‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 51 sur 142 · REMARQUES SUR LA LETTRE DE CHARLES-QULNT · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LA LETTRE DE CHARLES-QULNT

Dans la situation où se trouvait l'empereur, une lettre polie et amicale était convenable. Celle de Charles pouvait même être affectueuse ; mais certes le respect de soi n*en autorisait pas davantage. Or, il y a ici plus que cela , et plus qu'il ne fallait; il y a des protestations d'attachement et une affectation d'intimité qui seraient de l'hypocrisie , si elles n'étaient presque forcées, si du moins elles n'étaient autorisées par le langage général du temps.

Ce langage était non-seulement cérémonieux, il était empressé, caressant, flatteur; il était surtout abondant en protestations. U l'est ici. Charles-Quint, d'habitude froid, réservé et taciturne, a de belles paroles pour tout le monde, pour le roi, pour ses enfants, pour le royaume lui-même. A l'entendre, son département de tous a été jfrw/ (douloureux). H est encore un chagrin (ennui) pour l'empereur, qui sera toujours pour ses neveux, les enfants du roi , le meilleur parent. Il demandera souvent de leurs nouvelles et de celles du roi. U en aura gros désir. La santé de François I*% cet adversaire qu'il a appelé en duel à Rome ,

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qu'il a voulu combattre eu loetlaut l'habit bas, lui ist auêâi dière que la sienne. Le roi de France e3t son meilleur frère*.

Nous l'avons dit, ce style ressemble parfaitement à celui de Marguerite, qui eat taptus que bonne sœur. Mais si un tel style convient et s'il est même excusable dans la lettre d'une sœur, d'une mignonne, il n'est pas digne du langage d'un souverain. Il est contraire au caractère de Charles- Quint , et il choque dans une lettre écrite tout entière de sa main.

En effet, cette par&ite amitié qu'il proclame, elle ne tient que tout juste le temps nécessaire pour sa sortie de France. Passé la frontière , il n'en reste plus rien , et l'empereur sommé d'accomplir sa promesse relative au Milanais, répond de Flandre , d'abord une lettre dilatoire , puis la déclaration, qu'il n'a rien protnis. Enfin, pour se débarrasser de cette affaire , il fait à son fils Philippe donation perpétuelle du duché de Milan , dès le mois d'octobre 1540.

Il ne se conçoit rien de plus humiliant pour l'humanité que le spectacle donné par les deux princes les plus puissants de l'Europe. En efi'et, la conduite de François 1*', qui a voulu être magnanime à Paiis, n'est pas plus digne que celle de Charles-Quint, qui veut être affectueux en Flandre, mais qui n'y veut pas avoir de mémoire; dès que celui-ci se joue de sa parole, celui-là se repent de sa vertu. Il va jusqu'à punir Anne de Montmorency de lui avoir donné le généreux conseil de ne pas afmser, conseil qu'il a suivi. Et cela se passe au temps des mœurs graves et religieuses! On le voit

* Les If Urea écrites à François I'' par Charlps-Quiot n'étant encore que prince de CasliUe sont néceasairenient plus cérémonieuses encore. Voy. l^nt ,' Correspondent KarU V, t. I, p. 48. Charles appelle François : « Monsieur mon bon père , » et se qualifie de : « Votre humble Slz et vassal. •

aisément, les sentiments moraux, si affaiblis qu'ils soient aujourd'hui, ont fait cependant un pas immense depuis trois siècles. Ce qui s'est passé au xvr siècle entre les deux premiers princes de l'Europe ne serait plus possible aujourd'hui entre leurs successeurs , quels qu'ils soient.

J'ignore si , sous d'autres rapports , ceux de la corruption diplomatique , les mœurs sont demeurées les mêmes, et si ce qu'on trouve indiqué dans la première de ces deux lettres , celle de la reine de Navarre, doit se ranger dans la catégorie des influences devenues impossibles, des choses qui n'ont plus cours aujourd'hui ou dans celle des voies et moyens qui se sont conservés malgré tous les progrès.

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