MONTCALM
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Réponse uu mémoire de M. le marquis de Montcalm. 18 mars 1758.
Le fort Georges n’a tenu que cinq jours de tranchée ouverte.
Le canon de la batterie de la gauche a tiré trois jours, et celui de la droite deux seulement, Aucune des pièces n’a été endommagée par celles de l'ennemi, et cependant, sur vingt canons en batterie, nous en avions trois qui ne pouvoient plus servir. [1 n’est pas douteux que, dans l’espace de huit à dix jours, il y en auroit eu au moins le quart hors de service. Dans le fort, les trois pièces de leurs plus gros étoient fendues dans toute la longueur de leur volée, et plusieurs autres en mauvais état.
La demande que fait M. le marquis de Montcalm de six pièces de 18 et de six pièces de 12, pour battre en brèche et ruiner les défenses, me paroît trop foible. Nous serons obligés d’avoir trois ou quatre batteries, lesquelles devroient tirer dans le même temps. Chacune de ces battcries ne seroit que de trois pièces, et il y a à parier que l'ennemi en opposera deux à chacune de ces batteries, et peut-être trois ; qu’il doit nous démonter des pièces en proportion des bouches à feu qu’il apportera relativement aux nôtres ; que le fort de Lydius, étant un entrepôt, doit être muni abondamment en artillerie ; et que chaque pièce démontée sera remplacée à mesure ; au lieu que nous serions dans l'impossibilité
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du feu sur nous.
M. le marquis de Montcalm connoiïit d’ailleurs la difficulté de faire brèche à une tortification revêtue en bois. Je ne connois pas d’ailleurs le fort; et, s’il y a des demi-lunes, réduits, places d'armes ou enfin quelque retranchement à deux faces qui couvre la courtine, on sera dans la nécessité d'attaquer cet ouvrage dans le ième temps que l’on battra les deux faces des bastions collatéraux, ce qui me feroit penser qu’on ne pourroit y employer moins de vingt pièces, dont six de 18 et quatorze de 12,
On pourroit y joindre six pièces de petit canon qui pourroient être de grande ressource à l’armée, soit pour attaquer des retranchements ou pour quelque action. Comme M. le marquis de Montcalm peut présumer une aussi mauvaise défense dans ce fort qu’à celui de William Henry, je me conformerai à ne porter que ce qu’il jugera nécessaire, et je supplie M. le marquis de Vaudreuil de m'envoyer des ordres sur le nombre fixé. Pour les mortiers, nous en porterions deux de 12 en fer, un de 9 en fonte, deux de fer de huit à six pouces, ce qui fera cinq mortiers, deux obusiers et quelques petits mortiers à grenades. Nous ne pouvons avec les pièces de fer compter l’approvisionnement qu’à raison de soixante coups par jour par canon, quarante par mortier ou obusier ; mais nous n’aurions pas une aussi grande quantité de bombes s’il n’en arrive de France par les premiers vaisseaux.
Je présume que le dépôt des pièces excédentes devroit être placé sur l’île du fond du Lac, et quelquesunes à la redoute qui assureroit le débarquement.
L’approvisionnement pour la mousqueterie est suffsant pour le soldat à raison de deux cents coups par homme, outre la cartouche. Mais, si nous admettons douze jours de tranchée ouverte, on pourra tabler sur plus de quatre cents par chaque sauvage et de trois cents par Canadien.
Il y aura suffisamment de pierres à fusil. J’ai communiqré à M. de Pontleroy l’article des outils ; ila t'ouvé ainsi que moi le nombre trop foible ; mais il s’en trouvera la quantité dont il me doit donner la note,
Deux :nille sacs à terre ne sont pas également suffisants, ue crois qu'il en demandera sept mille environ. Aussitôt que j'aurai sa note, ils seront prêts. Des artifices, j'y ferai travailler, lorsque la saison le permettra.
Il y a deux pétards dans la colonie. Il sera aisé de les faire charger sur les lieux où on voudra en faire usage. Les ferrures en seront toutes prêtes. Pour ce qui est des voitures, je ne vois des ressources que les charrettes à bras d'homme. J’en ai supposé deux cent cinquante attelées de dix hommes chacune, lesquelles porteront environ mille livres; ce qui exigeroit deux mille cinq cents hommes pour les traîner. Il faudroit deux mille hommes pour mener les canons, les mortiers et pour l’escorte. Ces deux premiers convois rendus, il faut compter journellement sur quatorze à quinze cents hommes employés au transport, sans compter les escortes. M. le marquis de Montcalm est supplié de voir s’il pourra journellement fournir ce nombre, et d'envisager qu’on ne fait pas mention des bagages
des officiers. S'il le désiroit, on feroit de plus petites journées et les voitures feroient deux voyages; mais l'objet principal sera toujours de diminuer les transports, Dans le cas que l'ennemi dût venir à nous, on fera sur le champ établir quatre bateaux semblables à celui de M. Jacquot ; en trois jours ils seront construits. Aussitôt que M. le général m’aura donné ses ordres pour fixer le nombre de pièces de canon, je dresserai l'état général de ce qui devra avoir rapport à l'artillerie, que j'aurai l’honneur de lui adresser, pour que M. le marquis de Montcalm puisse y ajouter, s'il veut, quelque chose. Je crois que, pour la sûreté de cette entreprise, il seroit bon que l'ingénieur qui sera chargé du siège fit reconnoître la fortification avec un détachement de Canadiens et sauvages. Sur son rapport, on seroit assuré de ne pas faire une fausse démarche, J’ai conféré avec les officiers d'artillerie sur la quantité des pièces demandées.
M. de Montbéliard en demanderoit vingt à vingtquatre de 18 et de 12.
A Québec, le 18 mars 1758.