‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 58 sur 142 · REMARQUES SUR LA LETTRE DE MARIE STUART · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LA LETTRE DE MARIE STUART

La belle reine cl*Ëcosse a écrit souvent à son frère le roi (l'Espagne, qui avait demandé sa main pour son fils, pour ce môme don Carlos dont l'histoire a célébré, avant la poésie, les amours malheureuses pour Elisabeth de France. D'ordinaire c'est des dangers où la religion commune de Philippe et de Marie est en Ecosse qu'elle entretient ce prince, comme elle en entretient sa femme, la reine Elisabeth, son ministre, le cardinal Granvellc, ou leur chef spirituel à tous, le pape. Ici c'est pour une affaire particulière qu'elle lui écrit du chftteau de Sheffield, celle de ses prisons où elle passa quatorze ans et qu'elle appelle ailleurs son es f roi te prison. Ce dont il s'agit ce n'est qu'im congé pour une dame de la cour d'Espagne. Mais cette dame qui est mal à son aise ou malade à la cour de Philippe II , c'est la duchesse de Féria. Celte dame est-elle attachée au

service de la reine ? est-elle une des dotnestiques du roi , comme on disait alors? je Tignore. Mais dans tous les cas son congé n'est pas chose si aisée qu'elle peut le paraître ; ce qui le prouve , c'est qu'il faut l'intervention d'une reine malheureuse elle-même pour obtenir cette grâce , et que l'intervention royale a été sollicitée. Cela est évident. Cela résulte de toute la tournure de la lettre. Aussi que de précautions la reine est obligée de prendre ! Philippe est si ombrageux , Philippe compte pour si peu la vie de ses serviteurs , Philippe est si jaloux de leur dévouement ! C'est pour cela qu'on lui dit ces trois choses : Il y va de la vie de la duchesse ; cependant ce n'est pas elle , ce sont ses parents , qui solliciteront le congé ; c'est si peu elle qu'elle n'y acquiescera môme pas, à moins que le roi ne lui commande de voyager. Elle sera d'ailleurs au service de Philippe , en quelque lieu qu'elle se rende.

On n'est pas plus ingénieux que Marie , et on n'est pas plus simplement dans le vrai. Elle sait qu'il n'y a pas d'autre moyen de réussir, et elle veut réussir pour la duchesse, u C'est mon amye; je l'ay chère, » dit-elle. Rien de plus délicieux que cette simplicité d'expression , si ce n'est le sentiment qui la lui inspire. J'ignore si ce tour de phrase ,ye Vay chère, était alors commun en France , mais je sais qu'il s'est conservé ailleurs.

La duchesse de Féria , l'amie de Marie , était-elle la femme du duc de Féria qui joua un rôle à Paris dans les intrigues et dans les guerres de la Ligue, sur lesquelles notre attention va être appelée par les textes qui suivent ?

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