Fitz Heubert (baron). Voir tome I
ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE.
ment un jour à remplacer M. de Talleyrand dans la direction des affaires étrangères, carcomme dit Rœderer1 qui a séjourné ici pendant dix jours, mnis que je n'ai rencontré que deux fois : « notre empereur trouve le « caractère du premier infiniment plus maniable que « celui du dernier et tel, il convient mieux à notre « empereur que M. de Talleyrand qui ose parfois résiste ter à l'opinion impériale, ce qu'on n'aime pas, comme « vous le savez. »
S'il est vrai, comme l'annonce le gazetier de Leyde dans sa dernière feuille, qu'un courrier arrivé à Paris, dès le 14 de ce mois, y a porté la reconnaissance par la cour de Vienne du titre impérial dans la race des Bonaparte, je suis surpris que les dernières lettres de Paris arrivées ici hier au soir et qui sont de la date du 20, n'en fassent aucune mention ; malgré que je ne sois nullement étonné de ce nouvel acte d'humiliation de la part de cette cour. Je m'y attendais depuis l'intrigue scandaleuse ourdie par un des premiers seigneurs de la cour, qui possède même la confiance unique de l'empereur. L'instrument dont il s'est servi est un nommé Flesch, membre du conseil de guerre, qui s'est avisé de
1. Rœdereu (P. -Louis, comlc) (1754-1855). Fut successivement avocat, conseiller au parlement de Metz, député du tiers aux États généraux et procureur-syndic du département de la Seine. Professa l'économie politique aux écoles centrales (1790), devint, sous l'Empire, sénateur et conseiller d'État,, puis ministre des finances de Joseph Bonaparte, alors roi de Naples (1806), et enfin administrateur du Grand-duché de Berg (1810). Laissé sans emploi, pendant la Restauration, il fut nommé pair en 1852. Il était de l'Académie des sciences morales.
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faire présenter un mémoire à l'empereur par lequel il lâchait, de faire introduire la plus grande désorganisation dans l'armée, en inspirant à l'empereur la plus grande défiance contre les ordonnances militaires de son frère l'archiduc Charles, et c'est la nouvelle la plus saillante que je puisse aujourd'hui vous mander d'ici.
Le comte Charles de Nesselrode à son père.
Amsterdam, ce 51 juillet 1804.
De tout temps, le comte Stackelberg a observé une grande circonspection au sujet de la délivrance de passeports à des Français et elle a redoublé encore depuis la réception d'une circulaire à toutes les missions à l'étranger, prescrivant de n'expédier des passeports qu'à des gens dont on est bien sûr et d'être fort réservé à cet égard. On ne saurait être assez prudent en un moment où, selon toutes les apparences, la rupture avec la France paraît inévitable. Toutes les nouvelles de Paris sont à la guerre, et il est très probable qu'à l'heure (ju'il est Oubril a déjà quitté la mission; celle de la réception des nouvelles lettres de créance par le comte Cobenlzel qui a été publiée, il y a une semaine environ, et à laquelle vous paraissez ajouter foi, est absolument fausse et j'ose me flatter qu'elle ne se confirmera jamais,
afin de voir une fois cette puissance jouer le rôle auquel elle est appelée et sans l'appui de laquelle toute guerre entre la Russie et la France ne saurait être que ridicule, et peut même devenir infiniment pernicieuse pour nous, si l'on se met aveuglément entre les mains de l'Angleterre. Les changements dans le ministère prussien n'annoncent rien de favorable à notre cause malgré la retraite du comte Haugwitz qui a demandé et obtenu sa retraite avec une pension de six mille écus, car ceux qui le remplacent valent encore moins que lui ; on dit Lucchesini mieux ancré que jamais et M. de Hardenberg, le sourd, nommé successeur d'Haugwitz dans des principes tout à fait français; aussi ne faut-il plus songer à ce cabinet de Berlin et l'abandonner à son mauvais sort. Les lettres d'Angleterre du 24, arrivées ici hier soir, annoncent la nouvelle, infiniment intéressante, de la réconciliation du prince de Galles avec son père, ce qui certes est le plus beau triomphe que M. Pitt ait jamais remporté et à la suite duquel les fonds ont aussitôt haussé d'un pour cent. Ainsi plus raffermi que jamais dans sa place,, ayant pu s'y soutenir, malgré les efforts d'une opposition dirigée par l'héritier du trône, mais plus formidable encore par les talents éminents de la plupart de ses membres dont, dans un moment aussi critique que celui-ci, il est à regretter de n'en pas voir figurer dans le ministère où, afin d'y régner seul, il n'a fait entrer que des gens médiocres, le premier ministre va proroger le Parlement.
Le comte Guillaume de Nesselrode à son fils.
Francforl-sur-le-Mein, le 8 août 1804.
Bien n'est plus important que la nouvelle que vous m'annoncez de la réconciliation du père et du lils en Angleterre, puisque l'administration de M. Pitt peut, par ce moyen, déployer la plus grande énergie, le seul espoir qui reste encore, s'il est possible, d'arracher l'Europe au despotisme effrayant du nouvel empereur. Peu importe que les personnages les plus habiles en administration soient membres de l'opposition, M. Pitt trouvera bien moyen de les employer lorsqu'il le jugera à propos ; car en Angleterre, encore plus qu'ailleurs, le beurre et le fromage sont de puissants motifs pour déterminer les gens aux offres qu'on veut leur faire; mais je crains bien, mon cher ami, que celte belle supposition de ma part ne demeure sans effet, si la réconciliation du père et du fils ne se confirme pas, ainsi qu'il paraît, puisque vous ne m'en dites plus rien dans votre lettre du 3 courant, qui m'est parvenue hier au soir et que les gazettes de Leyde du 51 juillet et du 5 août n'en font plus aucune mention.
En attendant, pour en revenir, mon cher fils, à la situation actuelle des affaires générales, je vous dirai, d'après les meilleures lettres arrivées ici hier de Paris, que le départ d'Oubril paraît différé de nouveau. Il sem-
ble donc qu'on est toujours hanté par les rêves d'une pieuse métaphysique dans les négociations avec le tyran, tandis qu'il ne reste plus que la plus grande vigueur et des coups de poings à lui opposer, si on ne veut consentir à subir le joug le plus avilissant et le plus barbare. A Dieu ne plaise, que je prétende vous insinuer par ceci qu'une guerre corps à corps entre la Russie et la France puisse nous être convenable; au contraire, à la longue, elle ne deviendrait que ridicule, comme vous le dites fort bien. La Russie et la France sont deux puissances qui n'ont aucun point de contact, nul intérêt à démêler par leur position locale, avec cette différence cependant qu'il est du plus grand intérêt pour la France de conserver l'amitié de la Russie, si elle veut se conserver les seuls moyens de rendre sa marine assez formidable pour établir un jour son despotisme sur mer, ainsi qu'elle l'a établi sur le continent depuis dix ans ; mais les forces combinées des deux cours impériales suffiront pour mettre un terme à ce despotisme, dès qu'elles voudront convenir d'un système suivi à cet égard, et je ne vois rien qui puisse empêcher ces deux cours d'en faire l'expérience avec succès, dès qu'elles voudront l'entreprendre sérieusement. Je ne pense point que l'inertie de la cour de Rerlin, qui l'empêchera toujours de se joindre aux deux autres, aussi bien que sa perfidie qui l'engagerait à marcher au secours du nouvel empereur, puissent former un obstacle à l'exécution de ce projet, puisque, dans le dernier cas même, elle courrait les risques à coup sûr de perdre la Silésie ; car si, en 1740,
il a fallu à Frédérie II avec 80 000 hommes, toute l'armée que feu son père lui avait laissée, deux campagnes pour faire la conquête de cette province défendue par 25 000 Autrichiens, troupes alors très aguerries contre des Prussiens qui n'avaient jamais vu d'autre feu que celui de la parade de Potsdam, vous conviendrez bien avec moi, j'espère, qu'au commencement du xix6 siècle, 100000 Autrichiens divisés en deux armées suffiront pour reconquérir cette province, en une seule campagne; j'y mets la condition seulement qu'on donne les deux armées à commander aux généraux Bellegarde1 et Merveld et non à des imbéciles comme ceux qu'on a employés dans la dernière guerre contre la France, tels que des Mêlas2, des Wurmser3, etc.; mais que surtout
1. Bellegarde (Henri, comte de), général au service de l'Autriche, né à Chambéry vers 1755, mort en 1831, fit avec distinction toutes les campagnes contre la France depuis 1792, sous Wurmser et l'archiduc Charles; fut investi, en 1805, de la présidence du conseil de guerre aulique; devint feld-maréchal et gouverneur dé la Gallicie, en 180G, et administra avec équité et modération, pendant les années 1814-1815, les provinces autrichiennes en Italie.
2. Mêlas (Michel, baron de), feld-maréchal autrichien (1730-1806). Lorsque Bonaparte franchit les Alpes et envahit la Lombardie, Mêlas, qui avait imprudemment divisé ses forces, quitta Gênes, reprit l'offensive et attaqua avec 50000 hommes l'armée du premier consul, forte seulement de 43000 hommes. Grâce à Desaix, à Marmont et à Kellermann, l'armée française remporta une victoire complète (1800). Mêlas, se voyant impuissant à prolonger la résistance, signa une capitulation et se retira à Mantoue.
3. Wurmser (Dagobert-Sigismond, comte de), général autrichien (1724-1797). Servit d'abord dans l'armée française, la quitta avec le grade de capitaine, pour entrer dans l'armée autrichienne. Se distingua dans la guerre de Sept ans, fut nommé major-général, combattit contre les Prussiens en 1779 et reçut en 1787, avec le grade
les opérations de l'armée, dès que le plan général de la campagne aura été agréé une fois par la cour, ne soient plus assujetties aux délibérations du conseil de guerre de Vienne, ce qui est toujours le moyen le plus sûr d'instruire à l'avance l'ennemi des mouvements qu'on veut entreprendre. Ceci a été constamment le cas dans les dernières campagnes, particulièrement dans celle d'Italie, où l'on était constamment prévenu à Paris des opérations futures des Autrichiens, tandis qu'on déclarait ignorer à Vienne que Bonaparte avait passé le Simplon alors qu'il se trouvait déjà vis-à-vis de M. de Mêlas, lequel n'était plus en mesure de se refuser au malheureux combat de Marengo qui a terminé cette funeste guerre de la même manière qu'elle avait été conduite dès le commencement.
D'après ce beau tableau que je vous présente, mon cher fils, il me paraît nécessaire d'entreprendre la conquête de la Silésie, si la perfidie du cabinet de Berlin l'exige. Je vous entends d'ici vous écrier : « Mais si le « roi marche avec 200 000 hommes à la défense de cette « province, la conquête n'en sera pas très facile » et je vous réponds : Tant mieux alors, parce que si la Prusse est forcée d'employer tous ses moyens pour se défendre, il ne lui en restera pas un pour aider son ami Bonaparte à subjuguer le reste de l'Europe, et je
dé général de cavalerie, le gouvernement de la Gallicie, qu'il administra avec douceur. Fut battu par Bonaparte à Castiglione, à Montechiaro, à Lonado, à Roveredo, dut abandonner Vérone et capitula ensuite dans Mantoue, place réputée imprenable.
pense.qu'une armée russe suffira pour remettre l'ordre partout, car ce n'est point la nombreuse armée rassemblée sur les côtes que Bonaparte pourra lui opposer, puisqu'il cesserait alors d'en imposer à l'Angleterre, qui est le point de mire qu'il n'osera jamais perdre de vue. Quant à l'armée de Bernadotte, diminuée et ne comptant plus aujourd'hui que 20 000 hommes, à cause des troupes qui l'ont quittée et ont été envoyées dans l'intérieur de la France, les Russes une fois entrés en Allemagne, j'ai lieu de croire que rien ne sera plus aisé que de lui faire mettre bas les armes, malgré ce superbe maréchal de l'Empire français, qui est à sa tête et qui, en dernière analyse, n'est qu'un sot, un pillard boursouflé de vanité et de jactance française.
Le comte Guillaume de Nesselrode à son fils.
Francfort-sur-le-Mein, le 12 août 1804.
Des lettres arrivées, hier, mon cher fils, nous ont instruit, que M. le maréchal Bernadotte, commandant l'armée française dans le pays de Hanovre, a jugé à propos de faire mettre le blocus devant la ville de Brème, pour la contraindre de se prêter à l'emprunt de un million et demi d'écus, que la France exige de cette République, et pour la tenir en état de continuer à
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