Choiseul (duc de). Voir Stainville, tome L
ARCHIVES Dt COMTE CH. DE NESSELRODE. 19
durs. (Voyez lettre de mon père et réponse du Roi.) Pendant son séjour à Berlin, mon père avait fait la connaissance du Prince Orloff1, qui lui fit la proposition d'entrer au service de la Russie. Cette demande, appuyée chaudement auprès de l'Impératrice Catherine par la Landgrave de Darmstadt, mère de la Grande- Duchesse Nathalie, première épouse de l'Empereur Paul, fut accueillie avec bienveillance par l'Impératrice. La grande Catherine nomma mon père Chambellan, et bientôt après Ministre en Portugal, poste nouvellement créé. Après l'avoir rempli pendant plus de six ans et avoir obtenu son rappel, il se rendit à Saint-Pétersbourg. Mais là l'attendaient de nouvelles propositions et il ne réussit pas à réaliser son projet de retraite absolue.
Le Comte Serge Roumiantzow, alors ministre de Russie à Berlin, s'était brouillé avec la Cour pour une question d'étiquette, dans laquelle les torts étaient de son côté. L'Impératrice le reconnut, le rappela et fit proposera mon père de le remplacer. Quels que fussent ses projets de retraite, il lui était impossible de décliner une offre qui témoignait de la haute confiance que l'Impératrice plaçait dans les talents et le dévouement de mon père, car la mission qu'il avait à remplir à Berlin était aussi importante que difficile dans les circonstances où elle lui fut confiée.
La Russie était alors en guerre avec la Porte et avec
1. Orlof (Grégoire-Grigorievitch, prince), grand maître de l'artillerie russe, favori de Catherine II, né en 1734. mort en 1785.
la Suède. Les succès que nos armes remportèrent donnèrent de l'ombrage à l'Angleterre, qui craignait de voir se réaliser des projets sur l'Empire Ottoman, qu'une imprudente ostentation avait laissé entrevoir, et M. Pitt1 conçut l'idée de former avec la Prusse une alliance pour contrebalancer celle que la Russie avait conclue avec l'Autriche, afin de s'opposer, par des démonstrations militaires sur terre et sur mer, aux desseins que les deux Cours poursuivaient en Orient. Déjouer, à Berlin, les efforts du ministère anglais pour entraîner le cabinet prussien, telle était la tâche qui fut imposée à mon père.
L'Impératrice avait pensé qu'ayant résidé à la Cour de Frédéric le Grand, connaissant parfaitement le terrain, et qu'ayant conservé d'intimes relations avec des personnages influents de cette Cour, il disposait plus que tout autre des moyens nécessaires pour la remplir avec succès. C'est là ce qui détermina le choix de l'Impératrice. La nomination eut lieu et fut accompagnée d'une faveur personnelle pour moi. L'Impératrice me lit inscrire dans la marine avec le rang de midshipmari, quoique je n'eusse encore que huit ans.
Pendant le séjour de mon père en Russie, j'étais resté à Francfort-sur-Mein, confié aux soins d'une tante, bellesœur de ma mère. Arrivé à Berlin, mon père m'y fit venir et me mit en pension chez M. Gedike2, directeur d'un gymnase dont je devais en même temps suivre les