‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 4)Chapitre 18 sur 69 · TiTOF, chargé d'affaires de Russie à Constantinople · texte numérisé non relu

TiTOF, chargé d'affaires de Russie à Constantinople

compte ; on ne doute pas cependant de son mérite et je suis certain que tu en es content.

Gomme ils sont bêtes, ces Français, de ne pouvoir supporter l'idée de leur isolement ! Petits et grands se sentent humiliés et disent à l'envi qu'il faut en sortir, sans tarder, d'une manière ou d'une autre. On profite de cette situation pour accabler le gouvernement. Le reproche le plus juste qu'on lui fasse, selon moi, c'est de n'avoir pas prévu ce qui est arrivé, c'est de s'être laissé mettre de côté, de n'avoir pas pris une attitude, dès les différends entre le vice-roi et le sultan.

Sais-tu qui est vice-roi et même roi, en France? c'est Rothschild. A son dîner, tout dernièrement, j'ai eu tout le temps de causer longuement avec lui, et, sans rien lui dire qui puisse trahir mes opinions, je l'ai amené à s'exprimer librement. Il est ennuyé de Thiers ; quant aux ministres : « Je les connais tous, dit-il, je les vois journellement et, dès que je m'aperçois que la marche qu'ils suivent est contraire aux intérêts du gouvernement, je me rends chez le Roi, que je vois quand je veux, et je lui fais part de mes observations. Comme il sait que j'ai beaucoup à perdre et que je ne désire que la tranquillité, il a toute confiance en moi, m'écoute et tient compte de tout ce que je lui dis. 3> Tout le monde afflue chez lui; sa maison est la plus recherchée, il y est comme un Richelieu, recevant selon son caprice. Montalivet le choie, c'est son ami intime.

Quand on suit attentivement la marche des affaires, on ne conçoit pas comment ce pays, où l'intérêt d'un

chacun domine, mais où la vanité passe avant tout, est sur pied. Il n'est pas dit que cela puisse durer longtemps, il est possible aussi que de graves événements en surgissent. L'intérêt matériel, la richesse à sauvegarder, la crainte de perdre ce qu'on possède, sont les seules garanties qui nous permettent d'espérer qu'ils se maintiendront. Rothschild avait raison de dire qu'on devrait ménager leur susceptibilité, ne point les aigrir et qu'ainsi ils se calmeraient petit à petit, 'que l'armement se ferait avec lenteur, mais que, si l'Angleterre ne ménageait pas ses anciens amis, dans ses notes ou dans les journaux, on ne pourrait plus les contenir.

Le comte Charles de Nesselrocle au baron de Meyendorfl'.

Saint-Pétersbourg, 24 décembre 1840.

Ce courrier vous porte, mon cher baron, une dépêche sur la nouvelle complication que la convention de Napier a si gratuitement produite. Je ne crains cependant pas que cet incident puisse avoir des conséquences fâcheuses ni mette obstacle à une conclusion finale et complètement satisfaisante de l'affaire orientale. Je puise cet espoir dans l'opinion unanime que les quatre cabinets ont énoncée à ce sujet. Ils ont été tous d'accord pour désapprouver la forme si irrégulière de

celle transaction, et pour en conserver le fond. Tel est l'avis de Palmerston et de Metternich. Tel est également le nôtre, comme vous le verrez ; et, quant à celui du cabinet prussien, je ne pense pas qu'il puisse être différent. Lord Ponsonby' sera le seul à n'être pas d'accord avec nous ; mais il faut bien espérer qu'on sentira enfin à Londres la nécessité de lui faire entendre raison et de ne plus le laisser voler de ses propres ailes qui, sans cela, pourraient devenir les ailes d'Icare et nous entraîner tous dans une épouvantable chute. Quant à la Porte, elle ne m'inquiète pas ; il faudra bien qu'elle fasse ce que nous voulons.

Le dernier courrier de Paris m'a apporté votre lettre du 18 décembre. Je ne connais pas encore la réponse écrite que Guizot doit avoir faite aux communications austro-prussiennes. D'après ce que vous m'en dites sommairement, elle doit être telle qu'il était facile de le prévoir. Je ne vois pas trop ce que les puissances allemandes auront gagné à cette démarche, et suis curieux de savoir si elles donneront encore suite à l'idée de faire adresser par la Diète germanique une interpellation officielle à la France au sujet de ses armements. Elle ne saurait, à mon avis, produire d'autres résultats que la démarche confidentielle des deux cours principales.

i. Ambassadeur d'Angleterre à Constantinople.

Jm comtesse Charles de Nesselrode à son mari.

Paris, '26 décembre 1840.

J'écris lorsqu'il me passe quelque chose par la tête, c'est la princesse Lieven maintenant qui est au bout de ma plume et comme tu m'en parles dans ta dernière lettre, je te dirai que, n'étant pas à Londres, je ne puis savoir au juste comment elle s'y est conduite. A ce sujet les opinions sont partagées; ce qui est certain, c'est que « cher ami » n'a pas eu de tact. Comme il a peur de son ombre et se démonte pour un rien, dès qu'il a appris que ladite dame arrivait, l'inquiétude s'est emparée de lui et il a eu l'imprudence de dire à lady Palmerston qu'il était tellement outré de la conduite de la princesse Lieven qu'il se plaindrait en cour. Cela a indigné lady Palmerston qui n'a eu rien de plus pressé que d'en avertir la princesse et de la reprendre, h partir de ce moment, sous sa protection, au point de surveiller ceux qui venaient la voir et de faire des reproches à Bulow et à d'autres de ce qu'on la négligeait ; d'autres dames ont également pris sa défense et X cher ami » dans ce moment n'a pas été bien vu de la société. Tu comprendras cependant que la princesse devait être terrifiée de cette menace et en vouloir au dit baron '.Quand on n'a pas de cœur, on n'a pas d'esprit

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