‹ Lettres et pièces militaires [microforme]Chapitre 35 sur 94 · TRI PH MO TE PO · texte numérisé non relu

TRI PH MO TE PO

nous en contenter, car ce seroit bien tout ce que l'on pourroit mettre sur pied de bon pour cela.

Je ne parlerai point ici de la difficulté qu’il y auroit pour les voiturages de tous les besoins de l’armée ; mais il y auroit bien des choses à dire.

Que résultera-t-il si nous reprenons la ville de Québec ? On pourroit faire passer la garnison tout de suite à la pointe, et nous profiterions de leurs munitions de guerre et de bouche, et nous serions mieux disposés à recevoir les secours qui nous pourront venir ce printemps. S'il nous venoit seulement trente vaisseaux chargés de vivres et munitions, nous nous trouverions en état de nous soutenir un peu.

Que résultera-t-il si nous manquons notre expédition? Nous courons grand risque de perdre la colonie entière, parce que l'habitant se trouvera ce printemps épuisé de tout, fatigué, rebuté et découragé, de façon que, s’il est question d'entrer en ‘campagne, il ne sera pas possible, n’y eût-il que par faute de subsistance, ne fallût-il que quinze jours pour sauver le pays. Nous n’aurons donc recours qu'à la paix. Si nous y avons recours, il n’est pas nécessaire de nous exposer à perdre beaucoup de monde, et à mettre une famine générale pour reprendre une ville qui nous sera sûrement rendue et qui l’est peut-être déjà. Ce n’est point la reprise de Québec qui y donnera lieu, puisqu'il ne seroit pas possible de la faire savoir à la Cour promptement.

Il est certain que le Roi veut soutenir ce pays-ci, ouille veut abandonner, S'il veut le soutenir, il ne peut penser autrement que de faire la paix, ou nous envoyer un grand secours par une escadre assez puis-

sante pour en imposer à celle de nos ennemis. Pour profiter de cette escadre, il ne faut donc pas nous exposer à épuiser entièrement la colonie, au contraire il faut tâcher de trouver les moyens de la soutenir jusqu’à ce que les secours soient arrivés.

Mais, si le Roi ne fait pas la paix et qu'il ne nous envoie pas de secours, que quelques vaisseaux de transport, nous ne devons pas douter que l’Anglois arrive pour achever la conquête de ce pays-ci, et se mettra en état d’intercepter tous nos vaisseaux de transport, et par ce moyen nous obligera à nous rendre sans donner coup.

Je ne dis pas cependant que l’on ne puisse tirer des conjectures avantageuses sur la reprise de Québec. Peut-être l’Anglois n’est pas en état de mettre une aussi forte escadre sur pied que celle qu'il a mise l’année dernière. Par conséquent, s’il nous parvencit quelques vaisseaux de transport chargés de munitions de guerre, de bouche et de marchandises, ayant repris Québec, nous pourrions nous y conserver, ainsi que dans les autres postes. Mais cette entreprise ne peut avoir lieu et ne peut être bonne que lorsque nous verrons lieu d’avoir des vivres pour entrer en campagne jusqu’à la fin de juin, d’excédant à celles que nous pourrions consommer dans l'opération d'hiver.

Le mer eme DR 7e MS

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