AU ROI FRANÇOIS 1^, SON FRÈRE
[ Autographe »igDc« — Manuscrit de la Bibliothèque du Roi , n® 85 'iG , 1. 1 ,
in-fol. p. 55.]
[Monfrin, 153G?]
Monseigneur ^, encores que ce ne soit à moy à louer une chose où mon estât ' me veut ignorante % sy ne me puis-je garder de vous escripre que tous les capitaines m^ont asseurée n'avoir jamès veu un camp sy fort ny sy à propous que celuy-cy.
Une chose ne puis-je ignorer, [c'est] que c'est la plus nette place, fusse [fut-ce] ung cabinet, que je vis oncques ramplie des plus beaux hommes en très grant nombre , les meilleurs visaiges , les
* Il n'j a daoi roriginal aucun alinéa, aucun. signe de ponctuation, aucun accent.
' £Ue veut -dire ma qualité de femme.
' Cette pièce, inédite quand j'ai commencé mon recueil, se trouve maintenant imprimée dans les Lettres publiées par M. Fr. Génin , au nom de la Société pour l'histoire de France.
D'autres éditeurs ayant suivi dans quelques parties du texte une orthographe un peu plus moderne que celle de l'original , ce qui n'offre pas d'inconvénients réels » les amateurs de Torthographe primitive de Margoerite seront peut-être bien aises d'avoir cette dernière, que j^ai conservée au risque de rendre la lecture de la lettre moins agréable.
meilleurs propouS| montrant Tenvye qu'il[B] bont de vous faire service ^ qu'on saurait souhaiter.
Il est vray. Monseigneur, que vous leur avés baillé ung chef quy est tant digne d'estre vostre lieutenant que je croy qu'en tous le monde neù heussiez trouver ung quy en toutes chosse aproche tant de vous que luy '• Car parlant à luy l'on oit [ouït] vos propous , qui sont pour asseurer toutes les craintes dont ceux quy contrefont les saiges veulent [s'juzer, vous asseurant, Monseigneur, que en paroles, en faits et estrême diligence et vigilance, en doulceur envers ung chascun» eo prompte justice et ordre , en pacience à escoustep chasoun , en prudence de conseil , il monstre bien quUl est fait de vous même, et apris de vous seul. Car de nul aultre ne peut-il estre disciple. Car de toutes les vertus que Dieu vous a données il en a [H*is sy bonne part, que vous trouverez en toutes choses vostre voulonié suyvye.
Ce que je vous dis n'est point de moy seulle; mes [mais] après avoir parlé à tous les capitaines, l'uog après Tautre, de toutes les sortes et nations que vous aués au camp , ilz m'ont dist tout ce que je vous mande et mille foys davantage, luy portant une amour et une obéisaoce sy grande que encore entre eux ny a heu nul débat. El sont ceux quy, de
' Anne do Montraorency. Marguciilo eu faitua fUM'Irail 4e dépasse loutcs les Umilcs.
nature ; et>toieut contraires comme frères hunys ensamlile*
Le CQnte Guillomma m'a dist que je vous eacripvei qil'U y a bien diifâraoce du purgatoire honteux d'itallye au paradis glorieux de ce camp, et m'a dist dp«fanUespaiiée«t que j'ayme mieux qu'il vous conte que moyi car il sont importables, principalement voyant » Dieu mercy, tous le contraire en cette armée» qm est telle que je ne voudroys pour tous les biens de ee nionde ne Tanoir veue. Car je Testime tant que je vous proumes ma foy, Monsei^ gneur I que si l'empereur feust venu quant j'y estoys» je n^enbeuise point bougé, estant toute seure qu'il ne peult nuire à une telle compaignye.
Au pis aler je seroys trop beur^uxe de mourir avesques tant de vertueuses personnes. Je ne vous diray point Tonneur * que m'a fait Monsieur le grantmestre, lequel ne savoit riens de ma venue ni nul de mes jans [gens]. Il m'a monstre tout voslre eamp auesques ces deux vieux ptem, et ces jeunes princes, et sy grant nombre de jans de bien que James - panlazillée ne feust receua en tel honneur^ lequel procède de vous à qui je le retourne. Sy mii-'je seure que Tempereur en tiendra deux joiura eonseil davaataige, pour deuyner' la cause quy m'y a fait aler * et sy en fera[y] là où je
* AiUcura cUc met honncHr.
* Les éditions portent jamais. C*cst une faute.
* et * Lk» éiiilio»» ^i porlciU aUçr el (feiûifi* di0i*reoi Ju l'urigittal.
\uys bien mon proufist et son dommaigc. Monseigneur, je vins arsoir [hier au soir] en ce lieu de Monfrin, où est là compaignye du Roy de Nauarre, que j'ay veue toute en bataille [passée en revue?].
Je ne vous diray riens des hommes d'armes; mes il y a peu de jans mieux ' montés que les chenaux légers. Vous vous contanteres [serez content] des Gascons, et pleust àDieu que Tempereur s'esayast de passer le Rosue quant je suis ysy [ici], car avesques le secours que vous m'envoyerés, et sy n'en fault pas beaucoup, j'entreprandroys bien, sur ma vie, toute famé que je suis, de le garder de passer. Et n'y â nul que vous quy me peust garder d'y estre. Mes je croy qu'il ne l'enlreprandra pas , uy aussy d'asaillir le camp, ny encore moins d'aler de vostre cousté, car vostre demeure luy donne une merveilleuse crainte et grant faveur à votre camp. Se [ce] ne vous est petit honneur qu'ung de vos serviteurs areste l'empereur et le fait mouryr de fain, en ce que, sy Dieu vous preste, comme il faict, sa main , je tiens la victoire ou la pais comme vous la sauries demander.
Et pancés, Monseigneur, voyant vostre santé et vos afaires aler sy bien, en quel contantemant et louanges de Dieu s'en va pryant continuelemant pour vostre prospérité
' Les cdiliÔDS portent miettlx. Elles diOcreot de roriginal.
Yostre très humble et très obéissante subiecte et sœur^
Marguerite ^
1^ leltre n'est pas datée*
Elle porte au dos ces mots : t Au R07 mon souverain seigneur* •