ARTICLE SECOND
L'ennemi peut débarquer sur la rive gauche du fleuve dans la partie de Saint-Joachim, Sainte-Anne, ete.
Son débarquement est étendu et par conséquent facile ; mais, pour se porter en avant, il faut qu'il suive la grève, passer la rivière de Sainte-Anne et celle du Sault Montmorency. En suivant la grève, il prête son flanc droit aux hauteurs ; s’il monte sur les terres cultivées, il peut être pris en flanc par le bois.
La rivière Sainte-Anne, en marée basse peut se passer sur la grève, en haute mer il faut la passer sur les hauteurs où elle est encaissée, et son passage est susceptible d’être défendu.
La rivière du Sault de Montmorency présente plus d'obstacles à l'ennemi, Son lit est encaissé de trente et quarante pieds de profondeur; on ne peut la passer au-dessus de la chute du sault qu’en deux endroits, l’un distant d’une lieue du dit sault, l’autre de deux. Ces deux passages sont faciles à défendre, les bords de la dite rivière sont couverts de bois, et ce ne sauroit être que des détachements qui pourroient tenter d’y passer,
Entre la chute du Sault de Montmorency et la rive du fleuve Saint-Laurent, la rivière coule sur un platin, On la traverse à gué à marée basse ; c’est le seul endroit où l'ennemi peut en faire le passage. Pour s’y opposer, il faudroit une batterie à mi-côte de la hauteur, retrancher une maison qui est au-dessous et avoir un corps
de troupes prêt à tomber sur le flanc de l'ennemi, à mesure qu’il déboucheroit,
On doit faire observer que l'ennemi ne peut pas soutenir ce passage par l'artillerie de ses vaisseaux, On m'a assuré qu’il ne pouvait mouiller dans aucun endroit
à portée, ARTICLE TROISIÈME
Dans le bassin de Beauport, depuis le Sault de Montmorency jusqu’à la rivière Saint-Charles,
Sur tout ce terrain, composé d’un sable vaseux, la mer se retire de quatre, cinq et six cents toises, L'ennemi ne sauroit, à ce que l’on m'a assuré, y débarquer à basse mer, à cause des blocs de pierres et battures qui se trouvent sous l’eau et sur lesquels les bateaux pourroient échouer, Il faut qu'il fasse son débarquement à demi-marée, c'est-à-dire quand elle aura couvert deux ou trois cents toises de terrain,
La partie entre le Sault Montmorency ** ‘a pointe de Lessay ne me paroît pas susceptible de descente, Les vaisseaux ne mouillent que fort loin du rivage; les hauteurs sont roides et assez élevées, en bien des endroits couvertes de bois taillé ; mais il faut pourtant avoir une troupe d'observation dans cette partie, dans la crainte que dans la nuit l'ennemi ne ftt débarquer un corps qui, gravissant les hauteurs et en suivant les crètes, ne se trouvât à la pointe du jour à même de tomber sur le flanc de nos troupes dans la partie de la rivière de Beauport, tandis qu’elles seroient attaquées de front.
De la pointe de Lessay jusqu’à la rivière de Beauport, le terrain y est susceptible d’y former une descente, ainsi que depuis la dite rivière jusqu’à celle de Saint-
Charles, Ilest à présumer que l'effort de l'ennemi sera dans ce dernier endroit, mais qu'il y aura toujours un corps entre la pointe de Lessay et la rivière de Beauport, soit pour diviser nos forces ou pour embrasser plus de terrain et mettre par conséquent à la fois plus de monde à terre.
Pour s’y opposer, on a proposé une ligne de redoutes à contenir chacune quatre-vingts ou cent hommes, distantes l’une de l’autre d'environ deux cent cinquante toises, suivant l'emplacement et placées le plus près du rivage qu’il seroit possible,
La droite appuieroit à la rivière Saint-Charles et la gauche à la pointe de Lessay, sur la hauteur de laquelle il seroit placé deux autres redoutes comme en seconde ligne, pour soutenir et favoriser une retraite aux troupes qui seroient dans la partie du Sault de Montmorency.
Aux redoutes de la droite et de la gauche, ainsi qu’à celles du centre près la rivière de Beauport, on désireroit du canon et quelques pièces portatives pour être roulées le long de la plage. Elles serviroient à battre les bateaux avant leur arrivée et se retireroient toujours sous ou en arrière d’une des redoutes.
Les troupes destinées à s'opposer à la descente seroient placées dans l’entre-deux, un peu en arrière des dites redoutes.
Mais voyons la mauœuvre que l'ennemi peut faire pour rendre inutile notre disposition, On assure que les vaisseaux ne peuvent pas mouiller assez près du rivage pour canonner et battre les redoutes; mais il peut établir une pièce de canon de 12 sur chacune de ses chaloupes.
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Pour lors les bateaux étant assemblés pour le transport des troupes, il fera partir en première ligne, au commencement de la marée montante, ses chaloupes armées qui battront nos redoutes, Dans l’entre-deux des chaloupes, les bateaux suivront et tenteront le débarquement qui sera contenu et flanqué par leurs canons, Pour lors, nous n'avons d'autre resscurce que de tomber dessus au moment du débarquement et avant que les troupes ne soient formées, sans examiner le fort JM ou le foible, Tout dépend de la réussite de cette attaque, Si nos troupes sont forcées à faire retraite. elles pourront ui se rallier sous le feu des redoutes, et notre canon destiné | à être porté partout sera fort utile pour rompre et | | obliger l'ennemi à faire une disposition pour l'attaque | des redoutes,
Si elles sont forcées et que l'ennemi perce, il faut lui disputer le terrain pied à pied, soit au passage de la rivière de Beauport, ou à celui de la rivière Saintle Charles, La retraite jusqu’à ce dernier point doit se | faire, partie en gagnant les hauteurs dans les bois où RU s elles traversent la rivière, l’autre partie se rendant au passage du bac où il sera fait une tenaille pour la rece- I voir et faciliter son débarquement sur des bateaux qui ALEN 4 y servient rassemblés, RU Par l'exposé ci-dessus, on voit que les redoutes LT A PO placées ainsi qu’il est proposé, sont bonnes, surtout
| ayant peu de troupes à opposer à l'ennemi ; mais qu’il | ne faut pas compter que, par ses manœuvres, il ne ‘puisse les rendre inutiles et faire sa descente avec succès.
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