PRÉCIS DES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS
QUI ONT KU LIEU DEPUIS 1807 Présenté par, e comte Charles de Nessclrode à l'empereur Alexandre.
8/20 avril 1812.
Immédiatement après la paix de Tilsit, la Russie envoya le comte Tolstoï à Paris, Ses instructions lui prescrivaient de veiller à l'exécution du traité qui venait d'être conclu. Une de ses conditions les plus importantes stipulait l'évacuation des provinces dont le roi de Prusse avait conservé la possession. La France s'y refusait, sous le prétexte que la Prusse n'avait point acquitté des contributions imposées pendant la guerre et qu'il lui fallait jusqu'à l'entier acquittement des sûretés, qu'elle faisait consister dans l'occupation de plusieurs forteresses qui devaient répondre d'une moitié de la dette, tandis que l'autre se serait acquittée de suite au moyen d'une cession de domaines situés dans les États du Roi. De pareilles prétentions n'étant nullement autorisées par le traité, la Russie réclama contre
cette inexécution et insista sur l'entière évacuation de la Prusse. La France répondit que tant que des troupes russes continueraient à occuper la Moldavie et la Valachie, et que par là la Russie n'exécutait pas, pour ce qui la concernait, le traité de Tilsit, elle n'avait aucun droit d'exiger l'évacuation de la Prusse; que si la Russie désirait conserver les deux Principautés, la France devrait compenser cet agrandissement, en procurant au territoire de ses alliés une extension aux dépens de la Prusse. La Russie répliqua qu'elle ne pouvait point admettre le rapport que la France cherchait à établir entre les affaires de la Porte et celles de la Prusse; que le traité de Tilsit l'obligeait à la vérité à retirer ses troupes des deux Principautés, mais que dans les conférences entre les deux Empereurs, Napoléon avait verbalement consenti à ce qu'elles y restassent, et avait promis de ne pas s'opposer qu'à la paix elles fussent réunies à la Russie, si la négociation devait en amener la cession. La France ne se contenta pas de cette raison, répéta sa première proposition, augmenta ses prétentions sur la Prusse; et malgré que dans l'intervalle nous lui eussions donné, par la déclaration de guerre à l'Angleterre et à la Suède, des preuves incontestables de notre fidélité à nos engagements, elle persistait à ne pas vouloir en retirer ses troupes.
Les négociations roulèrent sur le môme objet jusqu'au mois d'avril 1808, époque où l'Empereur Napoléon partit pour Rayonne, afin, d'achever ses projets sur l'Espagne et le Portugal envahis depuis peu de mois par
ARCHIVES DU COMTE CH. DE NESSELRODE. l'Jl
les troupes françaises. Les conférences de Bayonne amenèrent l'abdication des rois Charles IV* et de Ferdinand VII*. Joseph Bonaparte fut nommé roi d'Espagne, et Murât, le grand-duc de Berg, roi de Naples. La Bussie s'empressa de les reconnaître, allant ainsi au devant de ce que la France avait à désirer. En attendant ces événements, ces usurpations excitèrent les Espagnols à la plus vigoureuse résistance. Toutes les provinces de cette monarchie se soulevèrent les unes après les autres contre l'oppression étrangère. Leurs généreux efforts ne lardèrent pas à être couronnés par les plus brillants succès : le corps du général Dupont'' fut forcé de capituler; celui du maréchal Moncey*, battu près de Valence,
1. Charles IV, roi d'Espagne, 1748-1819, devint roi en 1788, abdiqua en 1808, en faveur de Ferdinand; puis voulant revenir sur sa décision, prit comme arbitre Napoléon, qui attira la famille royale à Bayonne; celui-ci persuada à Charles IV d'abdiquer en sa laveur : le (raité fut signé le 5 mai 1808 et Ferdinand l'accepta. Charles IV fut f'uvoyé à Compiègne, puis il alla résider à Marseille, jusqu'en 1811, e( enfui à Home où il rrlourut.
2. Feiidin.vnd VII, fils aîné de Charles IV, roi d'Espagne. 1784-1855. 5. Dupont dk l'Étang (Pierre), né à Chabanais (Charente), 1765-
I85S, combattit à Valmy, et servit dans l'armée de Belgique, où il fut nommé général de brigade (1795); il commanda une division à Marengo, prit part à la vampagne de 1805, où il se couvrit de gloire en arrêtant à Hassloch, piès d'Ulm, avec une poignée de soldats, le maréchal Mack qui essayait de sortir d'ilm. Il se distingua encore à Friedland, mais sa carrière jusqu'alors si brillante, fut malheureusement terminée en Espagne. Chargé, en 1808, de conquérir l'Andalousie, il perdit la tète en présence du général espagnol Castanos, et signa la capitulation de Baylen (25 juillet 1808). A son arrivée en France, il fut accusé de trahison par Napoléon et demeura enfermé au fort de Joux, jusqu'au retour de Louis XVllI.
4. MoNCEv (Adrien-.Ieannot de), duc de Conégliano, maréchal de France, né à Moncey, près de Besançon. 1 754.-1 8i2.
dut renoncer au plan de s'emparer de cette place importante; le général Junot se rendit à l'armée anglaise, débarquée en Portugal; Madrid fut évacuée, et les débris de l'armée française se concentrèrent derrière l'Ébre. Napoléon vit bientôt que les moyens qu'il avait employés étaient insuffisants, et que, ne voulant pas abandonner le projet de soumettre la Péninsule à son système, il ne lui resterait qu'à y envoyer les forces que, depuis la campagne de 1807, il avait conservées en Prusse et en Allemagne. Mais il ne crut pas pouvoir retirer ses armées de cette partie de l'Europe sans s'assurer auparavant des dispositions de la Russie, afin qu'aucune diversion dans le Nord ne paralysât ses projets contre le Midi. Il proposa une entrevue que l'Empereur Alexandre accepta. Une autre circonstance rendit pour lui cette précaution plus nécessaire encore. La maison d'Autriche voyant, dans le sort que venaient d'éprouver les rois Charles et Ferdinand, l'indice le plus certain d'un arrêt de mort prononcé dans l'esprit de Napoléon contre toutes les anciennes dynasties, résolut de vendre cher son existence et organisa d'immenses moyens de défense.
Napoléon revint au mois d'août à Paris. Deux faits marquants signalèrent son séjour dans la capitale :
Pressé de retirer ses troupes de la Prusse pour les envoyer en Espagne, il précipita avec celle-ci des négociations qui avaient langui depuis plus de six mois. Le résultat en fut une convention qui fixait la dette de la Prusse à 150 millions de francs, laissait la France en
possession des forteresses de Steltiii, Cuslrin et Glogaii, jusqu'à l'entier payement de cette dette; bornait l'armée prussienne à 40000 hommes, et contenait un engagement, qui daterait d'un an après la signature du traité, de Iburnir à la France un corps auxiliaire de 12 000 hommes dans toute guerre où elle se trouverait engagée, hormis la guerre d'Espagne.
La seconde circonstance a rapport à l'Autriche. Napoléon eut avec le prince Metternich une longue explication à l'audience diplomatique du 15 août, oîi il reprocha les armements que l'Autriche préparail. Dans les négociations qui s'ensuivirent, la France demanda que l'Autriche, pour donner un gage de ses intentions pacifiques, reconnût les rois d'Espagne et de Naples. Le .prince de Metternich en donna ([uelque espoir au cabifnet des Tuileries, et l'Empereur Napoléon parlit pour ^Erfurt. Le résultat de cette entrevue l'ut une convention, lont les principales stipulations étaient que la France reconnaissait la réunion à la Russie de la Finlande et les deux Principautés ; qu'elle retirait sa médiation )our la pacification avec la Porte; que la Russie en revanche promettait que dans le cas où l'Autriche atta- [querait la France pendant que l'Empereur Napoléon serait occupé de la réduction de l'Espagne, la Russie fierait cause commune avec celle-ci. Ce fut la nouvelle fque la cour de Vienne se refusait à reconnaître les rois 'd'Espagne et de Naples, qui surtout donna lieu à l'insertion de cette clause importante.
La convention signée à Paris entre la Prusse et la