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CHEVALIER DE MONTREUIL

Points à décider par M. le marquis de Vaudreuil après en avoir conféré avec M. l’intendant.

5 juin 1759. {

On a proposé à faire un corps de cavalerie et on a cru que cela pouvoit être de quelque utilité.

Il n’est pas douteux que de la très bonne cavalerie bien exercée de longue main seroit utile dans un combat en plaine, surtout si l’on pouvoit avoir mille ou six cents chevaux. Il n’est pas possible ici d’en avoir un pareil nombre, L’eût-on, elle seroit de la mauvaise espèce, et, si on en fait un corps considérable, ce ne pourra jamais être qu'aux dépens de l’armée, qui n’est

pas des plus fortes ; et, plus ce corps sera considérable, plus mauvaise sera cette cavalerie, parce qu’il est plus aisé de bien composer un petit nombre qu’un grand, secondement, parce qu'il y faut des officiers, qu’il n’y en a pas de reste dans les corps et qu’il n’en faut attacher à cette cavalerie que de ceux quiau moins ont quelque expérience dans ce genre de service. On demandera à quoi pourra servir ce peu de cavalerie que l’on fera.

1° 'aire des patrouilles 1: long de la côte ;

2° A se porter rapidement à un débarquement avec un fantassin en croupe pour s’y opposer, si quelques berges ou chaloupes vouloient le tenter, pourvu qu’il n’y ait pas de canon ; car, s’il y en avoit, j'affirme que cette cavalerie ne tiendroit pas. Elle peut aussi servir à étonner l'ennemi, et, pour cet effet, il faut que lors du combat on la tienne ou derrière les troupes, ou derrière quelque bouquet de bois, ou derrière des cassines, pour déboucher avec audace et impétuosité, lorsque l'ennemi aura été chargé et ébranlé par le feu de l’infanterie ; car, si on avoit la maladresse de vouloir la mettre en ligne ou en avant, il y a à parier qu’au leu de contribuer à nous faire gagner le combat, eile le feroit perdre, parce qu'un feu nourri de l'infanterie ennemie l’auroit bientôt mise en désordre, et qu’il n’y a rien de si communicatif à la guerre que le désordre.

D'après cet exposé, c’est à M. le marquis de Vaudreuil « décider : 1° le nombre de cavaliers qu'il veut avoir et donner en conséquence les ordres à ce nécessaire ;

29 Décider de quelle espèce de miliciens et de Canadiens elle serait remplie, en préférant ceux qui ont déjà

servi dans la cavalerie, ou qui peuvent être connus pour bien mener un cheval ;

3° Les bataillons des troupes de terre sont trop courts, outre qu’il n’y en a point qui aient servi dans la cavalerie, On a grand intérêt de laisser ce corps frapper en masse ; par conséquent, il ne faut pas imaginer d’en tirer des cavaliers ;

40 Décider de l'armement et équipement de cette troupe. Si on veut leur donner un air de guerre à peu de frais, il leur faudroit des bonnets avec des peaux d'ours, des capotes amples, uniformes, blanches ou bleues ; et je préfèrerois le bleu ; cependant c’est indifférent; des sabres et des bons fusils ;

5° Décider du nombre et des officiers que l’on y attachera. C’est à M. le marquis de Vaudreuil à décider sur tous ces points.

MONTCALM, À Québec, le 17 juin 1759.

Mémoire pour la défense de Québec.

28 juin 1759.

L’avant garde des ennemis est maintenant à quinze lieues de nous, Nous ne savons pas ce qu'ils ont en arrière qui peut être joint d’un moment à l’autre. Notre armée ne sera pas rassemblée et en état de combattre

avant quinze jours. Si les ennemis viennent avant,

qu'est-ce qui peut faire notre salut? Ce ne sera pas la défense de la ville: ce sera donc le succès des brûlots et des cajeux. D’après cela mon avis est: De réduire l'artillerie aux cent travailleurs que nous leur donnons de nos soldats, et que l'artillerie se presse de mettre du canon sur la branche droite du quai de l’ancienne construction ;

Que le génie se contente de cinquante Canadiens maniant la hache, avec les charpentiers qui les conduisent actuellement, sans y en mettre davantage, le travail qu’ils font ne pouvant jamais être que pour obtenir une espèce de capitulation pour la place, l’armée battue ;

Que les dunkerquois soient coulés aux endroits indiqués avec la plus grande diligence et garnis d’artillerie; que l’on emploie tous les bras aux opérations maritimes et que, pour cet effet, on rende à la rade ses matelots, et que l’on envoie de suite les Canadiens, à mesure qu’ils arriveront, pour faire les cajeux avec le sieur Courval.

A l'égard des ponts absolument nécessaires sur les rivières Saint-Charles, le Cap-Rouge et Jacques-Cartier, besogne longue, je les simplifierois au moyen de bacs ou radeaux qu’on tireroit avec la cinquenelle, d'autant que le passager assure lavoir mesuré cet hiver sur les glaces, et que la rivière Saint-Charles a cent et quelques toises de largeur.

Pour cet objet, M. de Pontleroy donneroit les bois qu’il avait destinés à des blindages, dont il n’est plus temps de s'occuper, et d’autres bois, si on en trouvoit dans la ville, à des particuliers.

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Mettre nos frégates en état de combattre le plus tôt | possible. Le régiment de Languedoc travaillera de suite EN | à faire un ouvrage pour couvrir les bacs de la rivière quil Saint-Charles ; M. de Pontleroy le conduira. All

Envoyer des partis par terre avec des Canadiens À et sauvages. Si on n’a point d'officiers canadiens pour | les conduire, j'offre MM. de La Rochebeaucourt, Calan et autres officiers des troupes de terre qui ne deman- Rnb SEEN dent pas mieux en leur donnant des Canadiens pour LRU HE guides.

Je propose de mettre en vigie le Sieur Duserre, capitaine malouin, avec une lunette, à la pointe de l’île Hi à d'Orléans ou autre lieu que M. Pellegrin indiquera ; il | établira en conséquence la communication par des Signaux, :

M. Le Mercier doit songer à faire charger ses bombes, mettre ses batteries en état et à avoir une disposition nécessaire de canonniers et de bombardiers, pour se porter de suite au service des batteries en cas d'alerte, ainsi que l’état nécessaire des hommes à prendre dans la rade. D'ailleurs, il faudroit attacher un officier de la rade uniquement occupé de la partie des artifices, et, s'ils ont besuin de bras, on leur en donnera.

On pourra employer à cet ouvrage tous les tambours, comme il est d'usage dans les places assiégées, en en réservant deux pour le service de la place.

M. Dumas doit dès aujourd’hui ranger par compagnies tout ce qui est en état de se porter en avant ou ‘A de combattre dans la ville, et leur attacher des officiers a! de milices ou notables bourgeois, en attendant qu'on puisse avoir des officiers de troupes réglées,

Je crois qu’il seroit très avantageux de former de suite des compagnies de volontaires canadiens, Tel est mon avis, ce 28 au matin.

MOoNTCALM.

Je propose encore 1° de faire toutes les batteries qui ni Rai environnent la basse-ville, à barbette, sans même de ‘A { ; genouillères, ni plates-formes, si on ne peut pas les faire pit OS actuellement. Ces batteries n'auront d'effet qu’autant | que l'ennemi en mouilleroïit de fort près, et alors on | n'y tiendroit pas mieux avec des épaulements ;

| 2° De repartir dès ce moment officiers et soldats IR d'artillerie à leurs postes ;

! | 3° Enfin de faire, pour le cas d’une alerte, la répar- | tition générale de tout le monde, terre, marine et colonie, sauf à ajouter à la disposition à mesure que nos forces augmenteront.

Mémoire sur l'emploi des sauvages.

6 juillet 1759.

M. le marquis de Vaudreuil a sept cent quarante-

quatre sauvages, suivant le calcul qu’il en a fait luis même, Je voudrois qu'il me permit de tenir un conj| # seil avec les officiers, interprètes et chefs des sauvages,

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pour leur expliquer l'utilité dont ils peuvent être en cas d'attaque. Je voudrois qu’il en tint un parti avec M. le chevalier de Lévis et qu’il nous en donnât trois cents à la droite. En fait de sauvages, trois cents font comme tnille. Si M. le marquis de Vaudreuil nous en donne trois cents avec un bon officier, je me charge d’en tirer grand parti, de leur faire faire quelques petits détachements et de leur inspirer une manœuvre décisive, quand même un de nos corps seroit enfoncé par l'ennemi. L’habitude que j'ai de traiter avec les sauvages, la confiance qu’ils ont en moi, me rendent mon stratagème immanquable,

A l'égard des hauteurs de Sillery, où il n’est question que d’être averti, nos trente Hurons et les Algonquins suffiroient. On pourroit mettre les Ottawas d’un côté et rassembler de l'autre, avec Beaubassin, les Abénaquis, Poutouotamis, Sauteux, etc., etc. Ce sera le seul moyen de tirer parti des nations.

M. le chevalier de Lévis sera alarmé de ce projet parce qu'il craindra que tous les sauvages ne veulent me suivre ; mais qu'il se rassure parce que je donnerai un collier aux uns pour me suivre et aux autres pour ne pas me suivre. Ilest bien vrai que, si je voulois dire un mot à mes amis les sauvages, je pourrois bien les entraîner où je jugerois à propos, mais je n’en ferai jamais usage que pour le bien général et par les ordres de M. le marquis de Vaudreuil ; car le succès dans toutes les parties nous est également nécessaire.

Dès que nous regardons les sauvages comme capables de décider du gain, il faut en avoir à la droite et à la

gauche ; autrement nous aurions la maladresse d’un général qui, pouvant faire agir de la cavalerie sur sa droite et sa gauche, la placeroit à une aile.

Tel est mon avis, ce six juillet 1759.

MoNTCALM.

XXXIIT Ordonnance du gouverneur général.

9 août 1759,

Pierre de Rigaud, marquis de Vaudreuil, grand-croix de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, gouverneur et lieutenant général pour le Roi en toute la Nouvelle- France, terres et pays de la Louisiane.

Nous prions M. le chevalier de Lévis, maréchal des camps et armées du Roi, de partir dès demain matin pour se rendre dans le gouvernement de Montréal, dont il prendra en chef le commandement intérieur et extérieur, principalement des parties des lacs Champlain et Ontario. Il aura partout où il sera et où il trouvera à propos de se transporter, pour la défense de ce gouvernement, toute l’autorité que nous exercerions nousmême, suivant les circonstances, si nous y étions personnellement présent.

Ordonnons à tous officiers supérieurs et inférieurs, commandant ou servant dans quelques parties intérieures et extérieures du dit gouvernement, et notamment sur les frontières des lacs Champlain et Ontario,

d'exécuter de point en point les ordres que M. le che- if! valier de Lévis jugera à propos de leur donner, comme lil s'ils émanoient de nous-même, nous en rapportant L entièrement à lui sur tous les cas prévus ou à prévoir, |}

V'AUDREUIL,

Fait à notre quartier général, le 9 août 1759.

Ordonnance du gouverneur général.

28 septembre 1759.

Pierre de Rigaud, marquis de Vaudreuil, grand-croix de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, gouverneur et lieutenant général pour le Roi en toute la Nouvelle- France, terres et pays de la Louisiane, ; Les circonstances exigeant que nous nous portions de (4 notre personne à Montréal pour la défense des fron- ail tières de la colonie, où il y a toute apparence que l’ennemi est au moment de paroître, Nous remettons le commandement de l’armée à M. le chevalier de Lévis, maréchal des camps et armées du Roi, avec toute l’au- | torité que nous y aurions nous-même, si nous y étions présent, nous en rapportant entièrement aux mesures qu’il jugera à propos de prendre pour empêcher les ennemis de pénétrer, et aux ordres qu’il donnera au sieur de Vauquelin, concernant la manœuvre et la

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