Chatenay (comtesse de, née La Guerche
3. Salvandy (Narcisse-Achille, comte de), homme d'État et littérateur français, né en 1795, mort en 1856. Conseiller d'État (1828); député (1830), membre de l'Académie française (1835); ministre de l'instruction publique (1837-1839); ambassadeur en Espagne (1841). Ministre de l'instruction publique (1845). On lui doit de nombreux ouvrages historiques et politiques.
Colettis', minisire de la Grèce. C'est un beau caractère et un homme du genre que j'aime.
La 'même au même.
Paris, 'lo janvier 1841.
Les débats sur les fortifications ont commencé. Le gouvernement désire trop que la loi passe pour qu'elle ne soit pas votée. Quand on sait le dessous des cartes des partis, on trouve tout cela bien triste pour le pays. On voit surtout avec peine le pouvoir qu'a Thiers à la Chambre, la liberté qu'on lui laisse d'interrompre les orateurs et de s'agiter comme il le fait. Ces députés pour la plupart croient tout ce qu'on leur dit sur l'opinion européenne; aussi leur donne-t-on, entre autres arguments, celui-ci, qu'en repoussant la loi on prouverait aux étrangers qu'on a peur de leur déplaire. A moins d'un incident qui pour moi n'est pas à prévoir, il y aura une forte majorité. Le discours de M. Rémusat,
\. Colettis (Jean), homme d'État, l'un des libérateurs de la Grèce, né en 1784, mort en 1846. 11 fut un des quatre membres de l'assemblée nationale d'Épidaure chargés de rédiger la constitution. Ministre de la guerre, il battit les Turcs en 1824, eut le commandement en chef des forces helléniques en 1826, fit partie de l'administration provisoire après l'assassinat de Capo d'istria, puis de celle qui fut établie en 1832, et rempht, sous le roi Othon, les fonctions de ministre de l'intérieur, d'ambassadeur à Paris et de président du conseil.
ARCHIVES DU COMTE CH. DE NESSELRODE. Ul
1res bien fait, 1res bien dit, a été fort goûté, il est en faveur des fortifications. D'après cet orateur, l'adoption de la loi donnera une attitude plus ferme au pays et fortifiera la politique ; il faut toujours un peu de folie dans les meilleurs discours. Celui du maréchal Soult a mis en émoi les Tuileries et le ministère. C'est avec intention, je crois, que Soult n'a consulté personne, mais il aurait pu dire les choses sous une autre forme.
On prétend qu'il est indispensable de modifier la composition du ministère, ses membres étant en désaccord ; je crains fort que M. Guizot ne soit la première victime du changement qu'on réclame. Les Débats ont publié de curieux articles sur la question du jour, sur M. Thiers et sur l'action de la Bourse. Il serait difficile d'imaginer tout ce qu'on voit et la Chambre joue un rôle singulier, pour ne pas employer le terme propre.
Thiers montera à la tribune aujourd'hui encore pour résumer la question et ce n'est que demain ou aprèsdemain qu'on discutera les amendements.
Les Français se jugent entre eux quelquefois avec beaucoup de logique, mais ce sont les concessions qu'ils font pour arriver au pouvoir — qu'ils aiment pardessus tout — qui diminuent leur caractère. Plus de quatre-vingts députés demandent à être pairs. Cela ne laisse pas que de m'étonner, le rôle de député n'esl-il pas, en effet, plus beau que celui auquel ils aspirent? Victor Hugo va être élevé à la dignité de pair, si c'en est une.
Tu devrais te faire donner la Presse, lorsqu'elle
publie un feuilleton signé Launay, c'est le pseudonyme qu'a pris Mme de Girardin'. Il y en a de charmants, notamment celui d'aujourd'hui.
28 janvier 1841.
Je n'en puis plus de fatigue, cher ami, aussi n'aurastu qu'un mot de moi aujourd'hui. Les séances de la Chambre me prennent cinq à six heures. Rien de curieux comme d'entendre les discours et d'observer les physionomies. On se hâte de terminer la discussion. Le parti qui tient à ce ridicule projet, quoique sûr de l'emporter, attend le vote avec une vive impatience. On suppose que la loi sera votée demain. Toutes les maisons et propriétés, avoisinant les forteresses, ont perdu deux cents millions de leur valeur. On a calculé qu'il faudrait pour les travaux projetés autant de matériaux qu'on en a employé depuis trente-cinq ans à Paris. La majorité est au fond favorable à l'amendement du général Schneider*,
1. GiRARDiN (Delphine Gay, Mme Emile de), femme de lettres française, née en 1804, morte en 1855.
2. Schneider (Antoine-Virgile, baron), général français, né en 1779, mort en 1847. Nommé maréchal de camp pour sa conduite dans la guerre d'Espagne de 1823. il fut créé lieutenant-général en 1831 pour les talents qu'il avait déployés dans l'expédition de Morée. En 1832, le maréchal Soult l'appela à la direction du personnel au ministère de la guerre; il obtint même le portefeuille de ce ministère de 1839 à 1840 et contribua beaucoup à faire voter par la Chambre les fortifications de Paris. 11 avait été élu député du Bas-Rhin en 1854.
ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE.
mais on pense qu'elle cédera finalement. Je suis, quanl à moi, pour cet amendement.
Je lis, à l'instant, le discours d'ouverture de la reine d'Angleterre. On ne manquera pas de remarquer qu'il ne s'y trouve pas un mot particulier, à l'adresse de la France. Les Français, qui prennent la mouche pour rien, verront dans ce silence une nouvelle raison de voter la muraille autour de Paris.
La même au même.
Paris, 50 janvier 1841.
C'est aujourd'hui que l'on vote. J'ai pris un si grand intérêt à toute la discussion que je partage l'agitation de la Chambre. Je suis pour l'amendement du général Schneider et je me dis que, comme étrangère, je devrais en tenir plutôt pour le projet, tel que l'a présenté la commission, qui sera plus onéreux et jettera les habitants dans une perplexité continue. On se servira constamment, en effet, de cette mesure pour menacer la tranquillité de la ville et les agitateurs compromettront souvent le gouvernement en lui prêtant l'intention de tourner les canons contre eux.
Le discours de Lamartine et surtout celui deDufauie ont extrêmement ébranlé la Chambre et l'on prétendait, hier au soir, qu'il y aurait une majorité pour l'amende-
menl. Le scrutin devant être secret, cela mettra beaucoup de consciences à l'aise. Quant à Thiers, il ne néglige rien pour avoir le dessus, pas môme les inventions. A tout moment on lui prouve l'inexactitude ou l'exagération des faits qu'il avance.
Il y a eu, hier, conseil chez le Roi, avant la séance de la Chambre et il y a été décidé, je le sais de bonne source, que le ministère présenterait un amendement, conçu à peu près dans le sens de celui d'Arago dont le discours a été d'une longueur assommante. Quoique Thiers ne jouisse plus de la même faveur qu'autrefois à la Chambre, il y compte encore beaucoup de partisans, non des moins importants, qui, fanatisés par lui, sont fanatiques de son plan. Je ne comprends pas, après l'avoir suivi dans toute cette discussion, comment il peut encore en imposer.
Ce soir, il sera intéressant d'entendre ce qui se dira dans les coteries ; j'irai dans deux maisons : chez Mme de Lamartine où se réunissent des députés, des artistes et toute espèce de monde du faubourg Saint- Germain ; de là, j'irai chez Mme de Ranzau.
Résumé
tVune cotiversation du comte Dmitri de Nesselrode
avec le prince de Metternich.
Janvier 4841.
Le prince Metternich m'a dit : D'après les dernières communications venues de Pétersbourg, j'ai été charmé de voir que nous étions d'accord. Mais il est important que l'affaire finisse. Il est impossible que cela traîne plus longtemps, et l'AuLriche ne peut pas sacrifier ses intérêts en Italie et sur le Rhin, ses devoirs envers la Confédération germanique, au désir de l'Angleterre que l'hérédité ne soit pas conférée à Méhémet-Ali. Nous ne sommes pas en droit de dicter à la Porte ce qu'elle doit faire; mais il faut espérer que l'influence des deux cours impériales sera assez puissante à Gonstantinople pour y faire prévaloir la question d'hérédité. Sinon l'Autriche se verra forcée par les raisons ci-dessus exposées de se retirer de toute participation ultérieure à la suite de cette affaire. 11 serait désirable qu'on évitât d'être réduit à une pareille extrémité qui gâterait l'impression salutaire que l'accord des quatre puissances avait produite sur la France. Les dernières nouvelles de Londres nous ont appris que les Anglais parlaient de bombarder Alexandrie et de brûler les deux flottes, mais ceci est l'intérêt anglais et non l'intérêt européen et jamais l'escadre autrichienne n'y donnera
116 ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE.
sa coopération. Encore une fois, il faut que cela finisse. Nous avons atteint le but que nous nous étions proposé : le Pacha est soumis et nous n'en voulons pas davantage. Je ne doute pas que la Porte ne cède à nos conseils et à la menace d'être privée de l'appui des deux cours i mpériales, ce qui l'obligerait à se jeter dans les bras de l'Angleterre. Le prince Metternich a exprimé également le désir que les instructions à Brunnow fussent bien précises.
Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendor/f.
Saint-Pétersbourg, 4 février 1841.
Benkendorf vous envoie son vieux et fidèle Saglinski' et vous écrit, mon cher baron, pour vous dire pourquoi il le fait aller à Berlin. Je n'ai donc rien à vous apprendre à ce sujet. Vous connaissez d'ailleurs l'homme ; vous avez déjà été en rapport avec lui, et vous l'assisterez de vos conseils et de vos connaissances locales dans les relations que vous aurez à entretenir à Berlin.
Ozerof* est arrivé hier matin. Ce que vous me dites dans votre lettre particulière sur les mauvais symptômes qui commencent à se montrer en Prusse entre un peu