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Comme le zèle des Canadiens pourroit être susceptible de quelque ralentissement, étant intimidés par les menaces du général Murray, M. le chevalier de Lévis accompagnera nos lettres circulaires d’un manifeste rigide par lequel il relèvera ces Canadiens de leur crainte et les assujettira à se jindre à lui sous peine de la vie.

M. le chevalier de Lévis sait que nous ne pouvons pas lui donner une armée plus considérable, les milices qui resteront dans le gouvernement des Trois-Rivières et de Montréal étant indispensablement nécessaires pour ensemencer les terres. Il sait aussi que nous devons en même temps prévoir à la sûreté des frontières des lacs Champlain et Ontario.

Ces deux partis exigeant notre présence en cette ville, et pour veiller à tous les mouvements des ennemis, et pour pourvoir à toutes choses dans l’intérieur de la colonie, nous remettons à M. le chevalier de Lévis avec la confiance que nous devons à son zèle et à son expérience, le commandement de l’armée que nous avons, de concert avec lui, destinée pour l'expédition de Québèc, et, à cause de notre éloignement et des cas auxquels nous ne saurions prévoir actuellement, nous lui déposons les mêmes pouvoirs que nous aurions nous-mêmes, si nous commandions en personne cette armée, l’autorisant à agir ainsi qu’il le jugera plus convenable pour le bien du service, l'intérêt de la colonie et de l'Etat.

Quoique le succès du siège de Québec paroisse incertain, et par le peu de moyens que nous avons en munitions, artillerie et vivres, et par nos forces mêmes

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vis-à-vis celles de l'ennemi qu'il est de notre prudence de supposer d'environ quatre mille combattants, qui pourront augmenter en nombre par les secours que les Anglois attendent d’un instant à l’autre, nous avons néanmoins mûrement réfléchi et déterminé avec M. le chevalier de Lévis que tous ces obstacles ne sauroient nous arrêter, que l’expédition de Québec est l’unique parti à prendre, et pour conserver encore la colonie au Fr: Roi, et pour nous mettre à portée de recevoir librement | les secours qu’il aura plu à Sa Majesté de nous faire passer, d'autant mieux que les ennemis ayant pris poste à la côte du sud, vis-à-vis de Québec, et y étabiissant des batteries, ces secours ne sauroient passer sans un danger évident.

D’après ces puissants motifs, il importe que M. le chevalier de Lévis porte la plus grande activité dans ces opérations, c’est sur quoi nous n'avons rien à lui prescrire, nous en rapportant entièrement à son zèle, à

à son expérience et à l'attachement particulier que nous lui avons toujours connu pour cette colonie.

Comme il se trouve parmi les troupes qui composent la garnison de Québec nombre de soldats françois et

| allemands qui ont laissé le service du Roi ou de leurs ‘ee légitimes souverains, qui sont alliés à Sa Majesté pour {el entrer dans celui 4u Roi de la Grande-Bretagne, après avoir mûrement réfléchi, et attendu que, dans les occurrences présentes, nous devons tenter toutes les voies s licites pour augmenter nos forces et affoiblir celles de nos ennemis, nous avons cru du bien du service du Roi de faire jouir ces mêmes soldats de l’amnistie accor-

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dée par l'ordonnance de Sa Majesté du 29 décembre 1757. En conséquence, nous avons rendu la nôtre, dont M. le chevalier de Lévis fera usage, conformément aux conditions y insérées,

Si noùs sommes assez heureux pour que M. le chevalier de Lévis parvienne à obliger la garnison de Québec à lui demander à capituler, il se prévaudra autant qu'il le pourra des circonstances et de la situation où l'ennemi pourra se trouver pour ne lui accorder que les articles mentionnés dans le projet que nous lui avons remis d’une capitulation avantageuse pour nous. Bien loin d'entendre le gêner à cet éga:d, nous lui observons que la situation de la colonie, l'incertitude du succès et l’appréhension des forces que les Anglois peuvent recevoir par le fleuve, ne nous permettent pas d’être difficiles. Ainsi, nous prévenons M. le chevalier de Lévis que nous approuvons d'avance tous les articles qu’il croira devoir accorder à cette garnison, notre objet capital étant d'accélérer de soulager la colonie par la reddition de Québec, et de nous mettre en état de rous opposer aux efforts que les Anglois pourront faire pour pénétrer dans l’intérieur de la colonie par les lacs Champlain et Ontario.

M. le chevalier de Lévis emploiera toutes les voies, moyens et négociations imaginables pour accélérer la reddition de Québec. Il accordera pour cet effet telle somme qu'il jugera nécessaire aux personnes qui y contribueront, fût-il même obligé de donner un libre et entier couts à la dépense que nous sommes autorisés à faire par la lettre chiffrée du ministre de 10 février

1759, commune à feu le marquis de Montcalm et à nous, dont M. le chevalier a une expédition *.

M. le chevalier de Lévis est instruit que nous avons établi des vigies à Saint-Barnabé, au Bic et à l’île aux Coudres, pour reconnottre les bâtiments françois et leur fournir des pilotes pour pratiques.

Nous remettons à M. le chevalier de Lévis copie des ordres que nous avons donnés à ce sujet, les signaux que ces bâtiments et celui qui a hiverné à Gaspé doivent faire.

Supposé qu'il nous vint une flotte françoise, M. le chevalier de Lévis fera passer au commandant de cette flotte la lettre que nous lui écrivons + pour le prier de lui donner connoissance de ses ordres et instructions. Il correspondra et coopèrera avec lui à l'exécution des vues du Roi pour cette colonie, suivant que les circonstances pourront l’exiger, jusqu’à ce que nous puissions régler ses opérations.

M. le chevalier de Lévis s’en fera remettre exactement toutes nos dépêches ; il donnera ou fera donner un reçu de celles de la Cour, s’il est nécessaire ; il nous fera passer diligemment ces dépêches par une personne sûre,

Au surplus, M. le chevalier de Lévis nous expédiera des courriers journellement ou le plus souvent qu’il lui sera possible, pour nous instruire de ses progrès. Nous n’aurons de notre côté rien de plus pressé que de lui faire part de ce qui se passera d’intéressant sur nos

frontières.

VAUDREUIL, Fait à Montréal, le 16 avril 1760.

* Voir à la date dans les lettres de la Cour de Versailles. t Voyez ci-dessus, 6 avril.

Lettre circulaire écrite aux capitaines des milices nord et sud du gouvernement de Québec.

A Montréal, le 16 avril 1760.

Depuis le dénouement de la campagne dernière, Monsieur, j'ai été vivement occupé de la situation où les malheurs de la guerre ont réduit les Canadiens du gouvernement de Québec.

J'ai été particulièrement sensible aux menaces que le général Murray leur a faites par tous ses manifestes, aux vexations qu’il a exercées envers eux, et au traitement dur et cruel qu'il a fait subir à la plupart des Canadiens sans aucun droit ni raison légitimes.

Le triste état de ces Canadiens, les sentiments que je leur connois de zèle pour le service du Roi et leur attachement à leur patrie, tout cela n’a pas peu contribué à augmenter le désir que j'ai toujours eu de reprendre Québec, et de délivrer par là les Canadiens des tyrannies qu’ils n’ont que trop éprouvées.

C’est dans cette vue, Monsieur, que j'ai rassemblé une très puissante armée avec un train considérable d'artillerie, pour assiéger Québec. Rien n’égale l’ardeur des troupes, des Canadiens et des différentes nations sauvages que j'ai destinées pour cette expédition.

Ma présence étant essentiellement nécessaire en cette ville, soit pour veiller à la sûreté de nos frontières des lacs Champlain et Ontario, soit pour renforcer l’armée qui va faire le siège de Québec, si, contre mon

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attente, la garnison de cette place recevoit des secours d'Europe, j'ai remis le commandement en chef de cette armée à M. le chevalier de Lévis, maréchal des camps et armées du Roi, et par son amour pour tout ce qui est canadien, et par la confiance que ceux-ci, les troupes et les nations sauvages ont également en lui, Cette armée part, Bientôt la ville de Québec sera investie.

Mon intention est, Monsieur, que vous, vos ofliciers et tous les Canadiens de votre compagnie partent aussitôt la réception de cette lettre et du manifeste de M. le chevalier de Lévis pour vous rendre près de ce général avec armes et bagages et vous joindre à son armée. Je l'ai autorisé à vous donner cet ordre sous peine de la vie, je suis bien convaincu de votre empressement à l’exécuter, et que votre courage ne cèdera rien à celui des troupes et des Canadiens de l’armée,

Vous y avez, Monsieur, ainsi que vos miliciens, un intérêt très particulier. Vous n'avez que trop expérimenté l’aversion des Anglois pour tout ce qui est canadien, Vous avez aussi fait les plus tristes épreuves de la dûreté de son gouvernement. De là vous devez conclure quel seroit votre sort s’ils avoient l’entière possession de cette colonie,

Vous touchez au moment de triompher de cet ennemi; il ne peut que succomber aux efforts de notre armée,

Nous touchons aussi au moment de recevoir de puissants secours de France,

Enfin, c'est à vous, braves Canadiens, à vous signaler ; vous devez tout entreprendre, tout risquer pour

conserver votre religion et pour le salut de votre patrie. Les Canadiens de ce gouvernement et de celui des Trois-Rivières marchent avec zèle, et par attachement et par amour pour vous, Vous devez les imiter en tous points, joindre vos efforts aux leurs et les surpasser même,

J’assure des récompenses marquées de la part de Sa Majesté à ceux d’entre vous qui donneront des preuves éclatantes de leur zèle ; mais aussi je ne puis vous cacher que ceux qui auront été ou seront traîtres à leur patrie, seront punis avec a plus grande rigueur des ordonnances de Sa Majesté,

Je suis, Monsieur, votre atffectionné serviteur,

Signé : VAUDREUIL,

Lettre cireulaire écrite à MM. les curés nord et sud du gouvernement de Québec.

A Montréal, le 16 avril 1760.

Monsieur,

Je ne doute pas que les capitaines des milices de votre paroisse ne vous donnent connoissance de la lettre que je leur écris. Vous y verrez, Monsieur, ma vive sensibilité à la triste situation des Canadiens, aux vexations, à la tyrannie que les Anglois exercent envers eux, et particulièrement au traitement dur et cruel que le

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