Le Verre d'eau, comédie en 5 actes d'Eugène Scribe
80 ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE.
à l'arrogance de Thiers, et je vous réponds que nous sortirons tous, victorieusement et sans guerre, de cette grande crise.
C'est dans cette conviction que je vous renouvelle, mon cher Meyendroff, mes plus sincères amitiés.
Le même au mêm^.
Saint-Pétersbourg, 1" décembre 1840.
Je n'ai rien de nouveau à vous apprendre aujourd'hui, mon cher Meyendorff, sur la question orientale. Nous sommes à attendre l'effet qu'aura produit, dans le monde entier, la prise de Saint-Jean-d'Acre. Elle donne une tournure si décisive à l'affaire que je ne suis plus inquiet pour le résultat final. Force sera à la France d'avaler le calice jusqu'à la lie. Les grands hommes, dans les deux Chambres, auront beau tenir les plus éloquents discours, le traité de Londres ne sera pas moins exécuté pour cela et la paix générale ne sera pas troublée davantage.
Vous aurez eu connaissance de la démarche faite auprès de Méhémet-Ali. Comme c'est Brunnow qui l'a suggérée, on ne l'accusera plus, j'espère, de repousser impitoyablement toute démonstration conciliante et pacifique. L'Empereur a approuvé cette démarche, et c'est là le but de l'expédition que j'envoie aujourd'hui à Londres.
ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE. SI
Je VOUS transmets la réponse que nous avons faite à l'expédition du prince Metternich, du 12 novembre. La longue dépêche qu'il a écrite à Apponyi, en date du 8, nous a été également communiquée. Il y flatte beaucoup M. Guizot, et, sous ce rapport, cette espèce d'initiative ne m'a pas paru trop opportune. C'est sur Thiers qu'il tombe à bras raccourcis. Il le mérite certainement; mais battre les gens qui sont à terre, n'est pas, à mes yeux, un grand effort de courage. J'aime mieux celui dont notre excellent roi de Prusse a fait preuve au fort de la crise : par l'envoi de Grolman à Vienne, il a rendu un grand service dont l'Allemagne le bénira un jour. J'espère seulement qu'une fois le danger moins immédiat, on ne retombera pas dans l'ancienne langueur et que ce congrès de militaires ne se dissoudra pas sans rien conclure. L'Empereur est très content de tout c« qui vient de Berlin depuis quelque temps.
Voilà donc Gancrine revenu. Je ne l'ai vu encore qu'un instant au palais ; mais débarrassé une fois dé ce courrier, j'aurai avec lui une conversation à fond et verrai ce qu'il y aura à faire pour amélioi-er nos relations commerciales avec la Prusse.
vui. — 6
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La comtesse Charles de Nesselrode à son mari.
Paris, 7 décembre 1840.
Depuis que je ne suis plus les Chambres avec la même assiduité, ma vie est devenue un peu plus régulière ; j'ai manqué la séance bruyante, un malaise m'ayanl retenue ce jour-là à la maison, mais Mme de Hahn en est revenue très émue et toute pâle, il lui a fallu vingtquatre heures pour s'en remettre. Je suis heureuse, je l'avoue, de n'avoir pu assister à cette séance et d'être restée sur la bonne impression que m'ont laissée, dans cette discussion, les orateurs que j'ai entendus. Il y en a d'un réel mérite. Lamartine est tout ce qu'on peut voir de noble à la tribune, il ne s'anime pas, sa diction est belle et il est tout à fait remarquable. Je compte suivre la discussion du budget ; de tous les spectacles, celui que m'offrent les Chambres est, je te l'avoue, celui que je préfère. Le député qui est cause de tout le vacarme qui s'est fait dans celte fameuse séance est généralement blâmé ; il a fait perdre positivement dix voix à la majorité, on va jusqu'à dire vingt, et cela a fait du bien à Thiers qui a encore une fois parlé. J'ai entendu le discours du comte Joubert, les gestes dont il souligne chacune de ses paroles sont vraiment uniques dans leur genre.
10 décembre 1840.
J'ai été hier, grâce au prince Tufiakin*, voir un opéra nouveau, la Favorite, musique de Donizetli. C'est une partition très jolie, un peu dramatique comme le veut le sujet. Duprez m'y a fait plus de plaisir que dans Robert le Diable et j'y ai entendu un nouvel acteur qui a débuté récemment et qui chante admirablement, il se nomme Delsarte et arrive d'Italie où il a chanté, quoique Français, avec beaucoup de succès.
La même au même,
Paris, H décembre 1840.
A mon arrivée ici, j'ai trouvé Pahlen très abattu ; les affaires, au lieu de l'intéresser, d'exciter sa curiosité, l'ennuient. Pour les mener à bien, ce ne sont pas les capacités qui lui manquent, c'est le goût; lorsqu'il consent à s'occuper d'une question, il l'analyse très bien, mais on ne saurait lui en vouloir d'avoir l'esprit contraire à ce genre d'occupations. Il m'a quittée assez tard; j'ai voulu le mettre sur un sujet bien intéressant
1. TuFiAKiN (Pierre-Ivanowitch), 1769-1845. Chambellan de la cour de Russie et directeur des théâtres impériaux, passa les dernières années de sa vie à Paris.
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en lui parlant du désir qui se manifeste dans toutes les classes de s'allier avec nous ; on nous en parle si naïvement que cela prouve qu'on nous aime ici plus qu'on ne le pense ; on nous dit tout naturellement que notre Empereur ne consentira jamais à celte alliance, parce qu'il n'aime pas le Roi. Cependant la princesse Lieven a dit à Michel qu'on y travaillerait et qu'on ne renoncerait pas à ce projet. Il faudrait à Pahlen beaucoup de savoir faire pour ne pas brusquer cette intention. En Allemagne comme en France, on doute fort que cet accord qui paraît régner entre vous et les Anglais puisse durer; permets-moi de te dire que je partage cette opinion, d'autant plus que la princesse Lieven croit savoir que Palmerston veut rendre le sultan redoutable, je crois que tout ce que vous désirez, c'est de le mettre en équilibre sur une base solide. Les Anglais nous cernent du côté de la Perse ; ils sont partout où nous aurions intérêt à être influents. Un ne fait pas longtemps bon ménage avec un ami despote et d'humeur souvent acariâtre. Cette impulsion nationale de la France vers une alliance avec nous me rassure sur nos rapports futurs avec l'Angleterre, car c'est cette alliance qu'elle craint surtout. La princesse Lieven m'a dit que Clanricarde avait remis à Palmerston un mémoire très bien fait qu'elle prétend avoir lu, où il développe ses craintes à ce sujet ; je ne le croyais pas aussi prévoyant. Comment a-t-on pu si bien accueillir Mauguin? me disait Mme Swetchine, à mon arrivée ici, cela fait le plus mauvais effet; je me suis convaincue du contraire de-
puis ; il a un parti assez grand et est, en outre, assez répandu. A entendre les Français eux-mêmes, je juge que ce qu'il a dit de chez nous a fait une excellente impression et qu'il a parlé en toute sincérité, sans fanfaronnade. Son discours est ensuite venu à l'appui; c'est celui qui a été trouvé le meilleur et quia eu le plus de retentissement. Je l'ai entendu et lorsqu'il a prononcé le nom de Russie, j'ai eu une peur que je ne puis te rendre, la peur qu'il ne fasse des citations inconvenantes, mais à ma grande surprise il s'en est tiré à merveille.
Quoique Guizot se soit chargé des affaires dans un moment des plus graves, alors que les esprits étaient en pleine effervescence et qu'il ait soutenu la paix avec courage, il est détesté; on ne lui rend aucune justice. On dit que c'est l'amour du pouvoir et non celui du bien public qui lui a fait accepter cette lourde tâche et rien n'est plus impopulaire que de dire sa façon de penser en sa faveur. On lui reproche la coalition et le poste d'ambassadeur qu'il a occupé sous Thiers. On dit qu'il a voulu la paix trop crûment, enfin à commencer par les conservateurs jusqu'à la gauche on sera heureux lorsqu'il ne sera plus aux affaires. La masse n'est pas contre Thiers; elle a l'impression qu'il a voulu épargner à la France l'humiliation que l'Angleterre voulait lui faire subir et le pays tout entier lui sait gré de son altitude et de son langage. On dit qu'en province tous les hommes non mariés se seraient enrôlés comme volontaires, si on avait déclaré la guerre aux Anglais.
Cette impression est de celles qui, à tort ou à raison, ne se dissiperont pas de sitôt ; aussi lorsqu'on se permet de dire que c'est Thiers qui a animé les esprits, vous soutient-on que l'impulsion a été aussi générale que spontanée. Yoilà ce qui se dit couramment partout, même chez Mme Swetchine. Pour ma part, je reste persuadée que si le langage du pouvoir avait été calme et si les faits avaient été exposés tels qu'ils se sont passés, l'impression eût été moins forte et moins durable. Le fait est qu'hommes et femmes de toutes les classes, depuis le prince jusqu'au dernier des artisans sont encore consternés à l'idée qu'on voulait les humilier. Si la moindre chose vient rallumer ce sentiment, je doute que Ton puisse une seconde fois empêcher la guerre. Ce que je sais positivement, c'est que Thiers est, en ce moment, en pleine défaveur auprès de ses plus intimes. Je crois qu'il ne pourrait pas disposer de plus de quarante voix; ce qui est certain c'est que cinq députés sont venus chez M. de Lamartine lui dire qu'après les débats de l'Adresse, ils s'étaient rassemblés au nombre de quarante et avaient décidé de ne plus voter avec lui, qu'ils avaient éprouvé, en se ralliant à cet homme, deux échecs et que s'ils s'exposaient à en avoir un troisième, ils mériteraient d'aller à Charenton, qu'ils venaient donc offrir leur appui soit à Lamartine, soit à Mole, mais qu'ils ne voulaient pas de Guizot. Le poète leur a répondu qu'il ne pouvait pour le moment accepter leur offre, parce que sans sympathiser précisément avec M. Guizot, il croyait devoir le soutenir tant
qu'il serait ministre, mais qu'il prenait acte des propositions qui venaient de lui être faites.
On trouve que la Russie, en se tenant dans l'ombre, relativement aux affaires d'Orient, et en faisant agir les alliés, a eu une politique habile. Quelques-uns cependant pensent qu'elle nous fera perdre notre influence près de la Porte qui attribuera aux Anglais sa régénération et croira devoir leur témoigner sa reconnaissance en se laissant plutôt inspirer par eux que par nous.
Le comte Chai^les de Nesselrode ail baron de Meyendorff.
Saint-Pétersbourg, 16 décembre 1840.
Nous n'avons qu'à donner notre bénédiction à tout ce qui a été fait on Allemagne sous l'impulsion de la Prusse. C'est là le but de ma dépêche, à laquelle je n'ai, pour le moment, aucune autre observation ou information à ajouter.
Tous ces temps-ci, j'ai été beaucoup plus occupe à lire qu'à écrire. Ce n'est pas sans une vive satisfaction que j'ai appris que les bavards allaient enfin se taire. Mais quels tristes et scandaleux débats ! Ils prouvent seulement une chose satisfaisante, c'est que la leçon que nous avons donnée à la France a été bonne et que tous les hommes raisonnables la sentent vivement et
sont humiliés du rôle que leur pays a joué dans cette crise. J'espère qu'après un tel dénouement on n'en voudra plus à Brunnow et que notre bon Werther se sera réconcilié avec le traité de Londres.
Adieu, mon très cher baron ; nous allons avoir trois journées de fêtes et de cérémonies bien fatigantes.
Tout à vous.
La comtesse Charles de Nesselrode à son mari.
Paris, 17 décembre 1840.
Tu peux dire à Mary qu'elle n'a pas à regretter de n'avoir pas assisté à la translation des cendres de Napoléon. Je sais bien que je me félicitais qu'elle eût lieu pendant mon séjour ici et que, comme Mme Hahn, je me serais levée du lit pour ne pas manquer à cette solennité. Eh bien, le seul sentiment que j'en ai rapporté, c'est une complète déception. Nous avions, tout près de l'Arc de Triomphe, un balcon au quatrième, que nous avions loué 100 francs. Ce n'est qu'après une longue attente que nous avons pu voir le défilé du cortège qui s'est fait sans ordre ; les troupes se suivaient toujours à quelque distance et le peuple encombrait les allées de côté. Pas la moindre émotion, aucun élan, pas un chapeau soulevé ; je n'en croyais pas mes yeux, il
n'y avait dans cette immense foule que des curieux, rien de plus. Le char était magnifique, mais dans un style païen; les seize chevaux, attelés par quatre, qui le traînaient , paraissaient bien petits , comparativement aux dimensions monumentales du char. 11 aurait fallu le faire traîner par des éléphants et imiter la pompe romaine pour que les proportions fussent respectées. Les décors étaient ridicules, malgré leur richesse. Enfin, cette cérémonie n'a été qu'une comédie du commencement à la fin et n'a pas eu l'effet qu'en attendait le parti remuant, qui comptait sur du désordre, sur du bruit et espérait que cela amènerait la chute du ministère. Aussi est-il furieux; Thiers luimême n'a pas pu cacher aux Invalides le mécompte qu'il éprouvait. Il disait à haute voix que c'était une honte d'étoufiTer ainsi l'élan national, que toutes les mesures avaient été prises pour atténuer la solennité de cette journée, et tenait d'autres propos encore qui ont frappé ceux qui étaient à même de l'entendre. Le fait est qu'aucune précaution n'avait été négligée; on avait placé 800 hommes à l'Elysée. Avertis par la police qu'on avait le projet d'attaquer l'hôtel de l'Ambassade d'AngleterrCi l'ambassadeur et sa femme s'étaient empressés de passer la matinée hors de chez eux. Les émeutiers avaient passé, avant mon retour, devant notre hôtel, et s'y étaient arrêtés un instant, en criant : a A bas les Anglais! ». J'ai trouvé ma femme de chambre encore tout effrayée. Ils ont stationné assez longtemps devant l'hôtel des Affaires étrangères; la populace qui se
trouvait là, assez nombreuse, n'a pas pris part, fort heureusement à leur tintamarre; elle s'est montrée d'ailleurs en général assez calme. Le Journal des Débats est de toutes les gazettes celle qui donne de cette matinée le compte rendu le plus fidèle, à cela près qu'elle interprète l'indifférence de la masse comme un sentiment de respect que seul pouvait traduire le silence. Si Thiers avait été au ministère, la journée ne se serait certainement pas passée sans un événement marquant. Les gazettes de l'opposition s'efforcent de donner de l'importance et de la gravité aux cris qui ont été poussés, mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'ils n'ont point eu d'échos. Toutefois, il règne en ce moment une fermentation sourde ; on reproche au ministère de n'avoir pas permis aux écoles de figurer dans le défilé; il n'y a eu dans le cortège que l'École polytechnique et l'École de Saint-Cyr. La première a voulu entrer aux Invalides ; quelques polytechniciens ont eu une vive altercation avec le piquet de garde nationale; un de ces jeunes gens a même tiré l'épée. En somme, cette journée, qu'on ne voyait pas venir sans craintes, s'est passée assez bien et cela est heureux pour ce pays. Rien de plus curieux que d'entendre les récits d'un chacun ; mais, de quelque opinion qu'ils soient, tous sont d'accord pour vouloir se défaire de Guizot, bien qu'ils n'aient, au fond, pour le remplacer aucun candidat de prédilection. Ce qui achève de nuire à ce pauvre Guizot, c'est que le duc de Broglie se soit complètement séparé de lui, jugeant que sa conduite était
peu honorable. Le fait est que les mieux pensants sont d'avis que la crise intérieure n'est pas finie et qu'elle a laissé des traces profondes. La moindre démarche de l'étranger, si légitime qu'elle puisse être, serait très mal accueillie. Beaucoup ne veulent ni de la paix ni de la guerre; ceci étant vrai, à la lettre, contentez-les, si vous pouvez. Quant à moi, je trouve que Guizot a montré qu'il n'avait pas peur et donné les preuves d'un grand caractère. Je suis très à même de suivre et d'entendre, au jour le jour, tout ce qui se dit, tout ce qui se passe et j'y prends un très grand intérêt. A un dîner chez Rothschild, j'ai eu à ma gauche Montalivet*, avec qui j'ai causé tout le temps ; aujourd'hui je fais un dîner curieux et j'aurai demain une soirée non moins intéressante. Quand je quitterai Paris, je pourrai dire que je me suis entretenue avec tous les personnages marquants du moment et de l'avenir. Tout cela me distrait d'un froid digne de Saint-Pétersbourg ; je m'en défends assez bien dans ma chambre ; mais j'ai failli avoir mal à la gorge pour avoir vu passer les dépouilles du grand capitaine ; j'en suis quitte heureusement. La Seine est sur le point d'être prise, ce qui est fort rare et ce qui ne me plaît pas du tout.
1. MoNTALivET (Marthe-Camille Bachasson, comte de), homme d'Éfat français, né en 1801, mort en 1880. Ministre et intendant de la liste civile sous le règne de Louis-Philippe.
18 décembre 1840.
Hier, j'ai fait un dîner intéressant chez Mme de la Redorte; il était composé de Thiers, Rémusat, Cousin, Mignet*, le comte Flahaut*, Mmes Thiers et Rémusat. La conversation pendant le dîner a été assez animée ; on a parlé de Gœthe. Thiers y a pris part; après le repas il est venu causer avec moi de l'empereur Alexandre, des souvenirs qu'il a laissés ici. A le voir en société, si gai et si plein de bonhomie, sous son allure commune, on a peine à se figurer que ce petit homme a failli mettre l'Europe àfeuetàsangi Cependant, malgré le jugement sévère qu'on porte contre lui, on le préfère encore, cela est bizarre à dire, à Guizot. Il a satisfait la vanité française en outrant le traité du 15 juillet et je ne serais pas étonnée qu'il ne rentr«1t aux affaires. Il est évident toutefois qu'à la faveur du tapage, qui devait avoir lieu le jour de la grande cérémonie, il avait espéré que le ministère actuel serait forcé de se retirer. Cela a
1. MiGNET (François-Auguste-Marie), historien français, né en 1796, mort en 1884. Membre de l'Académie française (1836).
2. Flahaut de la BiLLARDERiE (Auguste-Charles, comte de), général et sénateur, né en 1785, mort en 1870. Général de brigade (1815) et général de division, la même année. Au commencement de la seconde Restauration, alla habiter l'Angleterre, où il épousa la fille de l'amiral Keith, et ne revint en France qu'en 1827. La révolution de 1830 lui rendit son grade et le fit pair. Ministre plénipotentiaire à Berlin (1851); ambassadeur de France en Angleterre (1842-1848); sénateur de l'Empire (1855); grand chanceHer de la Légion d'Honneur (1864- 1870). Le duc de Morny était son fils naturel.
été un gros désappointement pour la gauche, qui avait, dans ses gazettes, exposé tout au long son plan. On ne s'explique pas comment ce pays peut être aussi tranquille qu'il l'est au fond, comment les perceptions peuvent s'y faire si régulièrement, et on est surpris de voir combien ces huit cents et tant de millions de dépenses extraordinaires effrayent peu. Tout cela se paiera sans difficulté, dit-on, malgré les inondations de provinces entières qui exigent des sommes immédiates pour subvenir aux premiers besoins. On assure que le bien-être intérieur augmente tous les ans, que le luxe même s'introduit partout.
Après la cérémonie des Invalides, les ministres se sont rendus chez le Roi. Celui-ci est venu au-devant de M. Guizot et lui a dit qu'il lui serait à jamais reconnaissant des mesures sages qu'il avait prises, que ce n'était pas la première fois qu'il rendait service au pays, et que ce jour marquerait d'autant plus dans sa vie que, si Thiers avait été ministre, il y aurait eu non seulement du bruit, mais encore qu'il aurait, lui, couru le risque de perdre sa couronne.
Le Roi s'est plus déconsidéré que jamais, à sa réception du soir, par le peu de dignité qu'il a eue dans cette question de paix et de guerre ; les gens les plus sensés lui reprochent d'avoir tenu des propos, soit pour plaire à Pahlen, quand il était là, soit à Apponyi.
Il est clair qu'il a soutenu Thiers, qu'il a eu l'air d'être d'accord avec lui, tant qu'il n'a pas eu les forts détachés et les fortifications, mais il l'a lâché aussitôt
'après les avoir obtenus, et a été un de ses persécuteurs, et la preuve en est dans ce qu'il a dit à Fagel. Celui-ci éta)it aux Tuileries, le Roi s'approcha de lui et lui demanda son opinion sur la marche des affaires. Fagel, qui n'était pas avec lui sur ce pied d'intimité, ne fut pas peu surpris de cette question. « Je lui répondis assez bêtement », me dit Fagel, mais aussitôt le Roi s'écria, en se trottant les mains : « Eh bien, je les ai ces fameuses fortifications de Paris qu'on ne voulait pas m'accorder ; les mêmes personnages qui s'obstinaient à me les refuser ont fini par me les donner ; je dois ce résultat à ce petit risque tout; c'est l'homme du moment, croyez-moi, l'homme indispensable, le seul avec lequel on puisse marcher.
Je doute fort que Guizot réussisse à se maintenir ; c'est triste à dire, mais son déplacement suffira à calmer les esprits. Je déplore cette situation, car je pense qu'il pourrait être très utile, s'il parvenait à rallier à lui l'opinion.
Il n'y a qu'une voix sur cette journée du 15, pour réprouver tout ce qui a été préparé, le mauvais goût qui a présidé à l'apparat du cortège, et le froid glacial de la populace.
On est étonné ici, que, durant ces graves circontances politiques, vous n'ayez à Constantinople qu'un chargé d'affaires d'un nom inconnu. Le Roi l'appelle Monsieur Tito* et demande des renseignements sur son