Popham (sir Home Riggs), amiral anglais
jusqu'alors n'avait pris encore aucune part à la guerre; tout au beau milieu de la négociation, qui n'avançait pas pourtant au gré de la France, M. le duc de Choiseul, par le pacte de famille qu'il conclut alors avec l'Espagne, trouva moyen de décider cette dernière puissance à faire intervenir son ministre à Londres, sans doute dans l'espérance que cela faciliterait la négocialion en présentant à M. Pitt un mémoire qui contenait trois points majeurs qu'exigeait l'Espagne de l'Angleterre. M. Pitt répondit sur-le-champ au ministre espagnol qu'à moins que la Tour de Londres ne fût prise d'assaul, le Roi son maître ne traiterait jamais sur aucun de ces trois points, et le même soir il expédia un courrier à Lord Bristol1, ambassadeur d'Angleterre à Madrid, avec ordre de quitter cette capitale après avoir remis au secrétaire d'État pour toute réponse à son mémoire la déclaration de guerre de l'Angleterre contre l'Espagne, et la Havane fut prise la même année. Pour déclarer la guerre, ce ministre n'attendit point que l'Espagne eût achevé ses armements, bien moins que les galions d'Amérique eussent eu le temps de rentrer dans leurs ports d'Europe.
1. Bristol (Frederik-WiHiam Hervey, marquis de), 1769-1859, pair d'Angleterre. De 1801 à 1803, secrétaire d'État aux affaires étrangères.
578 ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE.
Le comte Guillaume de Nesselrode à son fila.
Francfort-sur-le-Mein, le 28 octobre 1804.
J'ai reçu hier, mon cher fils, votre lettre du 25 courant. Vous avez raison d'aller vous désennuyer à Amsterdam, car ce séjour de La Haye devient par trop plat, trop maussade, surtout jusqu'à ce qu'il ait plu au suprême régulateur de cette chétive soi-disante République de prononcer sur son sort, et, si mes données sont justes sur ce point, ce moment décisif ne me paraît pas encore très rapproché. En effet, rien ne me semble devoir le hâter, puisque, sous quelque forme de gouvernement que ce soit, ce petit marais me semble assujetti pour jamais à devoir porter le joug français ; peu importe que le figurant de Bonaparte s'appelle de tel ou tel nom, il n'en restera pas moins un tributaire de l'Empire français. A ce dernier mot, je vous vois d'ici vous moquer de mon radotage politique, mais je me flatte que vous vous apaiserez qand je vous dirai, et de source certaine, que, pendant la trop célèbre assemblée des grands et des petits Princes d'Allemagne, réunis à Mayence sous l'égide du très puissant Empereur des Français, il a été offert à M. de Talleyrand par le prince de Weilbourg jusqu'à 5 et 6 millions, argent de France, pour obtenir la présidence de cette République batave, si fort recherchée aujourd'hui par tant
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e prétendants, quelque soit le titre attribué à cette place. Le prince de Weilbourg y avait, du reste, un droit d'autant plus fondé du chef de sa mère, que celle-ci n'avait jamais renoncé, ni pour elle-même, ni pour ses successeurs, au droit du stathoudérat héréditaire dans les deux sexes, ainsi qu'il avait été statué, lors de son dernier établissement en 1747. Cette réclamation de la part de M. de Nassau-Weilbourg, et je vous le dis encore avec certitude, n'a pas été du tout mal accueillie par M. de Talleyrand. L'offre des millions qui l'accompagnait n'a pas été certainement sans effet sur l'âme équitable de ce ministre clairvoyant, mais l'Empereur a accueilli la proposition avec moins de faveur en disant que cette affaire ne pourrait être décidée qu'à l'époque de son sacre. Je pense donc qu'on laissera encore à M. de Weilbourg toute la marge qu'il faudra pour plaider son droit contre le commun des cito'yens bataves, pendant les superbes fêles qu'on donnera pour célébrer le sacre et le couronnement du plus puissant des empereurs. Aussi le Prince se prépare-t-il à s'y rendre avec un cortège splendide, tant en chevaux et en voitures qu'en chambellans et en gentilshommes, qui l'accompagneront dans ce célèbre voyage à Paris.
Lettre du comte Guillaume de Nesselrode à son fils.
Francfort-sur-le-Mein, le 14 novembre 1804.
Le croiriez-vous, mon fils, si je vous disais que la Reine douairière de Prusse, étant arrivée ici dimanche soir, s'est logée à la Maison Rouge, dans ce qu'on appelle le pavillon du jardin, tandis que, depuis mon retour du Bas-Rhin, je suis logé sur le devant du même Hôtel, faute d'avoir trouvé un logement convenable. La Reine m'envoya, le lendemain matin, son grandmaître, le prince Wittgenstein, pour me dire de sa part, que Sa Majesté comptait se rendre le même jour, «à huit heures du soir, dans mon appartement pour prendre le thé chez moi, en qualité de son plus ancien et meilleur ami, à quoi il ne me resta rien à répondre à M. le Grand-Maître, sinon que je serais aux ordres de Sa Majesté et le priais de demander à la Reine qu'elle voulût bien désigner les personnes qu'elle désirait voir à son cercle. Elle me fit répondre sur-le-champ que je n'avais qu'à faire inviter tous les Russes qui avaient été attachés à notre mission à Paris ainsi que le consul Bethmann. Le Ministre résident de la Cour de Vienne, baron de Wessenberg, fut le seul des diplomates qu'elle me chargea de faire prier, puis elle m'envoya la liste des personnes qui avaient demandé à la voir le matin, parmi lesquelles les plus notables étaient : la vieille
princesse de Stolberg, sa fille, la Princesse Gustave, ancienne chanoinesse de Mons, la comtesse de la Lippe, que bien vous connaissez, une vieille comtesse Golovkin de Moscou, née Schouwalof, ancienne dame d'honneur de l'Impératrice Catherine, établie ici pour l'hiver ; cette dernière a, avec elle, une jeune princesse Gagarin assez gentille mais extrêmement pauvre. Puis elle me chargea de faire inviter toute la famille Westphalen, M. le baron de Thann, grand maréchal de la Cour du prince d'Orange-Fulda, et sa promise Mlle de Barckhaus. Il fallait, à coup sûr, un siècle aussi bizarre que celui-ci pour que vous puissiez apprendre qu'un homme de l'âge de votre père fût convié par une Reine de Prusse à lui donner un thé dans un appartement d'auberge. Cet événement extraordinaire est arrivé ici hier au soir. Le cercle fut composé d'environ trente personnes et ne me quitta qu'à dix heures du soir. Un Français nommé Pojon, établi à Moscou plus de vingt ans, musicien jouant d'un instrument peu connu jusqu'à présent nommé orchestrino, qui était de passage ici pour se rendre au couronnement de Napoléon et qu'Oubril m'amena, a infiniment contribué par son talent à amuser l'auguste société rassemblée chez moi. Mais abandonnons le récit de ces plaisirs trop vifs pour mon âge pour nous reporter sur les objets plus graves et plus essentiels qui agitent l'Europe dans la présente circonstance. Rien n'est plus vrai que la nouvelle que je vous mandai par ma dernière lettre, rapport à l'expédition du courrier de Berlin sur le premier avis qu'on
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y reçut de l'enlèvement du chevalier Rumboldt', sur le territoire de la ville de Hambourg. Ce courrier portait l'ordre au général Knobelsdorf, parti de Berlin, deux jours auparavant, pour présenter par écrit les hommages prussiens à l'Empereur des Français au sujet de son sacre, de rebrousser son chemin. Copie de cet ordre de révocation a été expédiée à toutes les cours, nommément à celle de Cassel, dont les dépêches officielles sur cet objet ont passé sous mes yeux.
Le comte Charles de JSesselrode à son père.
La Haye, le 20 novembre 1804.
Comme nous, mon cher père, vous aurez été extrêmement surpris de la tournure que vient de prendre l'affaire du chevalier Rumboldt; on s'y est, ici comme à Paris, aussi peu attendu qu'à la levée prussienne de bouclier, l'ayant motivée.
Voilà donc, encore une fois, l'orage conjuré dans le nord de l'Allemagne, car je regarde cette affaire comme finie, à moins que ce premier succès n'ait réveillé le
\. Rumboldt (sir George), diplomate anglais, né vers le milieu du xviii* siècle, morl en 1815.
2. Knobklsdorf (général de), général prussien, 1775-1820, devint en 1815 inspecteur général de la garde prussienne.
courage de Sa Majesté Prussienne et ne lui inspire assez d'énergie pour la l'aire profiter des avantages remportés sur l'ennemi qui, pour la première fois, a reculé et parait à l'égard du Nord, pour le moment, être dans des dispositions assez pacifiques. Dans le cas contraire Napoléon n'aurait pas invité, au couronnement, les généraux Bernadotte et Marmont. Ces généraux ne pourraient guère, en effet, s'éloigner de leurs armées si elles étaient appelées à ouvrir la scène.
Les changements dans le gouvernement batave n'ont pas eu lieu encore, ils semblent ne devoir être faits qu'après le couronnement; ce n'est que dimanche dernier que la députation a dû être présentée à Bonaparte. La poste de vendredi soir seulement pourra vous porler quelque nouvelle sur cette affaire. L'auguste cérémonie paraît être fixée au commencement de décembre; voilà, manquant depuis longtemps de nouvelles d'Angleterre, tout ce que j'ai, pour aujourd'hui, à ajouter aux assurances de mon attachement aussi respectueux qu'inviolable.
Le comte Guillaume de Nesselrode à son fils.
Francl'ort-sur-le-iMein, le 25 novembre 1804.
J'ai reçu hier au soir, mon cher fils, vos lignes datées du 20 courant ; comme vous, je pense que l'affaire du chevalier Rumboldt n'aurïi aucune suite fâcheuse pour
le repos du continent et que les assurances, données à cet égard d'une part, resteront toujours illusoires sans rien ajouter à l'énergie de l'autre. L'événement fâcheux arrivé à un courrier anglais qui a été dépouillé de ses dépèches sur le territoire du pays de Mecklembourg, événement qui a immédiatement suivi l'arrestation du chevalier Rumboldt,peut,je crois, parfaitement justifier ma pensée à cet égard et la remise de la lettre du roi de Prusse à l'Empereur par le général Knobelsdorf, qui a eu lieu le 16 au palais des Tuileries, dans une audience particulière, quoique plusieurs lettres de Berlin eussent annoncé qu'on venait d'expédier au général un contreordre de la part du Roi, ne me semble plus laisser aucun doute à cet égard. Le prince d'Orange-Nassau, ancien stathouder, qui a passé ici la journée d'hier, m'a assuré que, d'après ses lettres de Paris, on pouvait être certain, qu'immédiatement après le couronnement de l'Empereur M. de Schimmelpenninck sérail envoyé à La Haye en qualité de Président de la République batave, malgré tous les mouvements que se donnait le prince de Nassau-Weilbourg qui avait offert jusqu'à 14 millions pour obtenir cette place. Adieu, mon cher fils, je pense que vous ne trouverez rien dans cette lettre qui puisse vous compromettre, ni moi non
plus, en passant sous l'inspection française.
Le Grand-Duc Constantin est incessamment attendu à Weimar.
Lettre du comte Charles de Nesselrode à son père.
La Haye, le 4 décembre 1804.
J'ai reçu, vendredi dernier, fort exactement, votre lettre du 24 novembre. Ici comme à Francfort règne une grande stérilité de nouvelles et il paraît, mon cher père, que, le nuage rassemblé par l'événement de Hambourg une fois dissipé, nous jouirons de quelques moments de calme relatif.
Le Gouvernement français semble, en attendant, vouloir nous amuser par les détails des cérémonies du couronnement sur lesquelles les feuilles de Paris ne tarissent point. Sur la journée du 2 décembre, nous n'aurons de nouvelles que dans quelques jours et ce ne sera probablement qu'au retour de la députa ti on que nous en aurons de positives sur les changements à la veille de s'opérer dans le gouvernement de cette République, où l'on doute généralement du succès du prince de Weilbourg. L'ancien gouvernement, avant d'expirer, vient enfin de se réveiller de sa longue léthargie et de montrer quelque énergie, paraissant vouloir enterrer la synagogue avec honneur. Il a ordonné aux employés bataves, tant civils que militaires, de. ne pas obéir aux ordres des autorités françaises à moins qu'ils n'aient trait à l'expédition ou à la défense du pays. Le commandant des troupes françaises, ayant protesté, cela ne
ii. — '2û
servira à rien et ne sera absolument qu'un coup d'épée dans l'eau. Les nouvelles d'Angleterre du 20, arrivées ici la semaine passée, confirment la réconciliation du Prince de Galles avec le Roi, et nous en voyons déjà les effets dans les fréquentes conférences de M. Pittavec Lord Moira1, destiné à la "Vice-Royauté de l'Irlande. Le premier ministre, détachant comme cela de l'opposition le chef de membres formidables par leur énergie et leurs talents, sera à même de donner plus de vigueur à ses partisans et de combattre avec succès dans la prochaine session du Parlement. Qu'il est malheureux que cet homme, si habile en finances et dans les affaires intérieures de son pays, soit si aveuglé sur celles du continent.
Veuillez, mon cher père, être assuré des sentiments de mon attachement aussi tendre que respectueux.
Le comte Guillaume de Nesselrode à son fils.
Francfort-sur-le-Mein. le 9 décembre 1 80 i.
J'ai reçu hier, mon cher fils, votre lettre datée du 4 courant. Il m'est aisé de me faire une idée de toute
" 1. Hastint.s Moira (Francis Rawdon-Moira, marquis d'), 1754-1821), général et homme d'État anglais. De 1812 à 1822, gouverneur général de l'Inde.
l'ineptie des procédés du Gouvernement batave dans la situation actuelle à laquelle celte République est réduite parla toute-puissance de la France. Je connais d'ailleurs à fond toute la faiblesse du caractère de cette nation depuis plus de cinquante ans, pour avoir passé dans ce paysaquatique les premières années de majeunesse, et je crois qu'on peut dire avec vérité que, depuis l'époque où les Hollandais combattirent pour leur liberté sous la conduite des premiers Princes d'Orange contre la Monarchie Espagnole, ou dans le commencement du xvme siècle, quand ils furent armés par le Roi Guillaume d'Angleterre pour s'opposer au colosse effrayant de la puissance française qui dès lors menaçait déjà d'assujettir les libertés de l'Europe, en méditant de réunir la Monarchie Espagnole à la sienne, jamais cette nation, agissant par elle-même et toujours dominée par l'esprit mercantile le plus sordide, n'a donné que des preuves de son abjection et de son extrême faiblesse; je pense donc qu'on peut conclure de là avec une plus grande certitude encore que ni l'adresse de M. Sehimmelpenningk, ni toute l'amahililé de M. Yandergoes ne tireront plus leur pays de l'anéantissement parfait auquel il est réduit.
Toutes les démonstrations dont la Cour de Rcrlin a accompagné jusqu'ici ses démarches vis-à-vis de la France pour obtenir que le Chevalier Rumboldt soit rendu à l'Angleterre peuvent servir de preuve de toute la duplicité que le Cabinet prussien ne cesse de mettre en usage dans sa manière diplomatique; et Tauentzien
588 ARCHIVES DU COMTE CH. DE NESSEfJlODE.
m'écrit que depuis son retour à Berlin rien n'a été changé à cette tactique, même après l'installation de M. de Hardenberg à la tète des affaires.
La Haye, le 10 décembre 1804.
L'époque des cérémonies et du calme apparent qui en a été la suite touche à sa fin; la réponse de Pétersbourg est attendue journellement; on sait déjà que l'enlèvement du Chevalier Rumboldt y a fait la plus grande sensation, et si, comme je me flatte, l'on a enfin renoncé à terminer tout par des notes à Ralisbonne, à l'instar de Figaro qui finit tout par des chansons, et si l'on cesse de permettre à la Cour de Berlin de nager toujours entre deux eaux, il n'y a aucun doute que le bal ne s'ouvre bientôt et ce seront alors les galions espagnols qui, les premiers, payeront les violons, car, d'après ce que disent les feuilles françaises, la Cour de Madrid doit, à la suite de la réception des dépèches fulminantes apportées de Paris par le caporal Beurnonville, s'être vu obligée à déclarer la guerre à l'Angleterre. Les nouvelles de ce dernier pays ne manqueront également pas d'avoir quelques degrés d'intérêt de plus, d'abord par l'ouverture du Parlement, fixée au 5 janvier,
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et ensuite par les nouvelles opérations auxquelles on a lieu de s'attendre de la part de M. Pilt, qui, par la réconciliation du Prince de Galles avec le Roi, vient si fort de consolider son crédit. On aura encore plus à espérer si, comme on ledit, il est vrai que Lord Grenville ail rompu ses liaisons avec M. Fox et rentre dans le ministère en \ remplaçant Lord Ilarrowby1, que des raisons de santé doivent engager à se retirer. Mais ce bruit, encore très vague, me semble peu probable à raison du caractère moral de Lord Grenville, qui ne lui permettra pas de se mettre légèrement au-dessus des engagements contractés par lui. Ce qui plus qu'autre chose m'en est garant, c'est l'amitié non équivoque que lui porte le comte Semen Woronzof, si ennemi de toute fausseté. En attendant donc les grands développements du Cabinet britannique, (les nouvelles de Londres n'allant au reste que jusqu'au 20 novembre), je repasse le canal et reviens à Paris où la cérémonie du sacre s'est passée le plus heureusement du monde. Le temps, les Dieux et leur envoyé, le Saint-Père, tout a été favorable. Tous les journaux regorgent de détails sur la cérémonie, ainsi je ne vous en parle pas, car ils vous ennuieront assez, mais ce qui vous intéressera beaucoup", c'est le discours du Président du Sénat, François de Neufchâteau\ écrit en véritable style d'avocat, qui peut tout aussi bien
1. Harrowby (comte d'), homme politique anglais de la tin du xviii" et du commencement du xix° siècle.
2. Neufciiâtkau (iNicolas-Louis-François de), comte de l'Empire, homme d'État et écrivain français, 1750-1828.
être regardé comme la plus basse des adulations que comme le persiflage le plus fin et le plus adroit.
Le comte Charles de Nesselrode à son père.
La Haye, le 18 décembre 1804.
D'ici, je n'ai, mon cher père, à vous entretenir aujourd'hui que des petits mésentendus entre les Gouvernements français et batave dans lesquels, comme vous le pensez bien, ce dernier aura toujours tort, attendu qu'il est le plus faible. Sa résistance aux ordres qu'avait laissés le général Marmont en partant pour Paris, aussi ridicule que déplacée, puisqu'il n'avait pas les moyens de la soutenir, et la publication d'un arrêté, enjoignant à l'armée batave de ne point respecter les ordres des autorités françaises, à l'exception de ceux qui auraient trait à l'expédition contre l'Angleterre et à la défense du pays, excita la colère de Bonaparte. Les conséquences de ce courroux auraient pu devenir très funestes à ce pays-ci, si M. de Sémonville, toujours guidé par un esprit conciliant, n'eût prévenu tout éclat.
Le fameux décret a été rétracté et la perte du Gouvernement probablement accélérée par là. Sur les changements qu'il est à la veille de subir rien ne transpire encore; on attend tous les jours M. Schimmel-
pennîngk et le général Marmont, destinés à y jouer les premiers rôles. Malgré la triste et déplorable position du pays, l'esprit y est toujours dirigé vers le bien public. L'établissement d'une chaussée de La Haye à Haarlem, que les vices de l'ancien Gouvernement n'avaient pas permis de construire dans les temps les plus prospères de la République de Hollande, en est la meilleure preuve.
Veuillez, mon cher père, agréer l'hommage de mon tendre et respeclueux attachement.
Le comte Guillaume de Nesselrode à son fils.
Francf'ort-sur-le-Mein, le 50 décembre 1804.
Il semble étrange que, lorsqu'on peut tout ce qu'on veut en l'Europe, la nouvelle organisation dans le gouvernement de la République batave puisse être assujettie à une aussi longue délibération de la part du premier Empereur des Français; mais des gens d'ici, d'ailleurs assez bien instruits, prétendent qu'il y a une difficulté notable à ce sujet en raison du personnage à choisir pour occuper la place de Président de la République et, bien entendu, pour rester également toujours subordonné aux volontés suprêmes de l'Empereur. Celui-ci persiste toujours dans son opinion en faveur
de M. Schimmelpenningk, pour lequel il s'élail prononcé déjà, lors de son séjour à Mayence, tandis que Talleyrand épuise tout l'art de sa diplomatie pour l'aire donner la préférence au prince de Weilburg et relie préférence est étayée de la part du Prince par l'offre de 14 millions de livres. Mais, soit que la place tombe entre les mains d'un bourgeois hollandais, ou d'un prince allemand, comme cette autorité restera toujours subordonnée aux volontés françaises, je pense que pour la marche politique des affaires, peu importe à qui on la donne, tandis qu'il semble que l'offre de 14 millions, faite par le Prince, est bien propre à déterminer le choix en sa faveur. Aussi vient-il d'écrire la semaine dernière à son beau-frère, le Prince de Reuss, qui est général, commandant ici l'armée autrichienne, qu'il compte prolonger encore son séjour à Paris, dans l'espérance qui lui reste d'emporter cette Présidence malgré la parole donnée par Bonaparte à cet égard à M. Schimmelpenninck.
Les lettres de Vienne, arrivées hier au soir, annoncent positivement le rappel prochain du comte Philippe de Cobentzel, de son ambassade à Paris, obtenu enfin sur les instances réitérées à cet égard par l'Ambassadeur. On nommait le général Bellegarde ou le Prince Charles de Schwartzenberg comme destinés aie remplacer. Mais au départ des lettres, le choix n'était point fixé encore. Ce qui les occupait bien plus à Vienne était le choix de la personne qu'on allait donner pour adjoint au ministère du Cabinet dont l'unique titulaire jusqu'à présent
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étail le comte Colloredo-Mels', favori de l'Empereur et l'on désignait pour cette place un nommé M. de ïliigel2, employé jusqu'à présent par la Cour de Vienne à Ralisbonne, en qualité de commissaire impérial.
Le général Sébastiani, un des héros qui a accompagné Bonaparte en Egypte, a séjourné ici deux jours et est parti après pour Vienne, d'où il passera à Constanlinople pour se mettre à la tète des cohortes turques, si le cas s'en présente.
Si vous voulez bien vous amuser, mon cher fils, lisez le Moniteur du 14 de ce mois : jamais Roi de Suède ne reçut une admonestation plus sévère.
Je vous souhaite le bonjour.