‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 3)Chapitre 24 sur 36 · ISI · texte numérisé non relu

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courriers par la Toscane ou par le territoire de la République Ligurienne. Vous jugez bien que notre ami, le marquis, n'était guère l'homme propre à accepter une telle convention, aussi me paraît-il très simple qu'on ne veuille pas de lui à Paris pour achever une pareille besogne. Le moyen employé pour le faire partir d'ici n'en restera pas moins extraordinaire, et les raisons pour lesquelles son séjour à Francfort peuvent gêner le uouvernemenl français demeureront incompréhensibles. C'est le courrier Gervais, de passage ici, il y a dix jours, qui a porté cette besogne de M. Markof à la sanction de notre Cour.

Vous avez déjà deviné, je l'espère, mon cher fils, que le long détail que je vous fais de cette longue aventure n'est que pour vous tout seul, sans communication quelconque à aucun de vos collègues en diplomatie, et le marquis, qui me charge de mille amitiés pour vous, me prie fortement de vous recommander en même temps, de sa part le silence le plus strict sur tout ce qui peut le concerner personnellement dans cette affaire. En attendant, il part d'ici demain, pour les bains de Tœplitz, en prenant la route de la Franconie, d'où il ira, son passeport autrichien à la main, par le Tyrol, rejoindre son nouveau roi à Rome, pour mettre à ses pieds la démission de tous ses emplois, renonçant pour jamais à tout exercice de friponnerie dont l'usage est si usité en diplomatie. De là, il se rendra à Florence pour y rassembler sa famille éparse dans le reste de l'Italie, avec laquelle, après avoir vendu ses biens en

Piémont, il ira se retirer en Angleterre pour y passer le reste de ses jours. Ce plan m'a paru digne de l'esprit du marquis, d'une âme sensible et d'un cœur droit, et c'est ce qui m'a fait vous le transmettre, comme un excellent exemple à suivre dans les diverses occurrences de la vie, où vous pourrez vous trouver, lorsque je n'existerai plus, surtout pendant que vous parcourrez la carrière diplomatique. 11 est superflu, je pense, de vous dire que rien, relativement à ce plan du marquis, ne doit transpirer vis-à-vis de M. Casteldalfieri ; mais il est essentiel d'ajouter que dans l'accomplissement de l'odieuse commission dont il était chargé auprès du marquis, notre ami Hirsinger s'est conduit avec toule la loyauté digne de son caractère, avec cette sensibilité d'âme que nous lui connaissons et qui fait tant d'honneur à un représentant de la République française, en l'an X de son existence.

Le comte Charles de Nesselrode à son père.

Berlin, le 31 juillet 1802.

Aussitôt après avoir reçu votre lettre du 25, je suis allé chez le comte Sladion pour relire la fameuse pièce de la Cour de Vienne, qui n'arrêtera nullement la prise de possession des indemnités de la Prusse, mais je suis

tout a fait de votre opinion. La conduite que la Cour de Vienne a tenue dans cette affaire n'a été utile qu'à notre Cour en lui procurant une influence marquée sur les affaires de l'Allemagne. Les cadeaux qui ont été distribués à Paris par la Cour des Tuileries et par celle d'ici ont été très considérables, et ont surpassé les présents usités en pareilles occasions. Le général Beurnonville a eu 100 000 francs, et Bignon une très belle boîte.

La nouvelle de la mort de l'Électeur de Mayencenous est parvenue hier; elle est arrivée à propos pour le Coadjuteur, qui était à la veille de perdre encore le peu qui lui restait.

Le comte Goertz est parti, hier au soir, pour Ratisbonne; 1e baron de Buhler se rendra, de notre part, à ce congrès, qui, je crois, ne changera rien au plan arrêté à Paris.

Le baron de Jacobi Klaest1 est revenu hier de Dresde; son congé venant d'expirer, il a reçu l'ordre de se préparer à retourner en Angleterre, et compte s'y rendre incessamment en passant par la France.

1. Jacobi-Klœst (baron de), diplomate prussien, mort à Dresde en 1817. Envoyé de la Prusse à Vienne en 1791, il se trouvait en cette même qualité à Rastadt lorsque les ministres plénipotentiaires de la France furent assassinés par les hussards autrichiens (1799). Il fit tous ses efforts pour empêcher cet attentat, fut volé et insulté par la soldatesque, et publia à ce sujet un écrit dans lequel il protestait énergiquement contre une violation du droit des gens dont il rendait responsable le colonel autrichien Barbacksy. Quelque temps après, il fut envoyé à Londres comme ministre plénipotentiaire, parvint à empêcher une rupture entre la France et l'Angleterre, en 1805, et conserva ce poste jusqu'en 1817. Il mourut cette année même en se rendant à Berlin.

La République Batave a été reconnue ici, et le sieur Hultmann1 va venir à Berlin en qualité de ministre batave.

Recevez je vous prie, mon cher père, l'assurance de mon respectueux dévouement.

Le comte Charles de Nesselrode à son père.

Tœplitz, le 14 août 1802.

Je m'empresse, mon cher père, de vous communiquer la nouvelle de la nomination définitive de M. d'Alopeus à la place de Berlin, en vous priant de vouloir bien faire part à M. le comte Gustave de Stackelberg

1. Hultman (Charles Girard), administrateur néerlandais, né vers le milieu du xvm° siècle. Lorsque la révolution de 1787 éclata dans les Provinces-Unies, Hultman, qui était substitut-greffier de la cour de justice à Arnheim, se prononça contre le stathouder, fut w\\ des membres les plus actifs du parti patriote, perdit sa place lors du retour du prince d'Orange, ramené par les Prussiens, et la recouvra lorsque les armées de la République française eurent pénétré en Hollande. En 1807>, il devint greffier au secrétariat général du Directoire de la République, fut nommé après l'érection de la Hollande en royaume, directeur général des arts et sciences, préfet de la Haye, passa au même titre à Avignon, après la réunion de la Hollande à l'Empire, et prit possession, en 1815, de la préfecture des Bouchesde-1'Yssel. Lorsque le prince d'Orange eut repris possession de la Hollande et proclamé l'oubli du passé, il appela Hultman à faire partie de son conseil d'État et le nomma gouverneur d'une province.

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que j'ai demandé à être attaché à sa mission. J'ai eu sur cet objet plusieurs conférences avec le comte Golovkin et le comte Panin; ce dernier me comble de bontés ; ils approuvent tous les deux l'intention que j'ai de quitter Berlin, et croient qu'on ne saurait mal accueillir la demande que j'ai formée à ce sujet. La chose est, d'après eux, trop simple, et ne paraît pas nécessiter, pour l'obtenir, un voyage en Russie.

Jusqu'à présent, j'ai été très content de mon séjour ici. J'ai fait la connaissance d'un prince Lobkowitz, cousin de celui que vous avez connu en Russie; il m'a invité à passer quelques jours à sa campagne, qui se trouve à quelques lieues d'ici ; comme il y a réuni les meilleurs chanteurs du théâtre italien de Dresde et de Vienne, j'ai accepté son invitation avec reconnaissance. Je pars demain, et compte y rester quelques jours, après lesquels je retournerai à Berlin, en m'arrêtant encore quelques jours à Dresde.

Comme je suis très occupé aujourd'hui par l'expédition de mes lettres au ministère, je dois remettre au courrier prochain le plaisir de m'entretenir plus longuement avec vous, mon cher père, et me borner à vous réitérer l'assurance de mon respectueux attachement.

Le prince de Ligne me charge de le rappeler à votre souvenir.

au comte Charles de Nesselrode.

Francfort, le 20 août 1802.

Tout ce que vous jugerez à propos de faire, mon cher fils, me sera également agréable, puisque c'est de votre agrément qu'il s'agit, et non pas du mien.

Si vous choisissez la Hollande, qui me semble pour l'instant préférable à beaucoup d'égards, même par sa position géographique entre l'Angleterre et l'Allemagne, mandez-le-moi, assez à temps pour que j'en puisse prévenir le comte Gustave, qui, à coup sûr, en partant de l'ancienne amitié qu'il m'a toujours témoignée, de celle de son père, l'ambassadeur, pour moi, vous recevra avec cette noblesse et cette générosité qui sont dans son cœur. Si vous pensiez différemment sur le choix de votre légation, mettez que je ne vous ai rien dit, car je vous répète que c'est votre affaire et non pas la mienne.

J'ai été heureux, mon cher fils, d'apprendre que vous aviez été content de votre séjour à Tœplitz, aussi bien à cause des agréments du site que de ceux de la société que vous y avez rencontrée, malgré que notre ami Saint-Marsan n'ait pu s'y rendre, comme je vous l'avais annoncé d'abord ; mais permettez-moi une petite observation, à propos du petit coup de patte que vous jugez bon de me donner, parce que je préfère la nature

vivante à la nature inanimée. Gela est vrai, je le confesse: j'ai toujours mieux aimé dans la vie faire la connaissance des hommes, que des bois, des prés et des ruisseaux; mais je ne crois pas vous avoir jamais dit que je pouvais préférer les raisonnements de la politique sombre et farouche de nos jours, qui dessèchent à la fois le cœur et l'esprit, à l'aspect d'une belle contrée, et je pense que si vous voulez bien vous rappeler tout ce que je vous ai dit, lorsque, de votre plein choix, vous avez adopté la carrière diplomatique, je crois être pleinement jusliiié à vos yeux; c'est tout comme quand je vous disque je préfère la prose aux vers; j'entends, que je préférerais savoir faire delà prose comme Fléchier, Bossuet et Pascal ; lorsque vous saurez tourner un vers français comme l'abbé Delille', vous n'en serez guère plus avancé; au surplus, je vous laisse, mon cher fils, entièrement le choix entre les vers et la prose, et le résumé de ceci est, qu'avec du sens commun, on peut plus aisément faire de la prose médiocre que des vers supportables.

J'ai lu ce paragraphe entier de ma lettre à notre ami Jahn, et il l'a trouvé parfaitement juste, et mieux qu'il ne convenait à ma tête de soixante-quatorze ans.

J'en reviens aux individus que vous avez rencontrés à Tœplitz. Certainement le Prince de Ligne a beaucoup d'esprit, et c'est tout; avec une grande valeur, il n'a jamais su être général d'armée, et avec de grands moyens dans la tête, il n'a jamais été qu'auteur médiocre. Je

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