‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 3)Chapitre 25 sur 36 · Delille (abbé Jacques), poète français · texte numérisé non relu

Delille (abbé Jacques), poète français

me rappelle encore avec effroi qu'en 1797, allant en Russie et passant à Dresde, je m'accablais de 14 vol. de ses ouvrages qu'il avait vendus aux librairies de celle ville pour avoir de quoi vivre. Je les payais en pesants et nombreux thalers de Saxe. J'eus le temps de les parcourir tous en route, et je n'y trouvai que des morceaux très indigestes sur la guerre, un grand nombre de bons mots et de saillies qu'ils eurent ensemble lui et le roi de Prusse Frédéric II, et dans la partie descriptive des terres des Pays-Bas où je m'attendais à trouver étalées toutes les grâces de son style, rien n'était conforme à ce qui existait réellement,

C'est bien dommage, qu'un homme qui connaît aussi bien les affaires que le comte Panin connaisse si peu les hommes, dont les affaires dépendent, et sans lesquels on ne fait rien, surtout dans l'administration d'un grand État.

Berlin, le 12 septembre (n. st.) 1802.

J'ai cru devoir tirer de la comtesse Nathalie Golovkin quelques renseignements sur l'état des affairesen Russie, mais je vous l'avoue, mon cher père, je n'en ai pas tiré grand'chose, car c'est une femme comme une autre qui ne s'est occupée pendant les 18 jours qu'elle est restée

à Pétersbourg que de colifichets, de chiffons et de la toilette des femmes, qu'elle y a trouvées fort arriérées, quant aux modes. On s'est généralement étonné à Pétersbourg de la nomination d'Alopéus qui s'est faite par le comte Alexandre Worontzof1, conjointement avec la Cour de Mecklembourg, qui ne laisse pas d'avoir une grande influence, Dieu sait pourquoi. Celle de l'Impératrice mère a diminué; au fond, il n'y a personne qui puisse se vanter d'avoir un ascendant exclusif sur l'esprit . de l'Empereur, il craint si fort le favoritisme qu'il aime mieux se faire gouverner par plusieurs que par un seul, lime paraît cependant que c'est le comte Alexandre Worontzof qui mène la barque, c'est lui qui, sans le paraître, est tout-puissant; il fait aller Kotchoubei, quand il s'agit d'une grande mesure à l'intérieur; personne ne connaît mieux la Russie que lui, on a recours à son expérience, et c'est ainsi, sans avoir de place déterminée, qu'il gouverne l'empire, invisible comme la Providence. Le prince Dolgorouki, aide de camp général, le même que le tendre comte Gœrlz a destiné à la place de Berlin, est en grande faveur; c'est lui qui a fait Chanykof ministre à Dresde. Il m'a témoigné beaucoup d'amitié pendant son séjour à Berlin, et dans le cas où MM. Kourakin et Kotchoubei ne voudraient pas se charger de me faire attacher à la mission de la Haye, je m'adresserais à lui ; le mince objet qui a formé ma requête me fait espérer que je n'aurai pas besoin d'avoir recours à

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