‹ Lettres et pièces militaires [microforme]Chapitre 32 sur 94 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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défense des frégates du Roi, de celles du munitionnaire et de ses navires,

L'autorisons aussi à disposer de: milices du gouvernement des Trois-Rivières, lorsqu'il le jugera nécessaire.

VAUDREUIL

Fait à notre quartier général au Cap-Santé, ' ce 28 septembre 1759. -

Modèle de lettres pour les capitaines des côtes à eux envoyé par M. de Lévis, pour répondre aux ordres qu'ils avaient reçus des généraux anglois *.

15 octobre 1759

Vous trouverez ci-après, Messieurs, le moûèle de la réponse que vous devez faire au général Murray. Je vous réitère les mêmes recommandations que je vous ai déjà faites.

Monsieur,

J'ai recu l’ordre que Votre Excellence me fait l'honneur de m'envoyer. Il ne m'est pas possible de l'exécuter, attendu que nous avons personnellement dans cette paroisse des détachements françois, et que

* Cette pièce appartient au XI volume des papiers du chevalier de Lévis.

leurs généraux nous défendent, sous les plus grandes peines, d’avoir aucune correspondance ni de recevoir aucun ordre de la part de MM. les généraux anglois.

Dans la situation où cette paroisse se trouve, je pense que ce que nous pouvons faire de mieux pour ne pas déplaire à aucun des deux parties belligérantes, c'est de conserver une exacte neutralité, Nous ne pouvons exactement obéir qu’à celle qui tiendra des garnisous fixées dans nos paroisses, J’espère que Votre Excellence approuvera ma conduite en ayant égard à notre triste situation,

J'ai l’honneur d’être,

avec un très profond respect,

Monsieur, etc.

Projet d'attaque sur Québec.

Hiver 1759.

La prise de Québec pendant l'hiver seroit d’une grande utilité pour l'Etat, fort glorieuse pour les armes du Roi et pour le général qui auroit conduit cette entreprise, effaceroit le souvenir de la dernière campagne et sauveroit peut-être encore la colonie pour dix-huit mois, puisque, cette expédition étant ignorée en Europe, il n’y a pas d'apparence que les Anglois fussent en état d'entreprendre cette place l’année pro-

chaine, comme ils viennent de faire, et que des secours médiocres suffiraient pour conserver le reste du Canada jusqu’à l'hiver de 1760.

I! est question de savoir si cette entreprise est faisable, D’après le détail suivant, il sera aisé à ceux qui connoissent la situation et les ressources de la colonie de juger si l’on peut se procurer les moyens de réussir,

L'ennemi ayant une connoissance parfaite de ce qui se passe dans le pays, on ne peut espérer de le surprendre. Les préparatifs lui seront connus longtemps avant l'expédition ; il sera instruit de nos mouvements, tel secret que nous puissions y mettre, et je ne pense pas que l'opération puisse se brusquer. Il est nécessaire, pour réussir, de le tenir en échec assez longtemps pour le fatiguer, et de lui donner de l'incertitude sur l'objet et sur l'instant de cette expédition.

Vu la nombreuse garnison de Québec, il me semble qu'on ne peut entreprendre sur cette place avec moins de huit mille bons hommes, non compris les sauvages,

Les troupes de terre peuvent fournir dix-huit cents hommes, savoir quatre piquets par bataillon de quarante-cinq hommes chaque, et les huit compagnies de grenadiers.

Les troupes de la marine, en réduisant la garnison de Jacques Cartier, peuvent fournir neuf cents hommes ; les canonniers, cinquante, Il faut savoir si l’on peut tirer des milices depuis les Cèdres jusqu’à la Pointeaux-Trembles de Québec, les cinq mille ceux cent cinquante hommes excédants, sans mettre les autres frontières hors d'état de soutenir un coup de main, si

les troupes ennemies qui sont sur le lac Champlain entreprenoient une diversion.

Je ne compte pas les milices du bas de Québec, pour lesquelles il faudroit porter des armes et des équipements, afin d’en réunir à l’armée le plus grand nombre que l’on pourroit, parce que les hommes qu'on tireroit de cette partie suffiroient à peine pour remplacer ceux de l’armée qui déserteroient ou tomberoiïent malades dans le cours de l'expédition.

Cette expédition, depuis le premier jour de l’assemblée jusqu’à celui de la réussite, peut durer un mois. Il faudra donc, y compris les sauvages, les pertes et les fausses consommations, se pourvoir au moins de deux cent quatre-vingt mille rations, chacune d’une livre et demie de pain et de trois quarterons de viande ou demilivre de lard.

Il faudra plus de dix mille équipements, attendu les voleries et consommations sauvages ; quatre cents traînes attelées chacune d’un bon cheval, cinquante ou soixante quarts d’eau-de-vie, deux cents échelles longues chacune de vingt-quatre pieds et brisées en deux pièces. Les montants de ces échelles doivent être de bois léger et les traverses de noyer, ou autre bois ferme,

Je pense que la meilleure manière de les assembler seroit avec deux boulons de fer qui serviroient d'échelons. La partie basse de l'échelle supérieure étant plus large que la partie haute de l'inférieur, rien ne seroit plus aisé que de les monter.

Il faudroit en outre deux cents bouts d’échelles de deux ou trois pieds de long pour ajouter promptement au bas des échelles de la même manière, si, lorsqu'elles

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seront dressées contre les murs de la ville, elles se trouvent trop courtes.

Ces échelles et les bouts à rujuster doivent être armés par le bas d’une forte pointe de fer, l'extrémité supérieure doit aussi avoir une pointe courbe pour appuyer contre la muraille, qui pourroit être tapissée de glace.

Au reste, il seroit bon d'en faire faire des modèles pour s'assurer de la meilleure manière de les construire,

L'essentiel seroit de savoir au juste la mesure qu’elles doivent avoir; trop courtes, elles ne peuvent servir, trop longues l'ennemi les culbute aisément,

Six petites pièces de campagne de fonte sur affûts marins montées dans des coulisses sur des traînes, Le canon sercit plus aisé à mener de cette manière, et, pour le pointer, il ne serait question que d'ombarrer sous le derrière de la traîne, comme on fait sous les flasques d’un affût de campagne.

Ce canon servira à battre les postes extérieurs et les blockhaus et à tirer à boulets rouges, mais principalement à combattre dans la ville,

I] faudra porter l’attirail nécessaire pour cnauffer les boulets. Quelques mortiers pour jeter des bombes dans la ville, tâcher d'y mettre le feu et inquiéter la garnison.

Le plus qu’on pourra ramasser de sacs à laine, matelas et madriers pour faire des mantelets et se mettre promptement à l’abri des coups de fusil,

Une cinquantaine de traines disposées pour se retrancher promptement en les mettant l’une à côté de l'autre ; assez de raquettes pour en poüvoir distribuer

dix paires au moins par piquet de troupes, un plus grand nombre aux Canadiens et une paire à chaque sauvage.

Quatre ou cinq mille fusils de rechange pour remplacer ceux-qui seront cassés ou perdus dans le cours de l'expédition, et pour armer les habitants du bas de Québec.

Une quantité suffisante de poudre, de balles et de pierres à fusil. Des pétards, des masses, coins de ter, ciseaux à froid, marteaux, limes, clous à enclouer, pinces de fer, haches, scies, artifices de toutes sortes et en grand nombre. Des caissons pour porter l'artifice et cent coups de mitraille par pièce; un millier de fascines de huit pieds de long, bien liées.

Deux cents gabions légers et aisés à porter.

Supposé qu’il soit possible de se fournir de ces moyens, voyons quels sont ceux qui peuvent vous procurer la réussite,

Il seroit nécessaire d’avoir des espions affidés et entendus qui recussent leurs instructions de quelqu'un au fait des choses de la guerre et qui pussent instruire :

1° De la hauteur des murailles, à moins que M. de Pontleroy ne pût donner là-dessus des connoïissances assurées, La manière la moins dangereuse de mesurer la hauteur d’un rempart revêtu est de compter les rangs de pierres qui le composent. Pour la partie en terre on compte les saucissons ou fascines, s’il y en a ;

2° Du nombre exact des troupes de la garnison, de celui des gardes journalières, de la force, du nombre et de la situation du corps de garde ;

* 3° De l'état de la place par rapport aux ouvrages intérieurs et extérieurs ;

4° De la forme, du nombre des blockhaus, de leurs défenses, si elles ont du canon, combien d'hommes dans chaque, à quelle distance elles sont l’une de l’autre ;

5° Si l’on peut arriver par quelque endroit jusqu'au pied du rempart, sans rencontrer aucune enceinte extérieure ; autrement l’entreprise ne peut réussir, L’enceinte de blockhaus, s'ils ne sont pas fort près l’un de l’autre, ne seroit peut-être pas un obstacle insurmontable, parce qu'on peut en passant en enlever un ou deux ou les masquer par un feu supérieur, et que l’on pourroit d'avance y mettre le feu avec des bombes, Cependant ils méritent une grande considération, surtout s’ils sont bien construits et s'ils enveloppent le front de la place depuis le fleuve jusqu’à la côte d’Abraham ;

6° En quel état est le côté qui regarde le fleuve dans la partie qu'on appelle le cap au Diamant. Je pense que ce côté seroit le plus aisé à escalader, quoique fort escarpé, si le: Anglois n’y ont pas travaillé ;

7° Dans quel endroit sont situés les magasins à poudre, ceux des vivres et des munitions, le bois de chauffage, les logements des soldats, du commandant et des principaux officiers ;

8° S'il n'ya pas sur le rempart et près des corps de garde de petits magasins de munitions ;

99 Quelle est la place d'armes, le rendez-vous des troupes en cas d'alerte et leurs dispositions, s’il y a des réserves ordonnées, et où elles doivent s’assembler ;

10° Comment l'artillerie est disposée eur les rem-

parts; s’il y en a dans les rues de la ville, surles ,

places, en face des postes ;

11° S'il y a des lieux de retraite pour les troupes dans l’intérieur de la place, comme bastions retranchés, églises et maisons crénelées, rues coupées, etc ;

12° Quel usage font les Anglois d’une vieille redoute de maçonnerie qu’on appelle la citadelle ;

13° Quel usage ils font des flancs bas et couverts qui sont sur les fronts de Saint-Louis et Saint-Jean ;

14° Si l'on a soin de déblayer le pied des remparts et d’ôter la neige qui s’y amasse journellement ;

15° Si l’on ôte celle qui pourroit masquer les embrasures.

Pour se procurer des espions affidés, on pourroit s'adresser aux Jésuites, Ils sont propres à inspirer le zèle nécessaire pour risquer sa vie dans une besogne où peut entrer le motif de la religion.

Les préparatifs divulgueront l’entreprise ; on en peut faire mystère en public pour la mieux persuader, mais il faudra confier à quelques secrétaires et autres personnes affidées que le projet d'enlever Québec seroit fou ; qu’on n’a d'autre dessein que d’enlever les postes que les Anglois ont à Lorette et à Sainte-Foye ; que l'on tâchera d'attirer à la campagne la meilleure partie de la garnison pour la défaire et ensuite entreprendre sur la “ille, mais que, si cette garnison se tient renfermée, on se contentera d’épuiser les subsistances des environs pour affamer la garnison, parce qu'on est assuré qu’il n’y a pas assez de provisions pour faire vivre les troupes angloises jusqu’à l’arrivée des vais-

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seaux, sans le secours de la campagne ; qu’en même temps on essaiera de brûler des magasins en jetant des bombes et boulets rouges dans la ville,

L'ennemi sera bientôt instruit que le projet n’est pas d’escalader et croira qu’on n’a d'autre objet que de le tenir renfermé,.

L'ou dira aux mêmes personnes que le détachement destiné pour cette expéditiun n'est que de cinq ou six mille hommes, quoiqu'on fasse courir le bruit qu'il est de huit ou dix mille, et l’on gardera un grand secret sur la force réelle. Pour cet effet, il faudroit lorsque les troupes seront assemblées, établir plusieurs endroits de distribution, régis chacun par un homme principal, qui gardervit le secret sur sa patrie,

Les préparatifs étant faits, on se mettra en mouvement sans s’embarrasser du secret, on attaquera les postes de Lorette et de Sainte-Foye, s'ils ne »ont pas repliés. Un établira aux environs de Quévec plusieurs gros quartiers qui se communiqueront et seront à l’abri d’insulte, On établira des batteries de mortiers, et s’il est possible du canon à boulets rouges, pour tirer continuellement sur la ville.

On fera faire de jou et de nuit des courses jusqu'aux postes, de fréquentes démonstrations d'escalade à différentes heures. On enlèvera avec rigueur toutes les subsistances des environs ; on en fera des dépôts vers le haut du fleuve, On armera tous les habitants du gouvernement de Québec, On fera des enterprises, s’il est possible, sur les navires et bateaux des ennemis et sur les magasins extérieurs, s’il y en a. On restera sur <es manœuvres assez longtemps pour que la garnison,

continuellement en alerte, se fatigue à la fin, On exagèrera les pertes qu'on aura faites dans les différentes occasions ; on fera aux gens entendus et aux chefs des troupes les fansses confidences ci-dessus, et on leur dira qu’au pis aller on espère faire naître parmi les Anglois la désertion ou la maladie,

Lorsqu'on croira l’ennemi rassuré ou forcé par la fatigue à se négliger sur les précautions ordinaires, on prendra son temps pour l’escalade,

Je pense que le mieux seroit d'arriver au pied du rempart un peu avant le point du jour ; de former plusieurs attaques, dont deux véritables et voisines l’une de l’autre, les autres fausses, avec ordre néanmoins de pénétrer si l'ennemi, attiré par le feu des attaques véritables, se dégarnissoit sur un certain point ;

De tâcher en même temps d’attacher le pétard à une des portes. D'avoir le corps principal à portée des véritables attaques avec les six pièces de canon, les armes, les munitions, l’artifice, les sacs à laine, les traînes préparées pour se retrancher, commandées par des officiers ; elles serviroient aussi à transporter les blessés, si l'affaire manquoit ;

Mettre à chacune des attaques des canonniers et ouvriers avec leurs outils ;

Ordre aux attaques qu'aussitôt qu'on‘aura gagné le haut du rempart, il soit fait un détachement pour aller attaquer, fort ou foible, la porte voisine, la faire ouvrir par les ouvriers, et la garder jusqu’à ce que les troupes du dehors soient arrivées. Le reste de ceux qui auront monté par les échelles, doit s'emparer du canon le plus

à portée et le tourner vers la ville, pour empêcher l'ennemi d'approcher,

On détachera aussi des habitants pour courir dans les rues avertir les bourgeois de se rendre à la porte qui doit s'ouvrir, où ils trouveront des armes. On leur fera dire que tous ceux qui ne s’y rendront pas seront pillés et traités comme anglois,

Le corps principul se mettra en marche, aussitôt qu'on aura nouvelle que la porte est forcée, et entrera diligemment avec les traînes, dont on fera aussitôt un retranchement au dedans de la porte, On fera aussi entrer les six pièces de campagne, les armes et l’artifice. L'on détachera des troupes le long du rempart pour tourner contre la ville tout le canon qui s’y trouvera, On y fera des coupures pour empêcher l'ennemi de regagner le terrain qu'il aura perdu, On s’emparera des maisons les plus à portée de la porte, et on y arrangera les fenêtres avec les matelas et le grenier avec des crénaux. On détachera des partis composés de gens entreprenants et bien payés, pour aller avec de l’artifice mettre le feu aux lieux où on aura connoissance que les ennemis tiennent leurs magasins. Ces partis auront ordre, s'ils ne peuvent en approcher, d'entrer dans les maisons les plus voisines et d'y mettre le feu. On formera en même temps différents corps, pour marcher en bon ordre à la place d'armes, au-devant des troupes qui sortiront de leurs logements et aux lieux de rendez-vous ; mais on aura soin de conserver sur le rempart une troupe assez considérable pour être assuré que l’ennemi ne puisse le regagner.

Pour empêcher, s'il est possible, les soldats canadiens et sauvages de se débander pour courir au pillage, on promettra d'avance aux uns et aux autres que tout le butin sera mis en commun pour être distribué également à tout le monde ; bien entendu que ce qui aura été pr'a aux bourgeois qui se seront réunis aux attaquants sera payé ou remplacé par le Roi,

Les corps qui marcheront dans la ville au-devant des troupes ennemies, doivent se tenir ensemble, mener du canon devant eux, faire fouiller én passant les principales maisons. sans s'ar user néanmoins à celles dont il sortirait quelques coups de fusil, avoir de l’artifice pour mettre ie feu où il sera nécessaire et d’ailleurs se conduire suivant les circonstuñces, Ii paroît essentiei de s'emparer de la maison des Jésuites, de celle des Récollets et des principales maisons de ces deux places, ainsi que de toute la rue qui mène à la porte qui aura été forcée,

On tirera un grand secours des détachements qui allumeront le feu en différents endroits. Il ne fau: pas se soucier de perdre ces détachements. Ils doivent être commandés par des officiers ou sergents fermes et entendus et auxquels on promettra un avancement prompt. Les soldats seront payés particulièrement, On pourroit aussi employer avec succès quelques sauvages à cette besogne,

Si, après s'être rendus maîtres d’une partie de la ville, la fermeté de l'ennemi ou le désordre que le pillage auroit mis dans nos troupes, nous obligeoit de nous retirer, il faut tâcher, en se repliant, de mettre le feu à toutes les maisons de la ville, parce que cet incendie

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peut entraîner celui des magasins, et, si l’on est assez heureux pour y réussir, et que l’on ait enlevé toutes les subsistances des environs de Québec, l'ennemi sera hors d’état d'attendre les secours d'Europe. Il seroit bon. quelques jours avant, de se mettre en mouvement, d'enlever par surprise les postes de Lorette et de Sainte- Foye; ce seroit autant de moins à combattre et un grand préjugé pour les troupes.

Au reste, la disposition des troupes pour l’attaque, les instructions à donner aux commandants des différents corps, sont l'affaire d’une combinaison réfléchie qui dépend des connoissances qu’on aura acquises sur le terrain.

Quoiqu’on vienne de donner une idée générale des moyens de prendre Québec, on ne peut dissimuler les difticultés de cette enterprise; elles sont telles que la réussite tiendroit du prodige.

Le genre des troupes à combattre et celui des troupes à y employer n’est pas le seul obstacle. Il faut soutenir pendant vingt ou trente jours la rigueur du climat, empêcher la désertion et le découragement des Canadiens, chose presque impossible, celle des sauvages, que dix chevelures feront retourner chez eux ; et, si la marche des troupes est découverte, au moment de l’exécution, la difficulté presque insurmontable d'appliquer des échelles contre une garnison nombreuse et une artillerie préparée, plusieurs combats dans la ville contre des bonnes troupes qui n’ont d'autre ressource que de vaincre ; l'inconvénient du pillage, terrible pour des hommes sans discipline ; les fausses alarmes, les déroutes de peui ou pour un mot indiscret; la perte presque totale

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LETTRES ET PIÈCES MILITAIRES 197 de nos meilleurs corps, si l’on est obligé de se retirer ; la difficulté, si cela arrive, de mettre le feu à la ville, comme il est proposé ci-dessus ; en un mot, rien de plus glorieux et rien de plus difficile que de prendre Québec cet hiver.

Je ne sais si en profitant des premiers jours du printemps, l’on ne pourroit pas réussir à prendre Québec par un siège en règle, en faisant d'avance et avec beaucoup de secret les préparatifs nécessaires, Il faudroit pour cela être bien assuré du temps où l'ennemi sera en état d'opérer vers les lacs.

(Sans signature.)

Mémoire et observations sur le projet d'attaquer les postes ennemis en avant de Québec, et sur celui de surprendre la place ou de l'enlever de vive force.

18 janvier 1760.

Suivant le rapport de tous les habitants qui viennent de Québec, le poste que les ennemis ont établi dans l'église de Sainte-Foye y est à l'abri d’un coup de main ; l’église est entourée de grosses palissades, à trois ou quatre toises en avant du pied du mur; il ya quatre pièces de canon; leurs murs sont percés de deux rangs de créneaux et l’on peut faire feu par les fenêtres, les ennemis ayant établi une galerie en bois

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pour cet objet. On suppose que l’église de Lorette est fortifiée dans le même goût.

Pour forcer un tel poste, il faut du canon. Comment l'établir sur la neige? L'ennemi en ayant, il faut couvrir le nôtre, Aura-t-on dans la colonie assez de matelas ou sacs à laine pour former des merlons? D'ailleurs, ne doit-on pas croire que l'ennemi, prévoyant qu'il pât être attaqué, aura pris la précaution de tirer la neige du pied des palissades, et, la jetant en avant, aura formé une élévation en glacis qui couvre en entier toute la palissade de facon que, pour la battre, il faut établir le canon à la portée pour ainsi dire du pistolet, comme on l’établit sur la crète du glacis d’une place pour battre le pied du mur du rempart.

On assure que les palissades sont plantées à six pouces de distance l’une de l’autre ; le boulet par conséquent y fera peu d’effet, et cette façon d'établir la palissade prouve que l'ennemi n’a pas voulu s'en servir pour faire feu, mais seulement pour éloigner l'attaquant du pied du mur, ce qui doit faire présumer qu'il aura jeté la neige comme il est dit ci-dessus, Il est facile par une bonne reconnoissance de vérifier le vrai état du poste,

Supposant que l'ennemi a retiré le canon ou qu’il ne peut en faire usage par l’élévation de la neige, le nôtre pour lors renversera l'église, blessera et écrasera tout ce qui sera dedans, ce qui nous rendra maîtres du poste,

On peut aussi avoir’ des flèches combustibles, lesquelles, étant lancées contre la toiture et contre les madriers qui masquent les croisées, peuvent y mettre le feu. Ce seroit même le moyen le plus aisé, le moins

dispendieux et pour lequel quelques sauvages suffiroient.

L’ennemi, connoissant la faiblesse du poste, au premier avis de la marche des François, fera sortir de Québec un corps de deux mille hommes qui se porteront en avant pour le couvrir, harceler et faire perdre bien du monde à votre armée dans sa marche.

Si l'ennemi ne veut pas soutenir et défendre les postes en avant de Québec, il les évacuera, placera un corps dans les maisons vers Sainte-Foye. Elles peuvent être liées ensemble par des retranchements dans la neige, ouvrage bon et que l’on peut faire en deux heures.

Irons-nous l’attaquer avec le peu de troupes réglées que nous avons ? Je puis, sans craindre d’être contredit, dire que les bataillons, * de milice sans discipline ; il ne reste que très peu de vieux soldats ; tout est recrues.

Sera-ce avec les Canadiens que l’on tentera une attaque ? On seroit moralement sûr d’être battu. Le Canadien est reconnu brave ; mais il ne peut, sans aucune discipline, attaquer en rase campagne ; il n’est pas même armé pour cela, et certainement il ne soutiendra pas un choc de pied ferme,

La terre couverte de trois ou quatre pieds de neige ne permet pas de marcher en bataille ; ce ue peut être qu’en défilant, les soldats de la tête des colonnes ayant des raquettes pour battre et consolider la neige ; et

* Si onen excepte les grenadiers, ils peuvent être comparés à des bataillons.

peut-on de.la sorte former une attaque de maisons crénelées et farcies de fusiliers ?

Si des raisons que je puis ignorer engagent et déterminent à marcher en avant pour attaquer les postes de Sainte-Foye et de Lorette, ou seulement pour les faire rentrer dans la ville, après la réussite, est-on certain de faire une retraite avec une troupe indisciplinée, mal armée et foible par le peu de nourriture qu’elle a eue depuis longtemps, et ayant sur ses talons une troupe fraîche, bien nourrie, bien vêtue, bien disciplinée, bien armée et qui peut avoir à sa suite des petites pièces de canon sur des traîneaux, Que sera-ce si l’on échouoit dans l'expédition ?

Mais, que tout réussisse, que nous enlevions ces postes avancés ou que nous les fassions replier dans la ville, que notre retraite se fasse sans y perdre un seul homme, quel avantage en résultera-t-il pour la colonie ? J’ose dire aucun. Nous avons très peu de vivres, peu de munitions de guerre; nous les consommerons et nous en manquerons ensuite au printemps pour l’ouverture de la campagne, Nous ne pourrons pas établir des postes aux lieux où sont ceux des ennemis; nous ne pourrions les y soutenir par l'éloignement de nos quartiers. Il faudroit donc nous retirer et prendre la même position que nous tenons actuellement, Pour lors l'ennemi, avec un gros détachement, viendra brûler et désoler toutes les habitations depuis Québec jusques et compris la Pointe-aux-Trembles. Le poste de M. de Repentigny sera forcé de se replier à Jacques- Cartier ; ce qui nous éloigne de Quebec, rend nos partis plus difficiles et peut même faire soulever l’habitant.

L'ennemi peut même faire cette manœuvre au premier avis qu'il aura de la marche des François ; ce qui arrêteroit toutes nos opérations,

A l'égard de Québec, on ne doit pas espérer de le surprendre, à moins d’y avoir des intelligences. Il est à présumer que l’ennemi se garde avec attention, qu'il fait faire des rondes et patrouilles sur le rempart, On assure même que M. Murray en fait une lui-même toutes les nuits à des heures différentes.

Québec ne peut être surpris ou attaqué qu'autant qu'on aura replié ou enlevé les postes de Lorette et de Sainte-Foye, et cette démarche de notre part avertit l'ennemi de se tenir sur ses gardes,

Attaquer Québec de vive force me paroît bien hasardeux. Le rempart sur la hauteur d'Abraham est élevé dans les endroits les plus bas, de vingt-quatre pieds. On dira que la neige aura comblé le fossé; mais n’est-on pas certain par le rapport de tous qui viennent de Québec que, chaque fois qu’il tombe de la neige, les soldats sont commandés pour la tirer du pied du mur et la jetant sur le côté, doivent former un fossé qui empêche l'approche du rempart.

Dans toute la partie entre le cap au Diamant et le bastion du palais, l'ennemi a dégorgé des embrasures pour battre toutes les avenues et pour empêcher que la neige ne couvre le canon et n’en empêche le service, Il a fait faire des caisses qui couvrent chaque pièce et que l’on peut retirer au moment que l’on est à même d'en faire usage. Il doit en être de même pour toutes les pièces qui battent.et flanquent les postes et les faces des bastions.

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