‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 4)Chapitre 63 sur 69 · Fille du f;rand-duc Michel, frère de l'empereur · texte numérisé non relu

Fille du f;rand-duc Michel, frère de l'empereur

lellement toutes les matières qu'il ne me reste rien à y ajouter ni sur les affaires de la Suisse, ni sur les mariages espagnols, ni sur le protocole proposé par Palmerston.

Parlons de Cracovie. Vous saurez, à l'heure qu'il est, ce qu'on en pense et ce qu'on en dira en Angleterre et en France ; nous aurons à répondre à deux protestations. Conjurez Canitz d'accepter notre proposition, quant à la forme à donner à celte réponse ; que la conférence réponde, et non les cabinets isolément. Tout est profit pour nous dans cette manière d'agir; plus notre position sera forte et notre langage identique, moins nos adversaires songeront à nous attaquer. L'essentiel est de ne pas leur montrer un défaut de cuirasse ; il ne faut pas qu'à Berlin on puisse dire : « Nous n'avons consenti ({u'à notre corps défendant et uniquement pour faire plaisir à l'Empereur de Russie ». Voilà, cher baron, ce que je vous recommande d'empêcher. Je pense que Canitz comprendra l'importance de cette considération ; je vous envoie pour lui le cordon de Saint-Alexandre, en vous priant toutefois de ne le lui remettre que le 17 décembre. Il me paraît plus convenable de rattacher cette marque de bienveillance à la fête de l'Empereur, plutôt qu'à l'incorporation de Cracovie ; je pense que cela doit également convenir davantage à Canitz.

Sa manière d'envisager les affaires de la Suisse se rapproche beaucoup plus de la nôtre que celle de la cour de Vienne, où il me paraît effectivement qu'on est un peu mou dans cette question, qui cependant les

ARCHIVES Dr COMTE Cil. DE NESSELRODE. ."j9

louche de si près. Empêcher par tous les moyens possibles que les deux parties n'en viennent aux mains, tel doit être le but de tous nos efforts. Des déclarations timidement formulées suffiront-elles pour nous le faire atteindre? Je ne le pense pas.

Le courrier de Kisselef* m'arrive à l'instant, et m'apporte, mon cher baron, votre intéressante mais bien triste lettre du 25 novembre. Ce n'est pas de l'imprévu, mais ce n'en est pas moins pénible. Nous possédons ici notre consul de Kœnigsberg; il n'est pas couleur de rose non plus, et le tableau qu'il m'a tracé, l'autre jour, dans une conversation de deux heures de l'état des esprits en Prusse fait frémir. Le libéralisme a fait dans la province qu'il habile, en quatre ans, des progrès effrayants : on n'y rêve que la souveraineté du peuple. Dieu veuille que les couleurs de son tableau soient chargées !

/y? même au même.

Saint-Pétersbourg, 7 décembre 1846.

L'Impératrice me fait prévenir qu'elle envoie un courrier à Altenbourg. J'en profite, cher baron, pour vous annoncer que l'Empereur est parti celte nuit pour

l. Chargé d'affaires de Russie à Paris.

Varsovie afin d'y voir le grand-duc Michel, et qu'il compte être de retour ici le 16 décembre; ce voyage impromptu n'a pas d'autre but. Écrivez à Orlof, si vous avez quelque chose d'intéressant à mander.

Ici, nous sommes très contents de la bonne tournure que l'affaire de Cracovie a ])rise à Londres. La protestation de Palmerston est aussi modérée qu'elle pouvait l'être, et Cracovie ne rétablit pas la cordiale entente. J'avoue que ce résultat a dépassé mes espérances; j'espère qu'à Berlin on l'appréciera et qu'on sentira enfin combien la détermination que nous avons prise est faite pour relever le crédit et la considération des trois cours. Tout en Europe, depuis la révolution de Juillet, a été fait plus ou moins contre elleg; ceci est la première question qui s'est résolue d'une manière conforme à leurs intérêts et à leurs principes; elle a dès lors une grande portée à mes yeux.

Ainsi que je vous en ai prévenu, j'ai répondu à Bloomfield* que nous répondrions de Vienne à la dépêche de lord Palmerston, toutefois sans lui laisser ignorer combien nous étions sensibles à ses ^bons procédés dans cette occasion. Je n'ai pas encore reçu la protestation française. Comme Guizot n'a pas réussi à s'entendre avec l'Angleterre, il ne voudra pas se brouiller avec nous ; je suppose donc que sa dépêche sera également modérée, mais probablement mieux raisonnée que celle de Palmerston ; il se gardera de

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