TESTAMENT DE LOUIS DE MAIMBOUBG
[Copie. — • Biblioibèque impériale de Vienne, manuserili Hohendorf ,
112, in-foK]
Au nom du Père^ du Fils et du Saint-^Esprit , trois personnes en un seul Dieu.
Ce jourd'hui samedi 28 décembre 1 685! jesoussîgné Louis Maimbourg, prestre de la sainte Église de Romc; oùj'ayreçu mon ordination, et gentilhomme
lorrain de Nancy, élevé et habitué en Prance depuis environ soixante ans, et devenu par là très humble, très obéissant et très fidèle sujet du Roy, me trouvant par la grâce de Dieu «n pleine santé de corps et d'esprit, à l'âge de soixante-seize ans presque accomplis , déclare par ce testament tout écrit de ma main , sans que personne en ait eu aucune connoissance , ma dernière volonté en cette manière*
Premièrement, je veux mourir comme j'ay tonjours vescù en la^ foy catholique, apostolique, romaine, que j'ay toujours soustenue de mon mieux, de vive voix dans mes sermons , et par écrit dans mes livres de controverse et dans mes histoires, sans que je scache qu'il me soit rien echapé qui ne soit conforme à Tancienne doctrine de FEglise, desavouant et condamnant de tout mon cœur tout ce qu'on pourroit marquer en particulier luy estre tant soit peu contraire.
Secondement, après avoir recommandé mon ame à Dieu , à la miséricorde duquel je l'abandonne, me confiant aux mérites infinis de Jésus-Christ, auquel seul j'ay recours comme à mon unique Rédempteur par l'intercession de la Sainte Vierge, des anges, des saints et de mes bons amis, qui voudront bien avoir la charité de le prier pour moy, je supplie très humblement les RR. PP. chanoines réguliers de Tabbaye royale de Saint-Victor, de vouloir enterrer mon corps, en quelque endroit qu'il leur plaira ,
soit de leur cloîstre, soit de leur esglise, et hùra pour le repos de mon ame un service comme ils oat ae^ ooustnmé de le faire pour un de leurs oonfrères.
Pour tous les bieus qui m'appartieuuent de droit , en Testât où je suis, voicy la manière dont j^en dispose.
Il est certain que les grands biens que mon pare et ma mère [qui étoient fort riobes] ont donné aux Jésuites^ en considération de mon entrée dans leur compagnie , m'ont deu estre rendus selon toutes les Ipis diyjues et bumaines^ du moment que j'en auia sorti par force , de la manière que tout le monde sçait.
Car il est évident, par la teule lumière naturelle, qu'un père et une mère ne font pas cee grandes donations qu'à condition qu'après les avoir reçues » on.ne mette pasdebors leur fils unique, en considération duquel ils les ont faites, et que, cette con^ dition étant violée , toutes ces donations sont nuUea et que tout ce bien me doit revenir, si je n'en fais une nouvelle donation ; que c'est bien assez (cela estant ainsi que je le déclare) que les pères Jésuites ayent jouy plus de cinquante ans de ces biens , et que plus de dix ans avant la fondation du collège de Nancy par mes parents, ceux*^i ayent entretenu les Pères de cette maison de pain, de vin, de viandes, de linge, de couvertures, de matelas, comme on le pourra veoir dans leurs registres.
Maintenant donc, pour ce qui regarde le fonds
de oea ft>B(}atioiis du collège de Ni^iiey et de celui de
S. Niooles^ en terres , en héritages , en fermes, en maisons, en esglîses, pour ne rien ester à Dieu de ce qu'on luy a une fois donné, et pour satisfaire en mesme temps à ce qu'on doit au sang et à la nature, je &is une f^mple et irrévocable donation de tout eeja, en quelque estât qu'il se trouve après environ oin^ quante ans de gestion, au R. dom Pierre d'Hiff.... mon cousin germain, prieur de la chartreuse près de Nancy, et aux religieux de cette sainte maison , qui prieront Dieu pour le repos des âmes de mon père et de ma mère, de mes deux soeurs religieuses et de la mienne
REMARQUES SUR CETTE PIÈCE
J'en supprime la fin, qui offre moins d'intérêt. Je dirai seulement que le père Maimbourg lègue tout ce qu'il possède encore, ce qui est peu de chose, à son valet de chambre Rousselet , dont il fait le plus touchant éloge, et « qui n'a pas livré copie de ses manuscrits, malgré les séductions, et dont la fidélité lui a permis de se vouer entièrement à Dieu. »
II n'y a rien au-dessus de ce dernier mot.
Pour ce qui est de ces manuscrits sauvés, Maimbourg les donne à MM. de Saint- Victor, dont il demande les prières gratuites, vu qu'il est hors d'état de les payer.
Enfin il nomme son exécuteur testamentaire, l'archevêque de Harlay, qu'il prie d'assurer le roi de son dévouement.
Et ici je ne puis m'empécher de citer encore le bon reli-
gieux. « Si J*ay tasché durant ma vie^ dit*il, selon mon devoir et mon inclination , de bien servir de ma plume Sa Majesté , je la servirai encore mieux par mes prières après ma mort, si Dieu me fait la grâce comme je Tespère, par les mérites de Jésus Christ , mon rédemteur, de me recevoir en son saint paradis. »
Cela peut être critiqué sous bien des points de vue , mais assurément cela indique à la fois un grand dévouement au roi et une piété profonde