‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 4)Chapitre 8 sur 69 · Comte Benkendorf, ministre de la police · texte numérisé non relu

Comte Benkendorf, ministre de la police

22 ARCHIVES DU COMTE CH. DE îiESSELRODE.

Adieu, mon cher baron, agréez mes plus sincères et invariables amitiés.

Le même au même.

Saint-Pétersbourg, 25 avril 1840.

J'ai reçu, mon cher Meyendorff, votre bonne et intéressante lettre du 13 avril, que vous m'avez adressée par Kisselef, qui est ariivé ici clopin-clopant. Il a eu des routes affreuses et en chemin les trente-six infortunes d'Arlequin. Il en a été quitte avec un bleu à l'œil, mais son dernier accident aurait pu devenir très grave, car la roue de sa voiture lui a passé sur les deux jambes.

Ce que vous me dites de la disposition des Prussiens, à notre égard, est très satisfaisant et vous est certainement dû en grande partie. Si Orlof a été content, il faut que l'amélioration soit sensible, car lui et surtout Benkendorf ont rapporté de leur dernier séjour une irritation que j'ai eu de la peine à calmer et que j'ai trouvée souvent fort exagérée. Il faut pouvoir leur parler allemand, et on finit par s'entendre. Voilà pourquoi Ribeaupierre n'a jamais compris les Prussiens et n'a pas su se faire comprendre d'eux. Encore aujourd'hui il ne peut parler d'eux avec sang-froid.

Soyez tout à fait tranquille sur les communications

que je fais ici à Liebermann et à Rauch *. Je ne leur fais lire que les passages de vos lettres qui peuvent servir à cimenter la bonne harmonie et à prouver les sentiments conciliants dont vous êtes animé à leur égard. Ce genre d'indiscrétion pourra donc quelquefois vous être utile et jamais nuisible.

Je vois avec plaisir que Werther * se déboutonne et qu'il devient confiant avec vous comme il l'a toujours été avec ses collègues de Russie dans les missions à Londres et à Paris. Son opinion sur la fameuse philippique de Metternich contre Thiers est de toute justesse. Ces sortes de dépêches sans conclusion me donnent des nausées. Comment trouve-t-il le temps de barbouiller inutilement tant de papier? C'est une véritable passion chez lui ou plutôt une maladie dont il ne se guérira jamais. Plaignez-moi un peu d'être obligé, ne fût-ce que par politesse, de répondre à un pareil galimatias. Prêcher est plus facile que d'agir. Dans l'affaire orientale il n'est jamais franc du collier à notre égard, et dans celles de l'Allemagne il abandonne les puissances de second ordre à leur malheureux sort, en ajournant depuis vingt ans la construction de la quatrième forteresse fédérale. Mais que le moindre intérêt autrichien soit compromis en Italie, vous le verrez immédiatement convoquer le ban et l'arrière-ban de l'alliance conservatrice. Nous avons affaire à de drôles de gens.

t. Rauch (de), général prussien et plénipotentiaire militaire à Saint- Pétersbourg.

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