Ambassadeur d'Autriche
démarche directe par l'Empereur, ainsi que vous le proposez, il faudrait que je fusse auprès de lui. C'est une affaire trop délicate pour pouvoir être arrangée par correspondance. Tout à vous.
Le même au même.
Saint-Pétersbourg, 9 juin 1840.
Que vous dirai-je d'ici? C'est vers Berlin que sont tournés tous nos regards. C'est avec anxiété que j'ouvre chacune de vos dépêches, anxiété qui ne fait que s'accroître depuis que nous savons que l'Empereur et l'Impératrice s'y trouvent réunis dans un moment, hélas! bien grave et bien solennel. Je vous remercie de m'avoir tenu si exactement au courant et vous prierai de continuer à le faire encore. Je n'ai aucune idée de combien de temps se prolongera encore l'absence de l'Empereur. Tout à vous.
Le même au même.
Saint-Pétersbourg, 27 juin 1840.
Je vous remercie mille et mille fois, mon cher baron, et pour toutes vos dépêches et pour toutes vos lettres,
et ne m'étonne que d'une chose, c'est que vous ayez trouvé le temps et le moyen de me les écrire au milieu d'un genre de tribulations que je ne connais que trop bien et tourmenté d'une migraine qui rend ordinairement incapable de toute occupation sérieuse. L'essentiel est maintenant que vous vous délivriez de ce mal et fassiez pour cela une bonne cure. Non seulement je vous autorise, mais j'insiste vivement pour que vous fassiez, le plus tôt possible, votre cure de Dobrau. Yous y resterez dans votre circonscription diplomatique. Yous n'avez donc jamais besoin d'une autorisation spéciale de vous y rendre lorsque vous le jugerez nécessaire et que vous croirez pouvoir, sans le moindre inconvénient, vous éloigner de Berlin. Ce sera, je pense, le cas à présent. Tout y va si admirablement bien que le commencement du nouveau règne ne peut que nous inspirer la plus grande confiance. Tous les actes du Roi sont marqués au coin de la sagesse. Les détails dans lesquels vous êtes entré m'ont vivement intéressé ; ils me prouvent que le Roi connaît bien son peuple et qu'il le gouvernera comme il doit l'être. C'est toujours au fond la pierre de touche de tout gouvernement. Les nations sont loin d'être semblables les unes aux autres; ce qui est bon dans un pays ne l'est pas toujours dans un autre et le Roi, avec la sagacité qui le distingue, saura discerner ce qui convient le mieux au sien, que feu le Roi a laissé comme un vrai modèle de bonne administration et dans un état de prospérité que beaucoup d'autres pourraient lui envier. J'ai lu avec une vive émotion l'admirable
lestament que la Staatszeitung a publié. Mardi, il y a eu, à l'église de Saint-Pierre, un service funèbre pour cet excellent souverain, où tout s'est passé très convenablement.
D'après ce que l'Empereur m'a écrit lui-même, c'est dans trois jours qu'il pourra être ici. J'espère qu'il n'aura pas été, hier, en mer, car nous avons eu ici une tempête horrible.
Je n'ai rien de nouveau à vous mander; le retour de Sa Majesté imprimera un peu plus d'activité aux affaires. Je voudrais qu'il y en eût davantage à Londres ; notre affaire orientale ne marche pas et la lutte de Palmerston contre la France et quelques-uns de ses collègues se poursuit sans résultat décisif. En attendant, la Porte s'impatiente ; Méhémet-Ali ' s'est montré disposéà envoyer un plénipotentiaire à Constantinople, et il ne serait pas impossible que les suggestions de la France ne finissent par amener une entente directe entre les deux parties contendantes. Ce matin, nous avons reçu la nouvelle de la destitution de Khosrew*. Ce serait une raison pour Mehemet-Ali de se montrer plus coulant. Nous verrons quelle influence l'éloignement de son mortel ennemi exercera sur lui. En attendant, je regarde cet événement