Golovkin (Fedor). Voir tome
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avec beaucoup de sentiment, « die Sie ja ans dem Àermel schiitteln ».
Je vous avais annoncé dans une de mes précédentes le départ du général Duroc comme prochain; il est retardé et je crois que le général pourrait fort bien suivre la Cour à Moscou. Si, à son retour, il passe par Francfort je vous conseille de tâcher de faire sa connaissance. Tous en serez certainement satisfait, il a tenu ici une conduite merveilleuse, en général il serait difficile de trouver plus de tact, de modestie et de sens réunis dans un jeune Français? Il joint à ces avantages une jolie figure, qui lui a captivé les cœurs des jolies femmes; la chronique scandaleuse parle même d'une liaison avec Mme N.... Dieu sait ce qu'il en est, mais la chose me paraît assez probable. Le Prince Dolgorouki1, le même que vous avez vu avec le général Sprengporten2, vient d'être envoyé derechef à Paris; si j'avais été instruit plus tôt de son départ je l'aurais chargé de quelques paquets pour vous. Vous ignorez peut-être encore que le général Sprengporten a eu, au
\. Dolgorouki (Pierre-Petrovich, prince), général et diplomate, oé on 1778, mort en 1800, fit la campagne de 1805 contre les Français, remplit diverses missions et prit part à la campagne de Moldavie.
2. Sprengporten (Joram-Magnus, baron de), général suédois, né en Finlande vers le milieu du xvnic siècle. Entré fort jeune au service et parvenu aux premiers grades dans l'armée suédoise, il concourut au rétablissement du roi Gustave III dans le pouvoir dont le sénat s'était emparé. Il conspira ensuite contre ce roi et se réfugia en Hollande, puis en Russie. Il intrigua pour faire réunir la Finlande à la Russie. 11 tomba en disgrâce auprès de la cour de liussie vers la fin du règne de Catherine II. Il fut envoyé par Paul Prà Paris poury stipuler des conventions secrètes d'alliance.
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îtour des prisonniers, le Cordon de $aint-Àlexandre avec le crachat en diamants; j'ai tout à fait oublié de vous le mander dans ma dernière lettre.
Le retour de Mme Zagriaski a donné lieu, depuis une semaine, à plusieurs fêtes; la plus brillante était celle du Baron Grégoire StrogonoP, le même que vous avez connu à Berlin; on prétend généralement qu'elle lui a coûté 25000 roubles. Les fêtes sont à l'ordre du jour, et voilà comme nos grands seigneurs se ruinent ;i force de s'amuser. La Cour vit par contre dans la plus grande retraite, on ne la voit jamais; l'Empereur, ennemi juré des cérémonies et de tout ce qui exige de la représentation, ne paraît presque plus en public autrement qu'en fort simple équipage, sans aucune suite. Les sorties ordinaires du dimanche n'ont plus eu lieu depuis deux mois; j'ai assisté à la dernière, le jour de mon arrivée. 11 habite continuellement Kamenoi Ostrcrw",
d'où il fait toutes les semaines une course à Pawlovsti*,
I . Sit.ogoxof (Grégoire, comte), 1 770-1857. Il remplit, de 1805 à 1808, les fonctions d'ambassadeur à Madrid, puis à Stockholm, et lut envoyé en 1821 à Constantinople, où il se signala auprès du divan par la fermeté de son attitude en faveur des Grecs. Il donna peu après sa ilémission et fit à l'étranger un voyage, dont il revint en 1825. Après avoir reçu Tannée suivante, de l'empereur Nicolas, le titre de comte, il rentra en 1827 dans le service actif, devint membre du conseil de l'Empire et assista en 1858, en qualité d'ambassadeur extraordinaire de la Russie, au couronnement de la reine Victoria en Angleterre. Bu 18-10, il avait été nommé grand chambellan.
a) Kamenoi Ostrow, résidence impériale d'été sur une des îles de la Neva, aux environs de Saint-Pétersbourg.
b) Pavlovski, palais d'été bâti par Paul Ier, à une trentaine de kilomètres de Saint-Pétersbourg.
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la résidence de l'Impératrice mère et de toutes les Princesses. Sa société consiste en quatre jeunes gens, savoir : le Comte Kotchoubei, le Prince Adam Czartoriski, le Comte Séverin Potocki, le jeune Comte Strogonof et un Prince Galitzin que vous ne connaissez pas. La durée du séjour de Moscou n'est point encore fixée : quelques-uns parlent de quatre semaines, d'autres d'autant de mois; le départ est arrêté au 28 d'août.
Le Baron Wolzogen m'a confirmé la nouvelle, relative au mariage de Mme la Grande-Duchesse, que vous me donnez dans votre dernière lettre. Le porteur de celle-ci, M. Vogt, est chargé du contrat de mariage; il a promis de porter cette agréable nouvelle en douze jours à sa Cour, nous verrons s'il tiendra parole.
Le comte Charles de Nesselrode à son père.
Saint-Pétersbourg, 16/28 d'août 1801.
Je m'empresse, mon cher père, de vous annoncer l'accomplissement d'un de mes plus chers désirs. Sa Majesté l'Empereur a daigné m'accorder la grâce de me placer à la mission de Berlin, en me conservant l'honneur de tenir à sa personne, comme Chambellan, et je compte partir dans une quinzaine de jours pour le lieu de ma destination. Les démarches que j'avais
d'abord faites et dont je vous ai beaucoup parlé dans ma précédente n'avaient eu aucun succès et je vous avoue franchement que je ne conçois pas trop comment après cela j'ai pu réussir. A la requête, que j'avais adressée à Sa Majesté, Elle m'a fait répondre de me présenter au Comte Panin, à la disposition duquel Elle a bien voulu laisser la décision de mon sort et c'est principalement à lui que je dois mes succès; je vous prie, en conséquence, de l'en remercier et de me recommander à sa bienveillance, puisqu'à présent j'ai l'honneur de servir sous ses ordres; il me semble qu'il sérail convenable d'écrire quelques mots à cette occasion au Baron de Krudener.
Adieu, mon cher père, je suis malheureusement obligé de finir, car je dois encore mettre mon esprit à la torture pour créer une belle épître au Baron de Krudener, ce qui, avec une cervelle étique comme la mienne, n'est certainement une bagatelle.
Charles Nesselrode.
Le Comte Kouchelef a obtenu sa démission; M. de Mordvinof a été nommé ministre de la marine à sa place.
Le comte Guillaume de Nesselrode au comte Charles de Nesselrode.
Francfort-sur-le-Mein, ce 18/50 octobre 1801.
De retour ici depuis le 4 septembre, n. st., de la campagne de votre cousin Nesselrode, j'ai reçu successivement votre numéro 5, en date du 26 juillet (7 août), le numéro 4 du 1 (12) août, le 5 du 16 (28) août et celle du 5 (15) septembre, sans numéro, et en dernier lieu celle du 14 (21) septembre, datée de Riga, également sans numéro. J'ai été charmé d'apprendre que malgré toutes vos appréhensions, mon cher fils, vous aviez eu un plein succès dans vos démarches pour vous attacher à la mission de Berlin; cependant je crois devoir vous faire observer ici, que si, à cet égard, vous aviez pu être d'une nature moins impatiente, il vous eût été tout aussi aisé de vous placer à la mission de Paris qui, sans doute, vous aurait offert un champ bien plus vaste pour étendre vos connaissances et rectifier vos idées que la place de Berlin. M. de Markof, en passant ici dans le courant du mois dernier pour aller relever M. de Kalitschef en France, m'a fait à ce sujet les offres les plus 'amicales, les plus nobles et les plus généreuses; il s'engageait en même temps à obtenir pour cet effet l'agrément de la Cour, celui de l'Empereur, celui du Comte Panin, lorsque je l'en requerrais, et vous voudrez bien convenir avec moi, je me flatte,
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malgré voire grande passion pour le séjour de Berlin, qu'il eut été bien autrement utile pour vous d'être à portée du citoyen Laharpe1, instituteur du lycée de Paris, que d'approcher le sieur Gedike, quoiqu'il ait bonne opinion de lui-même et se regarde comme le premier pédagogue d'Allemagne.
Ceci ne m'empêche pas de vous exhorter très sérieusement à profiler de votre séjour en cette ville, pour l'aire, et le [dus vile que VOUS pourrez, la connaissance de Gentz, que je n'ai jamais vu pendant que j'étais à Berlin, mais dont j'ai lu les écrits depuis, qui annoncent à coup sûr une tête bien organisée, remplie de connaissances profondes sur la situation actuelle des aflaires politiques de l'Europe, et qui vous seront bien autrement utiles que tous les programmes scolastiques du sieur Gedike.
1. Laharpk (J. Franc), écrivain français (1759-1803), auteur de tragédies. Membre de l'Académie française (1776). H se chargea en 1780 de faire un cours de littérature à L'établissement qu'on venait de fonder sous le nom de Lycée (appelé depuis l'Athénée) ; il y obtint le plus grand succès; ses jugements tirent autorité, et il mérita par son goût et son talent de critique le surnom de Quintilien français. Le principal titre de Laharpe est son Cours de littérature, professé au Lycée (10 vol. in-8, 1799-1805, souvent réimprimé).
Le comte Charles de Nesselrode à son père.
Berlin, le 20 octobre 1801.
Voilà, mon cher père, une liste complète des gratifications destinées au couronnement de S. M. l'Empereur; je l'ai reçue, hier, de Pétersbourg et je n'ai rien de plus pressé que de vous en transmettre une copie. Vous y trouverez le nom de mon digne chef et il me semble que ce serait une bonne occasion de lui écrire, en le félicitant. Ne croyez pas que je vous réitère cette demande pour être encore mieux avec lui que je ne le suis ; mon sort est fort heureux et je ne puis jusqu'à présent que me louer du choix que j'ai fait; mais ce serait toujours une attention qui ne pourrait que lui être infiniment agréable. Le Comte Nicolas Roumiantsof, qui, comme vous savez, est à la tête de la communication des eaux et de la réparation des chemins, a reçu, de Novgorod, une lettre de l'Empereur, dans laquelle il lui marque qu'il a été très mécontent d'apprendre que la chaussée faite de Pétersbourg à Moscou n'a été ouverte que pour lui, et que, par conséquent, les autres voyageurs avaient été obligés de suivre de mauvais chemins de traverse. Il n'en fait aucun reproche au Comte, puisque celui-ci n'est que depuis peu à la tête de ce département, mais il espère que le Comte ne s'épargnera pas de peines pour rendre
les chemins généralement bons et qu'il en fera jouir le dernier de ses sujets comme lui.
Voilà ce qu'on m'a mandé hier de Pétersbourg; les détails des illuminations et des autres fêtes occasionnées par le couronnement ne peuvent guère vous intéresser; aussi n'ai-je plus le temps de vous en donner le récit; celle lettre doit partir par la poste d'aujourd'hui, sinon elle perdrait son unique mérite, celui de la nouveauté. Bonsoir, mon cher père, je vous embrasse mille fois.
Charles.
Le comte Guillaume de Nesselrode au comte Charles de Nesselrode.
Francfort-sur-le-Mein, ce 1/13 novembre 1801.
Voici, mon cher fils, ma réponse sur l'article touchant la nation hébraïque contenu dans votre lettre dernière, qui est la 12e que vous m'avez adressée depuis que nous nous sommes vus.
Mme Arnsteiner, que j'ai beaucoup vue à Berlin, il y a six ou sept ans, joint à beaucoup d'esprit une très grande amabilité. Sa fille, je crois, avait alors douze ou treize ans, et annonçait déjà par ses premiers progrès les plus heureux résultats d'une éducation très soignée. Je ne les ai revues ici qu'un instant (car elles ne s'y sont arrêtées que deux jours, en venant en dernier
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lieu de Paris pour se rendre à Berlin) à un bal que Maurice Bethmann1 leur adonné. J'ai trouvé la mère extrêmement vieillie de figure, la fille dansant à merveille et d'une manière distinguée; on la dit ici promise h un comte de Degenfeld, attaché à la mission prussienne à Londres. J'ignore si ce bruit est fondé. Au reste, il est incontestable que le peuple juif a considérablement gagné du côté de l'éducation depuis une trentaine d'années, surtout dans la partie du Nord de l'Allemagne, et un nommé Mendelssohn" que j'ai connu à Berlin du temps de Frédéric II, homme moral et qui jouissait d'une grande considération parmi eux, y a puissamment contribué. Il est l'auteur du livre Sur l'Immortalité de V Ame qui fit grand bruit dans le temps, quoique ce ne fût qu'un galimatias métaphysique qui n'expliquait rien, ainsi qu'il en sera toujours, lorsqu'on voudra s'approcher d'une question inabordable, maladie assez commune chez nos savants allemands. Je me rappelle à cette occasion qu'un nommé M. de Fritsch3, ministre de l'électeur de Saxe à Dresde, homme de mérite et très instruit vint faire une visite à Potsdam au Boi dece temps, qui avait une grande estime et amitié pour lui. Il demanda à 8a Majesté qu'il voulût bien faire venir Mendelssohn de Berlin pour avoir une cou vci-
1. Bethmann (Simon-Maurice de), célèbre banquier de Francfort, anobli par l'empereur d'Autriche, nommé conseiller d'État et consul général de Russie à Francfort-sur-le-Mein par l'empereur Alexandre 1°'.
2. Mendelssohn (Mosès), écrivain et philosophe allemand, né à Dessau en 1729, mort à Berlin en 1780.