IV
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l'ortune est commune à tous les intendanls; mais de tous ceux que je connais, je suis encore, je crois, le plus malheureux.
L'Empereur de France m'a donné douze districts à gouverner ; mais l'Empereur de Russie a jugé à propos d'en administrer huit par lui-même, ou par ses généraux, et, qui pis est, il ne me laisse pas même tranquille dans les autres. M. de Wiltgenstein, que hien vous connaissez, a des avant-postes à six lieues de moi, et l'autre jour ses cosaques sont venus déjeuner pour la troisième l'ois dans les faubourgs de Witebsk. Il est bien vrai qu'assez près de moi j'ai deux maréchaux de France et trois corps d'armée; mais jugez un peu ce que tout ce monde-là doit consommer en toute espèce de choses. Mes braves sujets ne voudraient point se battre; .ils n'aiment pas à fournir leurs denrées, et se soucient peu de donner leur argent. J'ai donc peu de secours à en attendre. D'un autre côté, la commission administrative que l'Empereur avait mise sous ma présidence, et qui était richement composée de princes et de comtes, a disparu comme l'ombre vaine, qui passe et ne revient plus. Supposez un pauvre homme tout seul, dans un pays à peu près inconnu pour lui; mettez-lui les ennemis en tête, et rien à dos; supposez qu'il n'ait ni argent, ni forces militaires, qu'il ne trouve autour de lui ni
râleur, no eu 1791, inorl en 1857. Secrétaire général du gouvernement provisoire des Étals romains à dix-huit ans, il devint ensuite auditeur au Conseil d'État, remplit plusieurs missions à l'étranger, fut intendant civil de la Russie blanche durant la campagne de 1812, puis intendant des pays allemands conquis en 1813, etc.
zèle, ni bonne volonté, et vous aui'cz une petite idée de notre position. Je ne l'exagère pas, sur ma foi, mais j'ai bien de la peine à la supporter, et je lie tous les jours, l'un après l'autre, comme de véritables fardeaux. Vous, au contraire, vous êtes des heureux du siècle, d'après votre propre aveu : vous dansez, vous riez, vous jouez la comédie; le ciel en soit loué. Gaiideant bene natif Je voudrais bien que vous me prissiez pour secrétaire, et que vous me permettiez d'aller apprendre avec vous à mener si bien ensemble les plaisirs et les affaires. En attendant ce fortuné moment, continuez à jouir de votre heureuse position, tant que le ciel vous la conservera. Rappelez-moi de grâce au souvenir de M. le duc de Bassano; et, en recevant de nouveau tous mes remerciements pour le passé et le présent, veuillez croire, mon cher collègue, que personne ne vous est plus sincèrement attaché que moi et ne désire plus une petite place dans votre mémoire.
D'Amtedt au comte Charles de Nesselrode.
Sur le chemin d'Elno, à 32 versles en avant de Dorogobouje,
le 27 octobre 1812.
11 fait 15 degrés de froid, la terre est couverte de neige, mais rien n'arrête l'armée qui suit, avec rapidité
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et avec tout son train, l'ennemi qui abandonne journellement les siens, son canon, ses malades, ses Iraîneurs pour accélérer sa fuite. 11 faut être témoin des faits pour croire à leur possibilité. Aussi le général Pelletier, pris près de Wiasma, a-t-il dit que Napoléon avait fait une grande faute de conserver au delà de 100 pièces d'artillerie, qu'il eût mieux valu jeter 500 canons pour arriver avec toute l'armée à Smolensk; au lieu qu'il en a perdu la moitié dans les combats qu'il a été obligé de soutenir, et dans les affaires journalières, auxquelles il n'a plus pu échapper, sa cavalerie étant exténuée ainsi que ses attelages, tandis que la cavalerie russe et son charroi sont dans toute leur vigueur; tandis que 20 000 cosaques sont sur toutes les routes, en front et en queue, tandis que chaque paysan est un ennemi ouvert et déterminé. Ce tableau non exagéré et tracé par un officier français même doit produire, sur l'esprit des alliés de Napoléon, une terrible impression. Ils compteront les débris de cette armée innombrable qui a fait en Russie une incursion de Vandales, et c'est eux qui répondront à Dieu du sang qui a coulé, et dont le Russe a lavé la profanation de ses églises, le meurtre et la rapine. L'Europe apprendra en même temps à apprécier ces bulletins déboutés de l'armée française où le mensonge le dispute à la calomnie, le ridicule à l'invraisemblance. La Russie a saisi des trophées qui la consolent déjà de ses pertes passagères. Chaque jour offre de nouveaux succès. Hier, un corps ennemi a voulu tenir à Dorogobouje; il fut attaqué avec vigueur et
après un combat très court, 800 hommes se sont rendus avec les pièces de canon. L'avant-garde qui suit la grand' route de Dorogobouje ne fut pas même engagée, tandis que le gros de l'armée poursuivait sa marche de flanc. Les rapports de l'armée n'étant plus, depuis le 6, que des relations de la quantité des canons et drapeaux pris, des prisonniers faits, et des hommes tués à l'ennemi, ils composent une suite de bulletins qu'aucune guerre n'a encore offerte. Il faut, cependant, ajouter qu'aux revers qu'éprouve l'armée française par l'effet des opérations militaires, il se joint un incident très grave, c'est qu'elle est travaillée d'une maladie que ses médecins les plus expérimentés ont nommée une fièvre d'extinction.
Le 29, à 11 heures du soir.
Hourra! Hourra! Hourra! Croirez-vous que j'ai eu raison de vous garantir la perte de Napoléon et l'affranchissement de l'Europe depuis l'arrivée d'Apraxine. Hourra ! Hourra ! Hourra !
D'Amtedt au comte Charles de Nesselrode
En route sur Smolensk, 27 octobre 1812.
Tous les calculs de l'empereur Napoléon et de la philosophie moderne ont échoué duns les applications h faire au peuple russe. Jamais nation ne s'est montrée plus audacieuse, plus fidèle, plus dévouée; et les maux que lui a faits la guerre n'ont pu que lui faire sentir l'avantage de son ancienne position. Cependant il est peu de paysans qui n'aient pas trempé leurs mains dans le sang de l'ennemi, et il en est une grande quantité qui ont aujourd'hui des armes à feu ramassées sur les champs de bataille ou prises aux Français : il est des paysans qui ont jusqu'à 5 fusils. Les armes entre les mains du peuple sont toujours dangereuses. D'ailleurs la misère sera grande partout oii la guerre a passé, et la police ne saurait être assez prompteraent réorganisée. Il serait donc essentiel d'aviser immédiatement aux moyens de ramasser tous les fusils dans les provinces dégagées, et la récompense de 5 roubles promise au quartier général pour chaque arme n'ayant produit que très peu d'effet, je pense qu'il faudrait, par des proclamations à publier dans les chaires, engager chaque individu à reporter son fusil à un dépôt indiqué pour que les armes puissent être réparées et remises
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en bon ordre. On mettrait un numéro à chaque fusil, on déclarerait, le possesseur propriétaire, et on lui donnerait, en outre, une récompense de 5 roubles pour sa bonne conduite.
Il en est de même des piques. Il faudrait les faire ramasser pour les faire bénir comme des instruments qui ont servi à Taffranchissement de la patrie, et en mettre ensuite les fers en sûreté.
C'est le zèle le plus pur, l'expérience des révolutions, et quelques observations récentes et locales qui m'ont décidé à hasarder ces réflexions.
Le prince Koutousof à M. d'Italinski, ambassadeur de Russie à Constantinople.
Au quartier général, 7 novembre 1812.
Monsieur, en vous envoyant par le lieutenant Freuscham les résultats des opérations de la guerre jusqu'au 17 octobre, j'ai promis à Votre Excellence des détails circonstanciés sur toutes le^ affaires. Je m'acquille aujourd'hui de ma promesse, et j'ai ordonné que l'on fît pour cela un extrait fidèle de toutes mes relations en cours. Vous trouverez. Monsieur l'Envoyé, depuis le 17 octobre jusqu'à la date de cette dépêche, une suite de succès, des prises de canons et d'hommes, en nombre et en quantité, tels que peu de guerres en
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offrent l'exemple. Jugez s'il m'est doux de pouvoir rendre justice aux armées qui se trouvent sous mes ordres. Adorons la Providence dont la protection est si visible. Elle m'a destiné encore une fois à faire connaître à l'ennemi toutes les souffrances de la famine. Je l'ai réduit à se nourrir de cheval; quelques individus même se sont portés à des repas de cannibales. Je détourne les yeux de ces scènes d'horreur. Mais ce n'est point avec ce sentiment profondément pénible qui me faisait verser des larmes quand je voyais les braves Musulmans forcés de vivre de leurs montures. Les profanations des Français méritaient cette terrible punition. Je désire, Monsieur l'Envoyé, que vous communiquiez les nouvelles à mon ancien ami Achmet-Pacha. Il sait que l'exagération n'entre jamais dans mes récits, et il verra sûrement avec quelque plaisir qu'il était présent à ma pensée lorsque je m'occupais de ces détails.
D'Anstedt au comte Charles de JSesselrode.
Au quartier général à Dolri, 7 novembre 1812.
Milord Walpole* vient d'arriver. Je profiterai de cette occasion pour des transmissions dans le cœur de
1. Walpole (lord), secrétaire d'ambassade d'Angleterre à Saint- Pétersbourg.
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rViiliiche. Je joins ici ce qui a été fait ces jours-ci en proclamations ou en correspondance étrangère. Mes occupations du jour ne me permettent point de m'occuper d'un bulletin pour ce courrier-ci. Je transmets, en attendant, la paraphrase que j'ai faite, pour être imprimée, d'une lettre du duc d'Elchingen', lettre qui est présentée aujourd'hui en original à S. M. l'Empereur.
J'obéirai avec le zèle le plus ardent à tout ce qui m'est imposé par les derniers ordres qui me sont parvenus. C'est par ordre du prince Maréchal que je joins ici un numéro du Moniteur; l'article de Paris est très curieux, peut-être n'est-il pas connu encore à Saint- Pétersbourg.
Le commentaire de la lettre de Davout est en Autriche.
Exposé véritable de la manière dont le prince d'Eckmuhl a rempli les ordres de Venifereur Napoléon, ordres contenus dans la lettre du prince de Neuchâtel, datée de Smolensk du 2/14 novembre iSi'i, 7 heures du matin, dont la copie est ci-contre.
Le maréchal Davout avant de sortir de Smolensk a effectivement rempli les ordres qui lui ont été imposés