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XXXVIII

Mémoire sur le siège de Québec.

Hiver 1760,

Sur les nouvelles que rapporteront MM. de Bellecombe et Arnoux, de Québec, on pourroit peut-être prendre des arrangements pour aller prendre la ville. On pourroit peut-être réussir ; mais aussi on ne le pourroit peut-être pas.

Le véritable moyen qui me paroîttroit le plus certain pour la reprendre, seroit d'envoyer un détachement en avant très secrètement, de quinze cents hommes, pour enlever les gardes de Lorette et de Sainte-Foye, qui, après les avoir enlevées prendroit poste fixe aux dits lieux, et harceleroit l'ennemi en attendant le gros de l’armée. Il faudroit pour faire le mouvement des quinze cents hommes plus promptement qu’ils fussent pris dans les côtes les plus près de Québec, en montant, sans cependant toucher aux paroisses depuis le haut du Cap-Santé jusqu’au bas de la Pointe-aux-Trembles, à cause des ouvrages continuels qu’il faut faire à Jacques- Cartier. Ce seroit quatre cents hommes environ qui resteroient dans les autres paroisses du dit gouvernement. Pour former les quinze cents hommes, il faudroit prendre tout le gouvernement des Trois-Rivières. Je pense bien qu’il ne faudroit pas grande artillerie, quelques pièces de canon et deux ou trois mortiers suffront.

Toute l’armée, une fois rendue avec tous les ustensiles nécessaires pour l'opération, se logeroit aux envi-

rons de la ville, et on pourroit envoyer des détachements fusiller, Cela inquièteroit l'ennemi, de façon qu'il ne pourroit faire autrement que de faire tenir toute sa troupe sous les armes et qui, après avoir passé quinze jours ou trois semaines À peut-être bien des mauvais temps et froids, seroit contraint de se rendre, ou par un événement heureux d’un coup de poudrerie de neige, nous pourrions entrer dans la ville par surprise; nous pourrions bien même n'être pas dans le cas de perdre beaucoup de monde.

L'inconvénient que je trouve à cette opération c’est, comme j'ai dit ci-devant, qu'il faudroit envoyer un détachement de quinze cents hommes enlever les gardes de Lorette et Sainte-Foye et prendre postes aux environs de la ville. Pourquoi ? Parce que l'ennemi ayant connoissance des mouvements que l’on pourroit faire pour aller sur eux, ne manqueroit pas de faire brûler Lorette, Sainte-Foye} Charlesbourg et Beauport, et par ce moyen nous mettroit hors d'état d'y camper et nous donneroit de plus à nourrir trois mille personnes au moins, et ce, pendant tout l'hiver.

Ensuite les vivres, aussi rares qu'ils le sont, font un obstacle auquel nous aurons de la peine à obvier. On me dira, les habitants en prendront chez eux pour un mois chacun. Ce sera toujours des vivres de consommés, et je dis encore malgré cela que l'expédition ne se fera pas sans qu’il y ait quatre à cinq mille minots de blé et deux cents bœufs au moins de dépensés de plus que les vivres que les habitants porteront avec eux. Je pense qu’il faudroit au moins huit mille hommes pour cette opération, et je crois qu’il faudroit bien

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