IV
régime municipal font cependant partie d'un tout; ainsi les comtés et les cités d'Angleterre jouissent de différents régimes et privilèges municipaux sans que l'Angleterre en soit moins régie par un gouvernement un et indivisible.
Considérons les États monarchiques.
L'Empire d'Allemagne, comme on le sait, était formé de 500 États; chaque Prince, chaque ville impériale avait le droit d'ambassade, des troupes, des finances à part. L'Allemagne a été le plus faible empire du monde. C'est la France qui lui assura ses droits à la paix de Westphalie et qui en profita le plus.
L'Angleterre est depuis un siècle seulement une grande puissance. Quand commença-t-elle à être prépondérante dans les affaires de l'Europe?
L'Irlande et l'Ecosse y étaient bien réunies sous le même Prince : l'Irlande, depuis plusieurs siècles, l'Ecosse depuis le xvf . Mais l'Irlande, indépendante dans tous ses rapports politiques, commerciaux, financiers, était en continuelle rébellion, jusque vers la fin du xnf siècle où on l'a bien soumise à des lois cruelles, mais en laissant subsister une ombre de l'indépendance politique; elle n'est pas encore aujourd'hui une possession assurée à la Grande-Bretagne. L'Ecosse, réunie à l'Angleterre dans la personne d'un Roi commun depuis Jacques I", lui fit une guerre continuelle pendant tout le règne des Stuarts; elle en est le plus ferme appui depuis 1706, l'an de la réunion des deux royaumes dans un seul Parlement.
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Quelle face représente donc aujourd'hui la consliLution politique de la Grande-Bretagne? Un seul pouvoir souverain concentré dans un Parlement commun à tous les trois royaumes, même armée navale et de terre, commandée par des généraux nommés indistinctement parmi les trois nations, mêmes finances pour tous les besoins généraux de l'Empire.
Cependant le régime municipal, les tribunaux de justice et même la représentation nationale y sont différents; on fait même des comptes distincts de la liste civile d'Ecosse et d'Irlande. Malgré cela, le gouvernement de la confédération des trois royaumes est un et indivisible dans tous les rapports militaires, politiques et financiers. Le roi d'Angleterre ne tient point chez lui un ministre des affaires étrangères d'Ecosse, comme Napoléon tient celui d'Italie; on ne conçoit pas non plus une armée écossaise, distincte de celle de l'Angleterre, ni un code de commerce ou de douanes distinct, etc.
La Prusse, élevée à un haut degré de réputation par un prince guerrier, n'était pas moins un État faible. Ce prince organisa bien l'armée et les finances; mais les provinces qui constituaient ce corps n'en différaient pas moins d'intérêts politiques et commerciaux. La Prusse n'était ni un État fédératif, ni un État un et indivisible : tout cela était différent dans les provinces. Le grand Frédéric ne songea pas, peut-être, à leur donner une constitution solide, ou le temps n'a pas permis d'affermir ce qu'on avait si sagement commencé. Un choc,
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et la puissance, n'ayant plus à la tête un vaste génie, s'écroula.
Mais parmi toutes les puissances qu'on peut citer comme un exemple dans cette affaire, c'est l'Autriche qui mérite le plus d'attention.
La maison d'Autriche est devenue grande, plutôt par sa politique que par ses armes qui, à toute époque et la plupart du lemps, ont été malheureuses. Tout ce qu'elle possède et posséda jadis était gagné par les mariages, par les traités et les négociations. Son domaine est composé pi"esque entièrement d'États fédératifs. Elle a bien réussi à amalgamer l'Autriche, la Bohême et la Galicie, mais la Hongrie en est, même diplomatiquement, un royaume séparé. La Lombardie et l'ancienne Belgique en avaient été auparavant aussi. Ainsi dans la crise dernière d'où elle vient à peine d'échapper et avec des pertes énormes, c'était la cause principale de son impuissance à résister plus longtemps.
Les principes de cette fédération sont ceux-ci :
L'archiduc d'Autriche, d'après l'ordre de succession établi dans ce pays, est le souverain de tous les Étals soumis à la domination de la maison.
La pragmatique sanction, en établissant cet ordre, n'a pas réuni en un corps politique toutes ses parties, mais le Gouvernement y a suppléé après par les lois administratives.
Ainsi il n'y a dans toute la monarchie qu'un conseil, un corps diplomatique, une haute chambre de finances et une armée commandée en langue allemande et par
des officiers nommés indistinctement parmi tous les sujets de la monarchie.
Malgré cela, la Hongrie est la partie faible de cette monarchie. Prétendant à une indépendance politique, elle est en continuelle opposition à tous les desseins politiques du Gouvernement. Mais pourquoi? Parce que le Ministère néglige de profiter de l'initiative que lui accordent les lois pour diriger à son gré la Diète dans ses délibérations ; parce que le système économique du Royaume est en contradiction avec celui des autres États, parce qu'on a négligé dans ces lois civiles d'effacer les traces féodales, si contraires à l'unité et à l'indivisibilité du gouvernement.
Tant d'exemples prouvent, je crois, assez suffisamment la faiblesse des États fédéralifs, constitués d'après le principe d'indépendance.