‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives;Chapitre 7 sur 43 · IV · texte numérisé non relu

IV

services; elle désire infiniment que lu arrives avant son départ qui aura lieu dans dix ou quinze jours au plus tard.

L'Empereur part demain dans le courant de la journée pour Abo où il aura une entrevue avec le prince royal de Suède; il emmène avec lui très peu de monde et, entre autres, le chancelier qui a pris les devants depuis deux jours.

Rien d'autre d'important à te mander, si ce n'est qu'on parle d'envoyer Koutousof remplacer Barclay, mais cela ne paraît pas encore très positif.

Le prince Alexandre Galitzin au comte Charles de Nesselrode.

7 octobre 1812.

Je saisis cette occasion, M. le Comte, j)our me rappeler à votre souvenir et pour vous dire que l'Empereur a été étonné que vous n'ayez pas reçu ses ordres pour retourner à Pétersbourg et m'a ordonné de dire à la comtesse Nesselrode qu'il l'autorisait à vous communiquer cette bonne nouvelle. En attendant le plaisir de vous voir, agréez, je vous prie, l'assurance de mes sentiments distingués.

AHCHIVES DU COMTE CIL IlE .NESSELRUDE. «9

La comtesse Charles de Nesselrode à son mari,

(Post-scrîplum à la lettre du 7 octobre ISl'i.)

Voilà le certificat le plus sûr, cher et tendre aini. Très décidément, Koutousof commandera l'armée et sous lui Benningsen et Bagration. Sur ce, je prie Dieu qu'il le ramène au plus vite vers moi.

Copie de la réponse du prince Koutousof à une lettre du maréchal Berthier, prince de Neufchâlel.

En date du 8 octobre 1812.

Mon Prince,

M. le colonel Berlemy, que j'ai admis dans mes quartiers mêmes, m'a remis la lettre dont Votre Altesse l'avait chargé pour moi. Tout ce qui fait l'ohjet de celte nouvelle démarche a déjà été soumis immédiatement à Sa Majesté l'Empereur, mon maître, et c'est, comme vous ne sauriez l'ignorer, mon Prince, l'aide de camp général, prince Wolkonsky, qui en a été le porteur. Cependant, vu la distance des lieux et la difficulté des

100 AKClllYES DU COMTE Cil. DE iNESSELRODE

roules d;ms la saison acluelle, il est j)hysiqucïuenl impossible qu'il me soil déjà parvenu une réponse à eet égard. Je ne saurais donc que me référer personnellement à tout ce que j'ai eu l'honneur de dire à M. le général Laurislon sur la même matière. Je répéterai, cependant ici, une vérité dont vous a[)précierez, sans doute, mon Prince, toute la force de l'étendue : c'est qu'il est difficile d'arrêter un peuple aigri par tout ce qu'il a vu, un peuple qui, depuis 500 ans, n'a point connu de guerre intérieure, qui est prêt à s'immoler pour sa patrie, et qui ne fait point ces distinclions entre ce qui est ou n'est pas d'usage dans les guerres ordinaires.

Quant aux armées que je commande, je me Halle, mon Prince, que tout le monde reconnaîtra, dans la manière dont elles agissent, les principes qui caractérisent toute nation brave, loyale et généreuse. Je n'en ai jamais connu d'autres dans ma longue carrière militaire, et je me flatte que les ennemis que j'ai eus à combattre ont toujours rendu justice à mes maximes à cet égard.

Recevez, mon Prince, les témoignages de ma plus haute considération.

AnCmVES DU comte cit. de NESSELRODE. 101

D'Ansteldt au comte Charles de Neaselrode.

Au quartier général à Letachovo, M octobre 1812.

L'armée est en mouvement. Je reste encore jusqu'au passage de l'arrière-garde. Je n'ai point rédigé de bulletin de l'aflaire du 0, parce que, je dois l'avouer, j'ai fait la relation du général Benningsen. 11 était au lit pour sa contusion et je ne pouvais guère lui refuser ce petit service. D'ailleurs le général Kanovnitzin*, l'homme le plus loyal, le soldat le plus audacieux, le général dont nous devons le plus nous promettre, est si occupé; on est toujours en marche ou en dispositions, ou en affaire depuis que je suis ici; et il est difficile ainsi, d'exti'aire des journaux, sans lesquels une relation ou un bulletin n'est jamais qu'un roman.

1. Kanovnitzis (comte Pierre-Pétrovitcii), général d'infanterie et général aide de camp 1766-1822. Prit part aux campagnes de Suède et de Pologne. Prend sa retraite en 1798. Est élu en 1806, chef de la milice du gouvernement de Saint-Pétersbourg; nommé en 1808, chef d'état-major de l'armée de Finlande. En 1812, commande une division dans le corps du général Touchkof, prend une part brillante aux batailles d'Ostrowna, de Smolensk et de Borodino, ainsi que plus tard, en qualité de chef d'état-major, aux batailles de Taroutino, Malo-Iaroslavetz, Wiasma et Krasnoi: commande en 1813, la réserve à la bataille de Lutzen ; ministre de la guerre en 1815 et en 1819, directeur de tous les établissements d'instruction militaire et du Ivcée de Tsarskoié-Sélo.

Le maréchal qui me traite avec bonté a fait expédier à ma demande, d'une manière incapable de compromettre, la lettre de Grossard dont copie ci-jointe. Je l'ai retouchée un peu : l'original ne me plaisait pas. Sous cette forme, j'espère qu'elle fera de l'effet. Elle a été expédiée le 7. Je demande des ordres pour l'avenir à l'égard de ces transmissions dont les actes sont toujoui's cachetés par nous.

Le lendemain de l'affaire brillante du général Benningsen, il y a eu un parlementaire. Le maréchal a voulu que j'assistasse à l'entretien. Je dois avouer que le prince a eu une grande supériorité dans la conversation, où il n'a pas donné le temps à l'envoyé d'ouvrir la bouche. C'est moi qui ai répondu à la lettre du prince Alexandre. Je joins ici la copie de cette réponse. Je désire qu'elle rencontre la haute approbation.

Vous savez que le prince Schwartzenberg s'est reporté sur le Pug. Songez qu'il y a dix personnes qui font du tapage dans notre isba, jugez si l'on peut être correct.

Youlez-vous faire le pari que, dans six'semaines, nous sommes sur la Dwina ou sur les lignes équivalentes. Yous aurez, j'espère, confiance dans mes prophéties, vous voyez que les événements prospèrent.

A Gontcharovo, sur la route de Toula le 15.

J'écris en marche, après dix nuits blanches. J'ai passé hier toute la journée près du champ de bataille. Napoléon voulait gagner le chemin de Toula en enlevant et en nous prévenant à Malo-Iaroslavelz. Le général Dokhtourof a été détaché pour prévenir ce mouvement

el malgré la vivacité et la force des attaques de l'ennemi, il s'est maintenu jusqu'à ce que les renforts envoyés, et la présence de toute l'armée qui filait audessous des hauteurs, d'où les Français pouvaient la couper, leur eurent fait apercevoir leur erreur. La journée a été très chaude. Cependant la perle est moins considérable de notre part, parce que le canon de l'ennemi ne pouvait point faire d'effet, et que le nôtre avait son plein jeu; malheureusement les tirailleurs français avaient un terrain très avantageux. La cavalerie n'a pas tiré l'épée. Le général Benningsen s'est exposé dans cette affaire comme à Borodino. Il est toujours au feu. La ville a été prise et reprise 7 fois. A six heures du soir le feu avait consumé la ville. Le combat fini, le général Benningsen, après avoir délibéré avec le maréchal, fit construire deux batteries immenses qui auraient écharpé l'ennemi en descendant des hauteurs qu'il occupait, s'il était venu nous attaquer le lendemain. Tout le monde s'attendait à une grande bataille, toutes les circonstances l'annonçaient, le maréchal a couché au bivouac, le général Benningsen tout près de la ville en cendres : j'étais avec lui dans les mômes quartiers. A notre réveil cependant, les choses étaient changées. On se repliait apparemment parce que l'ennemi avait fait des détachements qui auraient pu nous prévenir encore, moi je crois que c'eût été le cas de se jeter sur ce qui était devant nous; mais je n'aime point à parler de ce que je n'entends pas suffisamment, et de ce qui n'est pas démontré à mes yeux.

IXAnstedt au comte Charles Nesselrode.

Le l'i, à Gorko.

Mon malheur est inconcevable. Je suis arrivé trop tard au déjourstwo*, hier, pour faire partir mon paquet par le courrier. Je le regrette pour les papiers que je transmets et non pour les nouvelles militaires. On a pris depuis le 6, 41 canons aux Français; cette phrase vaut mieux que le meilleur bulletin.

Nous allons jeter une Coule d'extraits des nouvelles d'Espagne dans l'armée française. Aucun prisonnier Italien ou des pays chauds ne peut concevoir qu'on lui fasse grâce de la vie. Quelle horrible persuasion les a travaillés!

Crossard a été envoyé hier au soir pour chercher une position où l'on doive attendre l'ennemi. Nous y sommes depuis quelques heures. L'arrière-garde est poussée vivement. Dieu soit loué! S'il pouvait s'engager quelque bonne affaire! L'avantage serait à nous, comme il est vrai que deux fois deux font quatre. Il est des époques de la vie où deux fois deux paraissent huit. Cependant nous ne serons pas attaqués, et je crois que Sa Majesté, qui est lasse, avait l'intention de s'ouvrir trois routes de

1. Dejourstwo : Lieu ou se tiennent en permanence les officiers de service.

retraite, en élargissant la base de ses opérations de marche. Une opinion n'est pas un axiome. Si Tchitchagof pousse plus loin ses succès et parvient à débloquer Bobrouisk, quelle belle combinaison de mouvements pour la décision de la campagne. Pourquoi le maître n'est-il pas plus rapproché? L'évacuation prochaine de Moscou accomplira sans doute beaucoup de vœux.

Leltie interceptée adressée à M.*** à Paris.

En date du 15 oclobre 1812.

Saint-***, qu'une blessure honorable réduit à la classe des mutilés qu'a produits cette campagne, se charge de cette lettre, mon cher et bon ami. 11 fallait une occasion aussi sûre pour oser donner un libre cours à des réflexions trop longtemps contenues. C'est à vous, le guide de ma jeunesse ; à vous, dont j'ai toujours cherché à suivre les exemples et les préceptes, que je dois la vérité tout entière.

On vous inonde de bulletins mensongers : on vous parle de succès, el la vérité est que nous avons eu le dessous dans toutes les rencontres; on vous annonce des victoires et des conquêtes, et la masse ignorante y croit parce qu'elle apprend que nous sommes à Moscou. Oui, nous avons été dans cette ville immense, extraor-

dinaire, qui réunit, dans sa vaste enceinte, le luxe de tous les genres d'architecture; mais comment y sommes-nous parvenus? Après une bataille plus chaude que celle d'Aspern et de Wagram; après cette fameuse bataille de Mojaisk, où, malgré notre supériorité en nombre, des cfTorts de courage surnaturels et des moyens d'artillerie qui n'avaient jamais été employés jusqu'à ce jour, nous avons été obligés, après 18 heures de persévérance, de nous retirer derrière notre position après avoir perdu l'élite de nos braves, la fleur de nos généraux. Cependant les Russes, à notre grand étonnement, nous ont ouvert eux-mêmes le chemin de leur grande ville. Cela pou\ait passer pour un excès de dévouement national : les généraux y avaient compté, et nous avons donné dans ce fatal appât. Qu'avonsnous trouvé au lieu de cette Capoue tant promise, où la paix devrait être sûre, le butin du soldat immense? Une ville en relief, dénuée d'habitants, des palais démeublés, des maisons vides; et toutes nos proclamations, nos exhortations paternelles, nos invitations officieuses, n'y ont pas ramené un seul individu. En attendant, l'armée russe remarchait sur nos communications. Elle se renforce à chaque pas. 20000 cosaques dont les chevaux sont pleins de vigueur, voltigent autour de nous et prennent tout ce qui s'écarte de 60 pas de l'armée. Une attaque en forces, que nous avons tentée pour éclairer nos routes militaires, a été repoussée avec perte; nos points d'appui comme la ville de Weréija, pour n'en point citer d'autres, ont

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clé pris d'escalade. 44000 des nôtres sont tombés au pouvoir de l'ennemi depuis le commencement de la campagne, et les maladies et la faim exercent les plus cruels ravages dans une saison que l'on dit douce encore, quoique ce soit pour nous un véritable hiver.

Dans celte position critique, l'Empereur, nous le savons, a fait faire des propositions de paix h l'Empereur Alexandre. Mais seront-elles écoutées seulement?

Nous sommes enveloppés de toutes parts. Toutes les provinces sont en armes, tout est détruit sur les rayons de nos subsistances; déjà aujourd'hui nous attelons 22 chevaux à chaque pièce de canon, que ferons-nous de notre immense parc?

C'est là que nous a conduits une ambition que n'ont pu satisfaire ni tant de campagnes glorieuses, ni l'honneur d'avoir été élevé sur le premier trône de l'Europe.

L'Espagne a commencé la leçon; la Russie l'achève, quoique avec des chances bien différentes. L'Espagne pouvait être soumise ou reprendre une espèce d'indépendance ; dans l'un ou l'autre cas la plus grande partie de l'Europe restait toujours dans la dépendance de la France : aujourd'hui l'Europe est affranchie. Oui, mon ami, elle l'a été depuis le moment que la Russie a eu assez de constance pour attirer son ennemi dans le cœur de ses États ; depuis le moment que la Russie a été assez généreuse pour faire le sacrifice d'un bienêtre de longues années, pour procurer au reste du monde le repos; depuis que la Russie a versé le plus

108 ArU^HIYES DU COMTE Cil. DE ^•ESSELRODE.

pur de son sang pour restituer à l'Europe les moyens de reconstruire ses anciennes formes sociales et pour voir renaître ces temps heureux où tout était aisance, là où tout est aujourd'hui misère et dévastation.

Je vous entends crier à la déclamation, me reprocher les habitudes de la tribune, me rappeler l'ex-constituant; vous m'accusez d'exagération dans les malheurs qui attendent la brave armée où je me trouve, vous me parlez de la retraite des 10000. Je vous réponds, heureux s'il en revient autant. Pour moi, je n'espère point être de ce nombre. Je ne veux point voir les jours de deuil qui vont s'étendre sur ma malheureuse patrie, mon devoir était de mourir pour elle. Vous m'accordez une larme, et vous vous direz en la versant qu'un ambitieux couronné, quand il a été le fléau des nations, finit toujours par devenir celui de son propre pays.

Adieu, mon respectable ami. Je sens, dans ce moment-ci plus que jamais, toute la force de vos sages leçons. C'est le dernier hommage d'un cœur reconnaissant.

D'Anstedt au comte Charles de Nesselrode.

Uetschine, 15 octobre 1812.

La retraite du maréchal de devant Malo-Iaroslavetz où tout avait prouvé que les Français n'étaient pas en

Aiu'.mvEs in; comte œ. de nesseliiode. ioo

forces, a été i'aile contre l'avis des généraux Benningsen et Kanovnitzin ainsi que du colonel Toll. La discussion a été vive à cet égard ; mais quand il s'agit de mouvements paisibles, le prince a une volonté de roc. La conséquence immédiate de cette faute est que nous avons perdu l'occasion certaine d'écraser le 15, le corps qui nous masquait les mouvements de Bonaparte, et que nous lui avons laissé gagner des marches. Ce sera peu de chose, si l'on veut remettre de la vigueur dans les manœuvres, mais l'armée russe n'aurait point dû donner dans le piège. Je crois que tout cela tient à un })rincipe qui peut être juste au fond, mais dont l'application ne pouvait et ne devait })as avoir lieu dans les circonstances actuelles, c'est qu'il faut faire un pont d'or à l'ennemi qui se retire. J'ai eu l'honneur de passer quelques heures avec le maréchal ; je ne les ai point perdues, c'était en présence du général Kanovnistzin. Je parlai de la gloire qui attendait son Altesse. Elle me répondit qu'elle n'avait point d'autre vœu que celui de voir l'ennemi évacuer la Russie. « En ce cas-là, « Monseigneur, ai-je répliqué, vous n'aurez rien fait c( pour votre pays. Après tant de sacrifices et au mot' ment où la Russie touche du doigt la possibilité d'afu franchir l'Europe, il lui faut un dédommagement. i< Celui-ci consiste dans la garantie que la paix de if l'Europe ne sera point troublée de dix ans. Pour « cela il faut que la Vistule coule dans ses limites; que « l'Autriche redevienne son avant-garde; que la confé- « dération du Rhin soit indépendante de la France,

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« ainsi que la Suisse; sans cela, je le répèle, oniraiiia « l'ait qu'une trêve et rien pour le bonheur individuel, H rien pour le bonheur de l'Europe. Je n'obtins u d'autre réponse qu'un sourire que je ne définirai « point. » Comme l'on me suppose une correspondance secrète, Kanovnitsin et ToU m'emploient pour activer le prince; tous les rôles sont bons quand ils peuvent contribuer au succès des choses.

Le prince n'aura point manqué de mander (pi'il a passé deux nuits au bivouac; cela est vrai. Plut à Dieu que c'eût été pour ne point faire de retraite. Jamais il n'est à la portée du boulet, tout se décide sur les rapports et ceux-ci se contredisent quelquefois suivant les personnes employées. Dieu ! où en serions-nous, si l'on n'avait pas tant lambiné. User Napoléon à petit feu est sans doute un projet raisonnable, mais pour cela même, il faut le harceler sans relâche, ne jamais le perdre de vue, être toujours en contact, et écraser immédiatement tout ce qu'il compromet pour sauver le reste.

Après la bataille de Borodino le maréchal dit : « Je viens de donner un bon soufflet à Bonaparte. » 11 aurait pu lui en allonger deux, le 7 et le 15.

Les prises que font les cosaques sont immenses. Sans parler des canons enlevés, ils se sont emparés hier de l'imprimerie de campagne et d'une collection de cartes. Quelle superbe guerre le général Tchitchagof doit faire de son côté, si les mouvements sont bien combinés. La grande affaire est aujourd'hui que Yictor soit

ARCHIVES DU COMTE Cil. DE ISESSELRODE. Hl

écrasé avant sa jonction, et la guerre est teiininée en une campagne.

D'après des nouvelles à moi, l'Autriche veut, à toute force réussir dans une médiation; cela ressemble à sa constante politique. Mais cette Autriche, il faut qu'elle revienne à ses véritables intérêts, et qu'elle sache que nous voulons la renforcer plutôt que l'entamer.

Je profite d'une expédition particulière pour la transmission de ce numéro, parce qu'aucune lettre n'échappe à la perlustration au quartier général.

D'Anstedt au comte Charles de Nesselrode.

Au bivouac, devant Wiasnia, '21 oclobre 181 '2.

La marche depuis Malo-laroslavelz eût été un chefd'œuvre si elle eût été faite au plus près, si l'on fût resté en contact avec l'ennemi. Le jour où j'écris eût cependant produit les plus grands résultats, si l'on fût sorti du quartier à 5 heures du matin, au lieu de partir à 9. La canonnade, engagée par le général Miloradovitch*, d'après les ordres qu'il avait, en ont été la cause;

1. MiLORADoviTCH (Micliel, comte), général russe, né à Saint-Pétersbourg en 1770, servit contre les Turcs, fit toutes les guerres contre les Français de 1812 à 1814. 11 se signala par une intrépidité à toute épreuve, ce qui le fit surnommer le Murât russe. Comme Koutousof,

112 AUCmVES DU COMTE Cil. DE .NESSELKODE.

011 a voulu avoir de ses nouvelles avant de i^e mellre en marche. Quel tatillonnage! On donne une direction à un homme, on en suit une autre, parce qu'elles se soutiennent mutuellement, et puis tout cela est abandonné par un sentiment que moi je n'oserai point appeler de son vrai nom. Malgré tout cela, la fuite de Bonaparte ne peut ni se comprendre, ni s'expliquer au milieu des dangers et les inconvénients qui l'accompagnent. La faim, le défaut de charroi, une troupe décomposée, au désespoir, voilà à qui l'on fait un pont d'or pour se retirer, et celte armée en fuite incendie tout par où elle passe ; je vous écris à la lueur de celui de Wiasma. Bonaparte est à cheval depuis deux jours; il ne marche plus qu'au milieu de l'élite de sa garde; nous ne faisons plus de prisonniers, cela est trop embarrassant, mais nous prenons des canons par vingtaines, des convois de 5000 chariots à la fois, et depuis Majinsk jusqu'à Wiasma vous ne ferez pas dix toises sans marcher sur dix cadavres. Les routes sont également encombrées de caissons abandonnés et chaque jour les Français en font sauter une dizaine. Pelletier' a été pris aujourd'hui; toute l'armée polo-

il affeclait le plus grand mépris pour les profondes combinaisons slratégiques si en honneur dans les étals-majors allemands de celle époque. Nommé en 1820, gouverneur de Sainl-I'étersbourg, il fui tué en 1825, en voulant réprimer l'insurrection qui éclata dans cette ville lors de l'avènement de Nicolas I".

1. Pelletier (Jean-Baptiste, baron), général français, né en 1777, mort en 1862. 11 prit part aux guerres de l'empire, fut promu colonel et reçut le titre de baron après la campagne de Prusse (1807),

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naise est réduite à 8000 hommes; il reste 80 hommes de la garde saxonne. En nn mot, il faut des opinions de tactique que je ne comprends point, pour qu'il retourne 20 000 Français chez eux. Une chose qu'il faut bien remarquer, c'est que Bonaparte n'a point fait de proclamation, n'a point donné d'ordre de jour pour annoncer sa retraite; c'est la preuve qu'il voit sa situation. J'espère vous annoncer de Dorogobouje que la moitié de son parc est entre nos mains. Pour cela, il faut que le sérénissime exécute encore une marche forcée de flanc; peut-être que Toll et moi nous parviendrons à l'y décider. Il ne me reste qu'un vœu, c'est que l'on puisse déchiffrer ces lignes. Le froid a été très rigoureux et je puis à peine tenir la plume.

Lettre interceptée du marquis A. de Pastoret^ à ....

2G octobre, 1812.

Vous êtes donc tourmenté aussi quelquefois par les approvisionnements. Cela me prouve que la mauvaise

devint général de brigade en 1809, commanda l'artillerie et le génie en Pologne et coniribua puissamment à la prise du pont de Gora et de Zamosc. Misa la tête de l'artillerie du corps commandé par Poniatowski pendant la guerre de Russie (1812), il donna de nouvelles preuves de son intrépidité à Smolensk et à la Moscowa, fut fait pi'isonnier à Wiasma et ne recouvra la liberté qu'en 1814.

4. Pastoukt (Amédée-David, marquis de), homme politique cl lillé-

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