ce service qu'il avait rendu ne fut pas apprécié, et il dut, sous le poids d'une demi-disgrâce, quitter l'armée où, peu de temps avant, il avait été remplacé par l'amiral Tchitchagof1. Use trouvait dans cette situation, lorsqu'il fut de nouveau appelé au commandement, plus par l'opinion publique que par la confiance de l'Empereur. Ce n'était pourtant pas sans raison que l'Empereur doulait qu'il fût de taille à combattre un adversaire tel que Napoléon. Il était vieux, cassé, maladif; ses infirmités et ses ; blessures ne lui permettaient pas de monter à cheval. D'une bravoure incontestable, d'une intelligence doublée de finesse, d'une grande politesse de formes; il manquait souvent de fermeté et reculait devant les résolutions énergiques. 11 joignit l'armée, lorsque après la sanglanle bataille de Smolensk,

1. Tchitchacof (Pavel Vassiliévitch), 1767-1849, amiral russe. Élevé en Angleterre, entra à la marine ; promu capitaine pendant la campagne de Suède (1789) ; commanda en 1796 l'escadre anglo-russe chargée, sous le duc d'York, de l'aire évacuer la Hollande aux Français. Alexandre Ier, en 1802, le promut amiral et le nomma ministre de la marine. En 1812, gouverneur général des provinces du Danube. Appelé au commandement de l'armée ne réussit pas à barrer à Napoléon en retraite le passage de la Bérésina. Prit après la campagne un congé illimité. En 1834, ne voulant pas rentrer en Russie, malgré l'ukase de l'empereur Nicolas Ior, se fit naturaliser anglais, mais passa la plus grande partie de son temps en France, où il mourut, à Paris.

elle avait déjà atteint les confins du gouvernement de Moscou. Il s'agissait de décider, si on livrerait la capitale de l'Empire, sans tenter les chances d'un nouveau combat. L'impossibilité en ayant été reconnue, on prit une position à Borodino, qu'on chercha à fortifier aussi rapidement que possible. Les deux armées de Barclay et de Bagration s'y concentrèrent et furent renforcées par dix mille hommes de la milice de Moscou, ce qui porta nos forces à cent dix mille hommes. Napoléon vint nous y attaquer, et c'est là que fut livrée une des batailles les plus sanglantes de l'histoire.

Le Maréchal Koulousof la dirigeait à une distance respectueuse. Le héros de la journée fut le Maréchal Barclay qui, poussé au désespoir par les injustes accusations dont il était l'objet, s'exposa au point qu'on crut qu'il cherchait la mort. Le Prince Bagration avait été tué presque au commencement de la bataille. Les portes de l'ennemi furent énormes comme les nôtres; nos principales redoutes ayant été enlevées, la position n'était plus tenable, aussi le Maréchal Koutousof décidat-il le soir même que l'armée se retirerait. Celle de Napoléon, plus ou moins désorganisée, ne fut point en état de nous poursuivre immédiatement. Avant d'atteindre Moscou, il y eut un conseil de guerre dans lequel fut agitée la question de savoir si, pour défendre la capitale, on serait en état d'accepter encore une bataille, ou bien s'il fallait la livrer à l'ennemi. On reconnut l'impossibilité d'un nouvel effort et la majorité des membres du conseil se prononça pour l'évacuation.

L'armée traversa Moscou, mais au lieu de se retirer, soit vers Pétersbourg, soit dans la direction du Nord, elle prit sur la route de Kaluga une position qui oflrait l'avantage de la placer sur les flancs de l'armée française et de lui assurer des communications avec les provinces les plus fertiles de l'Empire. Cette détermination et le sacrifice de Moscou ont sauvé la Russie et préparé le désastre de l'armée française.

Dans l'entourage de Napoléon on avait pressenti le malheur auquel il s'exposait en dépassant les frontières de l'ancienne Pologne. On n'épargna aucun effort pour l'arrêter, mais l'espoir designer la paix à Moscou l'emporta chez lui. Il comptait sur la faiblesse de l'Empereur Alexandre; il croyait que chez celui-ci, comme chez d'autres souverains, l'occupation d'une capitale amènefait la conclusion d'une paix humiliante. L'incendie de Moscou aurait dû détruire ses illusions. Toujours dans l'attente des négociateurs et d'une issue favorable aux pourparlers qu'il avait entamés avec le maréchal Koutousof, il y prolongea son séjour inutilement. Après son entrée à Moscou, il avait été désabusé sur le mouvement de retraite de notre armée. Informé enfin de la direction qu'elle avait suivie, il envoya sous le commandement de Murât un corps d'observation. Celui-ci prit ses cantonnements près du village de Taroutina. Voyant qu'ils occupaient une assez grande étendue, le prince Koutousof mit celte faute à profit et le fit attaquer par des forces supérieures sous les ordres du général Benningsen. Cette attaque eut un

plein succès. Murât fut repoussé, perdit dix-huit canons ; il y eut un grand nombre de morts et de prisonniers. Les résultats auraient été plus importants encore, si, au début de l'action, un de nos meilleurs généraux n'avait été tué, ce qui arrêta le mouvement d'une division qui devait tourner l'ennemi. La nouvelle de ce succès fut apportée à Pétersbourg par le colonel Michaud ; on y reçut en même temps celle du départ de Napoléon qui commençait sa retraite. Inutile de décrire l'effet que ces événements produisirent sur la Cour et sur la ville. L'Empereur demanda à Michaud si on pouvait espérer que l'armée française quitterait la Russie. Le Piémontais de répondre : « Sire, j'en doute si peu que je suis venu solliciter Votre Majesté de rétablir mon roi sur son trône ». L'Empereur le lui promit, il a tenu parole. Pendant ce temps, j'étais peu occupé ; mes travaux se réduisaient à quelques pièces que l'Empereur me faisait rédiger.

La célèbre retraite de l'armée française se poursuivait. Au passage de la Bérésina, le désastre fut au comble. Le 29e bulletin l'apprit à l'Europe et à la France. Napoléon quitta l'armée à Molodeski d'où était daté le bulletin, accompagné seulement de M. de Gaulaincourt et du mameluk Roustan1. La grande armée ainsi détruite, il restait encore le corps du prince Schwarzenberg et celui du général Yorck*

1. Roustan, mameluk de Napoléon, né en Géorgie vers 1780, mort à Dourdan en 1845.

2. Yorck (Jean-Louis), feld-maréchal prussien, 1759-1850. Com-

stationné en Courlande. Le prince Schwarzenberg se retira en Galicie, le général Yorck conclut avec Diebitch1 une capitulation par laquelle il se détacha de Napoléon.

La Russie était purgée de ses ennemis. Une question maintenant se posait : Devait-on se contenter de la délivrance de la patrie ou profiter des chances heureuses pour tenter celle de l'Europe? Tout le monde, chez nous, n'était pas d'accord sur ce point. Le maréchal Koutousof, qui avait si mollement poursuivi les Français, se prononça contre la continuation de la guerre. Mais l'Empereur, inspiré par de grands et nobles sentiments, repoussa ces timides conseils, et résolut de prendre lui-même le commandement de l'armée. Il quitta Pétersbourg, et m'ordonna de l'accompagner. Cette fois il eut l'heureuse idée de laisser à Pétersbourg le cortège avec lequel il était parti au printemps. Nous fûmes, le prince Yolkonski, le comte Araklcheief et moi, les seules personnes qui le sui-

manda sous Macdonald le contingent prussien lors de la campagne de Knssie. Se sépara des Français après la retraite et poussa le roi de Prusse à faire alliance avec la Russie. Prit une part active aux campagnes de 1815-14 et 1815); fut nommé feld-maréchal en 1821. 1. Diebitch-Zabalkanski (Frédéric, comte), 1785-1832, feld-maréchal russe; d'une famille noble de Silésie, eutra au service de la Russie en 1805; commanda une division lors de la campagne de France, et en chef pendant la guerre de Turquie, en 1829, au cours de laquelle il effectua, avec son armée, un brillant passage des Balkans, d'où son nom de Zabalkanski. Commanda également en chef l'armée russe pendant l'insurrection de Pologne (1831-52), mais mourut avant d'avoir fini la campagne.

virent. Le baron Slein1 eut l'ordre de nous rejoindre lorsque l'armée entrerait en Prusse. Avant le départ, l'Empereur me fit rédiger une proclamation adressée aux Prussiens. J'arrivai à Yilna et descendis au Milleva Dom où l'aubergiste me dit qu'il avait logé les diplomates étrangers qui s'étaient groupés autour du duc de Bassano. Dans le nombre se trouvait un de mes amis, le chevalier Fioretti, que j'avais appris à connaître à La Haye et que j'ai retrouvé depuis à Paris, conseiller de l'Ambassade du prince Metternich. Le lendemain, j'allai occuper les chambres qui m'étaient réservées au palais de l'Empereur.

De ce moment, date ma participation active à toutes les grandes affaires qui ont illustré son règne. Je fus chargé d'une mission pour Constantinople. Elle était destinée à informer la Porte des succès obtenus par nos armées et des immenses résultats qui en furent la conséquence. Tout seul et sans employé, j'eus à la fois la peine de rédiger et de copier. Je m'acquittais depuis quelque temps de ce double ^travail, lorsqu'un heureux hasard m'amena M. de Schroeder2, envoyé en courrier

1. Stein (Henri-Frédéric-Charles, baron de), 1756-1851. Homme d'État prussien et grand réformateur. Premier ministre de 1804 à 1808, abolit la servitude delà glèbe, créa les municipalités électives et réorganisa l'armée, de concert avec Scharnhorst. Favorisa le Tugendbund. Quitta le ministère par ordre de Napoléon, et fut exilé d'Allemagne ; se retira d'abord en Autriche, et puis en Russie, complotant partout contre Napoléon. Il fut l'âme du mouvement patriotique allemand enl813-U. Depuis 1827, membre du Conseil d'État à Berlin.

2. Schroeder (de). Chargé de divers postes parle ministère des affaires étrangères de Russie, dans la première moitié du dix-neuvième siècle.

par M. d'Alopeus. Celui-ci était resté à Prague, d'où il nous transmit des informations intéressantes sur l'état piteux dans lequel les débris d'une armée de quatre cent mille hommes avaient atteint l'xVllemagne. L'influence que ce grand revers de Napoléon avait exercé sur les esprits commençait à les exalter ; ils se livraient à l'espoir de secouer un joug détesté. L'Empereur Alexandre était destiné à réaliser ce rêve.

Le 1er décembre, l'armée franchit la frontière en plusieurs endroits. Le quartier impérial suivit la colonne qui se dirigeait .sur la vieille Prusse, laissant Kœnigsberg de côté, et marchant vers Plock. À peine entrés en Prusse, nous vîmes arriver le baron de Stein, auquel l'Empereur confia le gouvernement du pays que nous allions occuper. Il se rendit à Kœnigsberg pour y organiser une administration provisoire, sous la présidence du conseiller privé Schœn. Nous n'étions pas encore entrés dans le duché de Varsovie quand le Comte de Brandebourg1 nous rejoignit. Il portait une lettre du roi de Prusse et était chargé de dépeindre les difficultés de la position, la Prusse étant encore entourée de troupes françaises. Il devait, en outre, rapporter à son souverain des informations sur la direction que suivrait notre armée. Sans l'annoncer positivement, le Roi faisait pressentir son intention de se ralliera nous

1. Brandebourg (Frédéric-Guillaume, comte de), 1792-1850. Fils morganatique de Frédéric-Guillaume II. Entra dans l'armée, et fit les campagnes de 1815 et 1814. Était à la cour de Prusse un des plus fermes soutiens de l'alliance russe.

aussitôt qu'il en verrait la possibilité. Cette communication dut nécessairement décider l'Empereur à pousser en avant. Nous nous arrêtâmes très peu de temps à Plock, ainsi qu'aux autres endroits que nous avions à traverser, et cherchâmes à atteindre Ka lisez par des marches presque forcées. Pendantce temps, nos colonnes de gauche avaient occupé Varsovie, à la suite d'une convention conclue avec le prince Schwarzenberg, par laquelle nous consentions à le laisser entrer en Galicie, sans l'attaquer ni le poursuivre. L'occupation du Duché de Varsovie s'était ainsi paisiblement effectuée, à l'exception d'un seul combat où le général Wintzingerode1 avait défait le corps du général Reynier2. Au cours de ces événements, le roi de Prusse avait secrètement quitté Berlin pour se rendre à Breslau. En arrivant à Kaliscz, nous n'étions plus séparés de lui que par une petite distance. Les communications devinrent fréquentes. Le Roi nous avait envoyé le général Knesebeck3, chargé d'arrêter les bases d'une prochaine alliance. Celle-ci

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