‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 4)Chapitre 9 sur 69 · Ministre des Affaires étrangères de Prusse · texte numérisé non relu

Ministre des Affaires étrangères de Prusse

24 ARCHIVES DU COMTE CH. DE NESSELRODEi

Notre nouvel ami Palmerston n'est guère moins difficile à manier et surtout à comprendre. Comment il se tirera de l'afTaire orientale, Dieu seul le sait. Du moins, d'après ce que Brunnow m'a mandé par Kisselef, le char n'est plus embourbé. Nuri-Effendi a présenté une note à laquelle il faudra bien répondre et, par conséquent, prendre une décision. Nous verrons ce qui en sera ; d'ici nous n'avons, pour le moment, aucune nouvelle instruction à donner.

Ce courrier-ci n'est expédié à Paris que pour y porter des paquets qui se sont accumulés à la chancellerie. Les dépêches que j'adresse au comte Pahlen n'ont aucune valeur.

J'en étais là lorsque j'ai reçu encore coup sur coup deux lettres intéressantes de vous : l'une par le feldjaeger Emilof, venu de Londres, l'autre par le prince Bariatinski. La nouvelle, qu'il nous a apportée, des fiançailles du Grand-Duc Héritier avec une princesse de Darmstadt, nous a été annoncée à sept heures du matin par le canon de la forteresse. Elle comble de joie la famille impériale. L'Empereur avec qui j'ai travaillé, ce matin, ne se possédait pas de bonheur. A ce travail, l'Empereur a signé un ukase qui fait de vous, mon cher Meyendorff, un conseiller privé. Recevez cet œuf de Pâques que je suis heureux de vous offrir ainsi que des félicitations qui partent d'un cœur qui vous est bien sincèrement attaché.

Voici une épître allemande à notre ami, le prince Wittgenstein. En accoucher n'était pas une petite

affaire. J'y fais une excursion dans le passé. C'est par là qu'on louche les cœurs des vieillards; j'espère donc que le Roi agréera cet hommage de ma reconnaissance pour certaine croix de Saint-Jean de Jérusalem.

Le même au même.

Saint-Pétersbourg, 23 mai 1840,

Cette semaine m'a procuré le plaisir, mon cher Meyendorff, de voir beaucoup de votre écriture. Votre lettre, par le feldjaeger Scotté, m'a intéressé et affligé à la fois. Il est heureux que les nouvelles que la poste m'a apportées 24 heures plus tard, mais qui étaient de 12 heures plus fraîches, nous aient offert l'assurance d'une amélioration sensible dans l'état du Roi. J'ai envoyé les unes comme les autres, sur-le-champ, par des feldjaegers ad hoc^ à l'Empereur.

Leurs Majestés sont parties avant-hier, en bonne santé, de Gatschina. La grande-duchesse Hélène s'embarquera mardi pour Kiel. Nos ministres se mettent en route les uns après les autres. A cette liste de partants, je dois ajouter, à mon vif regret, ma femme et les Chreptowitch.

J'ai reçu vos devis pour la maison ; je m'en occuperai la semaine prochaine. Vous m'avez donné là une noix bien dure à casser, et je crois que je vous proposerai de

fortes réductions. Arranger un appartement pour les membres de la famille impériale me paraît tout à fait inutile. Jamais ils n'y logeront. Enfin nous verrons, et au retour de l'Empereur je prendrai définitivement ses ordres.

Les dernières nouvelles de Brunnow nous annoncent que Palmerston a modifié son premier plan; reste à savoir si Thiers l'acceptera. C'est cependant un grand pas de fait, et je ne désespère plus autant que l'on ne parvienne à s'entendre avec la France.

Le ministre de Danemark est venu hier me parler des droits du Sund, et Westphalen* me fera, je suppose, demain, les communications que vous m'avez annoncées sur le même objet. Tout cela vient bien tard, et je ne prévois pas la possibilité, vu l'absence de Cancrine*, de rien statuer à cet égard avant l'hiver prochain. Il n'y a nul inconvénient de lui en parler pendant son séjour à Berlin, et même il y aurait de l'utilité à le faire.

Je parlerai à Ficquelmont^ de la communication que vous a faite notre excellent bai^on de Werther sur la réduction de la Landwehr. D'après mes dernières nouvelles, il me paraîtrait cependant que cette réduction n'aura pas lieu et que les hommes politiques l'ont emporté sur les économistes. Pour faire faire une

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