‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 3)Chapitre 21 sur 36 · Markof (comte). Voir tome I · texte numérisé non relu

Markof (comte). Voir tome I

128 ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE.

Le comte Charles de Nesselrode au comte Guillaume de Nesselrode.

Du golfe de Konisberg, le l20 juin.

La célérité avec laquelle j'ai été obligé de faire mon voyage m'a empêché de m'entretenir avec vous, mon cher père, depuis Berlin; je me trouve, en ce moment, dans une barque de pêcheur; je suis en train de faire le trajet de Memel pour éviter les lenteurs que causent les sables du Slrand, et je profite de la douceur du mouvement pour vous donner des nouvelles de mon voyage. Jusqu'ici j'ai tout lieu d'en être content, et je ne puis assez me louer de la manière dont j'ai été servi dans les postes. Parti de Berlin, dans la nuit du 15 au 16, à une heure, je suis arrivé à Kônigsberg le 19, à sept heures du soir; cette nuit, j'ai parcouru les trois premières et meilleures stations du Strand, mais pour les dernières qui m'auraient bien coûté vingt-quatre heures, j'ai mieux aimé m'embarquer, et le ciel paraît favoriser mon entreprise, le temps est très beau et le vent tel qu'il faut quatre heures pour arriver à Memel , car la moitié de la course est faite. Le Prince de Schwartzcnberg qui me précède a pris le même parti et y a réussi avec un bonheur rare en ce pays, ayant fait tout le trajet en cinq heures.

Le bon accueil, que Krudener m'a fait, m'a engagé de lui parler de mon dessein ; il l'a très fort approuvé

el se fera un plaisir de guider mes études dans la nouvelle carrière à laquelle je désire me vouer; j'ai pensé qu'avant de faire aucune démarche, je devais, pour èlie correct, obtenir tout d'abord son consentement car je lui ai dil que je renoncerais à mon projet s'il y trouva il la moindre chose à redire.

Le mouvement du bateau commence à devenir plus véhément, il m'est impossible de continuer, je ne puis que vous prier de me conserver vos bontés, dont je lâcherai toujours de me rendre digne.

Chaules Nesselrode.

Duroc est sur son retour, les deux Saint-Pricst1 viennent d'elle replacés au service, l'aîné sera aide de camp de l'Empereur. Voilà les seules nouvelles de Russie, que j'ai apprises en chemin.

1. Saint-Priest (Guilkuiiiio-KinmanuclGuiGXAUD, comte de), général, né ;i 'onstantinople en 1776, mort à Laon en 1814. Il émigra avec son père en 1791, combattit contre la France, puis prit du service en Russie cl lit la guerre contre les Turcs. S'élant rendu à Mittau en I79!>. il devinl aide île camp du duc d'Angoulème, mais l'insuccès de la campagne de 1800 le décida à retourner en Russie. Nommé par l'empereur Alexandre colonel d'un régiment, il se battit contre la France à Austcrlitz, perdit une jambe pendant la campagne de 1806, lil ensuite une campagne contre les Turcs, devint général-major et porta de nouveau les armes contre ses compatriotes à la Moscowa, à Lntzen et à Leipzig. Pendant l'invasion de 1814, il servit sous Rlucher et succomba à Laon des suites d'une blessure qu'il avait reçue devant Reims.

Le comte Charles de Nesselrode au comte Guillaume de Nesselrode.

Saint-Pétersbourg, le 19 juin/1 or juillet 1801.

Arrivé ici heureusement, le 15 courant, je m'empresse, mon cher père, de vous en donner l'avis. Leurs Majestés m'ont reçu avec leur bonté ordinaire. L'impératrice régnante a daigné agréer Je cadeau du livre que vous lui avez offert et vous en est très reconnaissante; ayant appris qu'elle connaissait parfaitement la langue anglaise je n'ai point balancé à lui faire proposer ce charmant ouvrage. L'Impératrice mère, chez laquelle j'ai soupe à Pawlowsky, s'est beaucoup informé de vous; elle s'est plaint de n'avoir reçu aucune lettre de vous. Elle y vit entourée de sa famille; le Prince évêque d'Eutin s'est bien rappelé vous avoir connu et m'a demandé de vos nouvelles.

Le lendemain de mon arrivée, le Comte Pahlen a donné sa démission de toutes ses places; il est d'abord parti pour ses terres, accompagné de sa femme et d'une de ses filles. Koutousoff a été nommé Gouverneur de Pétersbourg et le Prince Alexandre de Wurtemberg a obtenu le Gouvernement de Livonie.

Adieu, mon cher père; les affaires que m'occasionne mon arrivée m'empêchent de m'entretenir plus longtemps avec vous, mais je ne manquerai pas le cour-

ricr prochain de vous donner des nouvelles de mon voyage.

Charles Nesselrode.

au comte Charles de Nesselrode.

Francfbrt-sur-le-Mein, ce 9/21 juillet 1801.

Vous avez voyagé, mon cher fils, avec promptitude et célérité, et je vous en félicite. J'ai reçu en son temps votre lettre de Berlin du 15 juin, celle datée de Kônigsberg du 20 n. st., et celle du 19 juin (1er juillet), datée du 60f degré, .m'est venue hier. J'attendais l'arrivée de celle-ci pour vous répondre plus en détail à toutes les trois.

Lorsque vous en aurez l'occasion, mettez-moi aux pieds de l'Impératrice et exprimez-lui, si vous pouvez, tout le bonheur que j'ai ressenti, en apprenant qu'elle a daigné recevoir avec bonté le livre dont j'ai osé lui faire hommage.

En revenant de Weimar ici, je me suis arrêté deux jours à Geluhausen pour y faire ma cour à LL. AA. SS. Mgr le prince et Mme la princesse héréditaires de Bade. Je pense qu'à l'heure qu'il est, ils doivent être bien près du séjour qui les attend, surtout s'ils ont suivi le conseil que je leur ai donné d'envoyer, dès leur

arrivée à Berlin, une estafette à l'Impératrice pour lui demander d'envoyer à leur rencontre un conducteur russe qui les aiderait à faire promplement la route du Strand et surtout de la Memel vis-à-vis de la ville de ce nom. Leur voyage m'a paru présenter d'assez grandes difficultés, en raison des énormes fourgons qui les accompagnent, et qui ne sont nullement propres par leur construction à franchir cette route avec facilité, encore moins à effectuer le passage de la rivière.

Si vous retournez à Pawlowski, n'oubliez pas de témoigner à l'Impératrice-mère toute la sensibilité dont j'ai été pénétré, en apprenant le souvenir de bonté qu'elle daigne me conserver, et dites-lui que si je ne me suis point rappelé à Elle par lettre, c'est que je u'ai pas osé mettre sous ses yeux l'écriture d'un homme aussi inutile au monde que moi et par son âge et par ses infirmités.

Présentez mes hommages respectueux au prince évèque d'Eutin. Je suis d'autant plus flatté qu'il se soit souvenu de moi, que c'est à mon plus grand regret que je me rappelle n'avoir passé que trop peu de moments avec un prince d'un mérite aussi distingué que le sien. C'était à un dîner que nous fîmes ensemble chez le roi de Prusse, Frédéric II, à Potsdam, et jamais depuis je n'ai plus eu le bonheur de le rencontrer.

Je viens de recevoir une lettre de Mme la duchesse de Weimar qui m'annonce avec une grande satisfaction avoir reçu de Saint-Pétersbourg la nouvelle que le mariage de son fils avec Mme la grande-duchesse Marie

venait d'être fixé pour le printemps de l'année 4803, ce délai laissant aux deux partis le temps d'atteindre un Age plus convenable, pour la formation de leur lien, que celui de la toute première jeunesse. J'ai cru, mon cher fils, devoir sur-le-champ vous transmettre cette nouvelle, afin de vous mettre à môme de prendre vos mesures en conséquence.

Adieu, mon cher fils, car je ne veux pas laisser partir le courrier de ce jour sans qu'il vous porte cette lettre. Je pars dans le courant de la semaine pour la campagne du neveu de mon nom.

Le comte Charles de Nesselrode au comte Guillaume de Nesselrode.

Saint-Pétersbourg, le 1/12 août 1801.

(Cette lettre n'est partie que le 5/1 7 d'août.)

Le départ de M. Vogl, secrétaire du baron de Wollzogen1, m'offrait l'occasion de vous éclairer sur diffé-

1. Wolzogen (Juste-Louis, baron de), général prussien, 1775- 18 i'>. Entré, en 1792, dans la garde wurlembergeoise avec le grade de lieutenant, il passa, deux ans plus tard, au service de la Prusse. En 1802, il devint précepteur du prince Eugène de Wurtemberg, qui le prit pour aide de camp et lui donna le grade de major. Mais pendant la campagne de 1806, il ne voulut pas combattre contre la Prusse et chercha à obtenir s;i réintégration dans l'armée prussienne. L'Électeur en ayant été informé le nomma lieutenant-colonel et commandant de sa garde à pied ; mais les intrigues de ses ennemis le

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rents objets; j'en profite avec d'autant plus d'empressement, que celui de Jahn, qui n'a pu jusqu'à présent obtenir son passeport, paraît se traîner en longueur. On renvoie ce pauvre diable de Ponce à Pi la te.

Yotre dernière lettre du 0 (21) juillet, qui m'est parvenue en 18 jours, m'a parfaitement rassuré sur l'état de votre santé et a entièrement dissipé les inquiétudes que je vous ai marquées, le courrier passé. Vous me félicitez d'avoir voyagé promptement? moi du tout, je regrette infiniment de n'avoir point passé un mois de plus avec vous, cela n'aurait fait aucune différence ici, d'autant plus que deux autres envoyés pour le môme objet ne sont encore point de retour à l'heure qu'il est. C'est une maladresse irréparable, il ne faut

forcèrent à prendre sa retraite en 1807. 11 refusa, à cette époque, les offres qui lui étaient faites de la part du roi de Prusse et se rendit à Saint-Pétersbourg, où ses relations avec le général de Phull le firent attacher en qualité de major au quartier général de l'armée. L'empereur Alexandre le choisit, en 1810, pour l'un de ses aides de camp. L'année suivante, le même prince, prévoyant une rupture prochaine avec Napoléon, le chargea d'aller étudier le théâtre de la guerre en Westphalie. Pendant la campagne de 1812, il fut attaché à l'état-major général de Barclay de Tolly; mais lorsque ce général eut quitté l'armée en septembre de la même année, il revint auprès de l'empereur de Russie, qu'il ne quitta pas pendant la campagne de 1815. Le conseil qu'il donna à Leipzig de faire avancer la réserve lui valut le grade de major général, qui lui fut conféré sur le champ de bataille. Nommé ensuite chef de l'état-major général du duc de Charles-Auguste de Saxe-Weimar, commandant du 3e corps de l'armée allemande, il fit, sous les ordres de ce prince, la campagne de 1814, et l'accompagna ensuite au congrès de Vienne. En 1818, le roi de Prusse le nomma son plénipotentiaire près la Commission millitaire de la Confédération germanique, et il occupa ce poste jusqu'en 185G, époque à laquelle il fut mis à la retraite, avec le grade de général d'infanterie.

lus y penser. Pour vous prouver cependant que je n'ai point perdu mon temps en balivernes, je joins à cette lettre les deux que j'ai adressées, l'une à l'Impératricemère, avec sa réponse, et l'autre à l'Empereur, qui jusqu'à présent me laisse dans l'attente, et tout cela pour être attaché à la mission de Berlin. Le départ du comte Pahlen m'a fait perdre la seule véritable et. puissante protection qui me restait dans ce pays-ci ; avec lui toutes mes espérances s'en sont allées. Pour parvenir à mon but, je ne voyais aucune autre route que celle que j'ai suivie, nous verrons ce qui en résultera. Avant de la choisir, j'ai consulté notre ami Fedor Golovkin1; il a approuvé le parti que je m'étais proposé de prendre et a même eu la complaisance de faire les requêtes, il vous en parle dans la lettre ci-jointe, qu'il m'a chargé de vous transmettre. Le refus que j'ai eu le malheur d'essuyer de la part de l'Impératrice-mère provient, il me semble, de ce qu'elle se croit négligée de votre part; au nom de Dieu, ne tardez pas de lui écrire pour la remercier de ses bontés, car, comme elle vit à Pawlowski, il est impossible que je puisse parvenir à Elle, pour lui présenter les excuses dont vous me chargez dans votre dernière lettre. Il est en ce moment de la plus grande importance d'être honoré de sa bienveillance, et comme vous avez déjà fait tant que de la captiver, il me semble qu'il serait impardonnable de la perdre, à propos de quelques compliments exprimés

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