‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 3 sur 142 · XII · texte numérisé non relu

XII

tîons ont été heureuses au delà de toutes mes espérances .

Cette abondance m'a permis un choix entièrement conforme à mon plan , et je crois n'avoir rien admis qui n*y rentre, comme je n'ai rien donné qui ne fût dans les originaux eux-mêmes.

J'ai cependant à expliquer en quel sens cette publication est fidèle.

En typographie la fidélité absolue est une chimère parce qu'elle serait une barbarie. Il n^y a que le calque qui reproduise les documents, originaux ou copies y tels qu'ils sont. L'impression les embellit toujours un peu, si scrupuleuse qu^elle soit à les respecter. Elle leur donne d'autres formes , plus graves , plus nettes , plus lisibles. Lors même qu'elle en conserve l'orthographe ou les fautes d'orthographe , elle ne saurait conserver toutes les négligences ; elle est forcément et heureusement infidèle.

En ce sens je le suis avec elle.

J'ai religieusement conservé Torthographe caractéristique de chaque époque; mais j'ai adopté presque partout les secours de la ponctuation moderne et les lumières de l'alinéa. J'indique les exceptions; mais je le sais , les uns me trouveront trop libre ,

les autres trop servile. Ceux-ci ne me pardonneront pas d'avoir imprimé BuSbn négligeant Taccord du participe^ et Voltaire dédaignant l'apostrophe*

J'espère que ces critiques se feront balance*

Maintenant il ne me reste plus qu'à m'expliquer sur les éclaircissements dont j'ai cru devoir accom» pagner toutes ces pièces.

Cespiècessont de deux catégories très-différentes : les unes , des catalogues de bibliothèques , les au<-> très des lettres ^ des mémoires f des testaments , des déclarations 9 de simples notes*

Toutefois il m'a semblé que^ pour les uns et les autres de ces documents, je devais adopter, quant aux éclaircissements, le même principe, celui d'y laisser subsister le moins d'obscurités qu'il m'était possible.

Pour les catalogues , il m'a fallu y apporter une grande modération et une grande sobriété , afin de ne pas en faire des volumes de pure bibliographie. Mon but étant d'éclairer, par des pièces nouvelles et authentiques, les rapports des lettres avec les mœurs, je n'ai dû annoter que ce qui gagnait à l'être sous ce point de vue.

Pour les autres pièces, j'ai dû indiquer la situa-

lion où elles furent écrites et les lumières qu^ elles répandent sur ma question y c'est-à-dire que j'ai dû les faire comprendre et les faire apprécier. Je n'ai pas dû aller plus loin.

Ici encore les uns trouveront peut-être trop^ les autres trop peu. J'ai indiqué moi-même des doutes et des hésitations. J'aurais voulu garder le tout jusqu'au moment où j'aurais pu tout expliquer; mais je n'ai pas manqué de m'apercevoir que , pour moi, ce moment ne viendrait jamais, et que pour servir la cause des lettres , il faut savoir faire acte d'humilité. Il ne m^en coûte pas le moins du monde de solliciter des lumières, et je mettrai toujours plus d'empressement à profiter d^une critique, même injuste, qu'à me justifier d'une erreur, même involontaire.

La plus douce récompense que je pusse obtenir, ce seraient des communications qui me missent à même d'améliorer et de compléter un recueil fait avec un grand amour pour les lettres et un grand respect pour ceux qui les ont honorées dans des siècles de crises et de progrès.

Ce respect, je le transporte peut-être avec quelque exagération sur les reliques que je publie; mais

il me semble qu'on ne saurait attacher trop d'importance, maintenant que la vérité se fait jour dans nos mœurs comme dans nos institutions , à savoir la vérité sur le passé comme sur le présent. Quand les lettres sont appelées à jouer un si grand rôle dans Favenir; quand toutes les questions qui s^y rapportent deviennent des questions de philosophie , de religion et de politique, comment ne chercherions-nous pas à savoir ce qu'elles ont été

dans d'autres |Lges? Et comment le saurions-nous si ce n^est par des documents authentiques? L'histoire morale des lettres, où est-elle donc, si ce n'est dans les confidences les plus intimes et dans les dépositions les plus pures de ceux qui les ont le mieux cultivées?

Ou je me trompe, ou les lettres de Casaubon et de Gronovius, celles de Descartes et de La Gondamine ajouteront quelques faits nouveaux et quelques nuances aux faits anciens. Je ne m'exagère pas l'importance des révélations qu elles apportent. Je ne m'exagère le mérite d'aucune autre pièce de ce recueil. Je n'y vois rien qui soit de nature à changer complètement d'anciennes opinions. Mais j^estime qu'il n^est aucun de ces documents qui ne soit une

source d'instruction ou de jouissance morale, un modèle de style ou une leçon de correspondance.

Dans un siècle où Ton ne sait plus écrire ni la lettre intime, ni la lettre utile , ni la lettre gazette ; dans un siècle où Ton n'écrit pas toujours avec soin même ce qu'on imprime, et où tout s'imprime , la correspondance familière a peut-être besoin d'étudier de nouveau ces lettres faites avec tant de dévouement, empreintes de tant de grâce et d'esprit, riches de tant d^nstruction , que nos devanciers s'adressaient jadis d'un bout de l'Europe à l'autre.

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