‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 59 sur 142 · LETTRB DB HENRI IH A SIXTE-QUINT · texte numérisé non relu

LETTRB DB HENRI IH A SIXTE-QUINT

M6ra nmiMVÊTiTi.

Le b^au-firère do Marie Stuart eut comme elle le tort de donner légèrement sa confiance « et son règne est cité , à juste titre, comme le type d*une ère de favoris. Cependant Henri III ne consulta en France que des Français, et s^il écouta souvent ses mignons ou sa mère , il sut du moins écouter aussi ses ministres et ses magistrats.

Parmi les conseillers de Marie Stuart nous avons rencontré tout à l'heure le cardinal Nicolas de Pellevé , évêque d'Amiens. Ce prélat, par des prétentions peu justifiées, donna lieu , de la part de Henri lU, à une lettre qui , dans la circonstance difficile où elle fut écrite, fut un modèle de sa* gesse pour les principes, et de convenance pour le langage.

En effet, voici la situation où se trouvait Henri III quand il la fit écrire. La Ligue, au service du duc de Guise, venait de formuler ses prétentions. Le 13 février 1588, elle avait rédigé à Nancy un Mémoire en onze articles, dont les principaux portaient : la publication du concile de Trente , rétablissement de rinquisition et le changement du gouvernement de rÉtat. Elle avait préludé à ce changement par la journée des barricades; elle n'était pas allée jusqu'au bout, mais elle avait chassé le roi de Paris , et elle avait exclu du

trdne le roi de Navarre. Elle comptait fiùre le reste aux ttata de Blois dont Henri in fit l'ouverture le 10 octobre. Et telles y étaient les chances du duc de Guise qu'il n'y eut plus enfin aux yeux du roi qu'un seul moyen de conserver la couronne : c'était d'dter la vie au chef de la Ligue. Henri 111 n'était pas encore arrivé à la pensée de ce crime , qu'il n'accomplit que le 28 décembre. Mais il sentait déjà toute les difficultés de sa position, lorsqu'il fit écrire, le 15 novembre, la lettre suivante, où il défend si noblement ses droits vis-à-vis de SixteV , dont l'assistance lui est si nécessaire.

HENRI m AU PAPE.

[Copie. -^ Coâicet gallici de la Bibl. du Roi , à Berlin. Cod. 3S in-folio.]

Bloit, 16 novèmbrs f6lS.

Très-sainct Père, nous avona ehtendu que le cardinal de Pellevé Teot mouvoir quelque diffé* rent en cour de Rome pour une pension qu^il prétend sur Tarchevesché de Narbonne , [ce] qui seroit vraye trop préjudiciable à nostre auctorité et aux droicts de nostre royaume , attendu que nous auons notables intérests en la forme de la constitua tion d'icelle pension* Au moyen de quoy, le dit différent estant entre deux cardinaux nos subjects, et le dict bénéfice ez terres de nostre obéissance , ne pourrions souffrir que le jugement s'en fist ailleurs qu'en nostre justice.

A cette cause nous en avons voulu escrire à votre Saincteté p à ce que son bon plaisir goit , comme

nous Yen supplions , nous faire renuoyer le tout pour en estre décidé et traicté en nostre dicte justice, ainsi que nostre amé et féal conseiller d'Estat et ambassadeur près vostre saincteté , le marquis de Pisany, luy en fera plus particulièrement instance de nostre part.

Etsurce^ très sainct Père , nous prions Dieu^ etc.

. Henry.

REMARQUES SUR CETTE LETIRE

La preuve que le roi de France réclame dans une affiiire où le droit et l'usage ne sont pas très-nettement pour lui , c'est qu'on peut en saisir la cour de Rome directement , sans passer par celle de France, et qu'il peut intervenir de Rome une décision qui aflhiblirait l'autorité et les droits du royaume. Si Rome donne la pension sans consulter le Roi , la couronne est blessée. Pour la question de fond, la pension^ point de difficulté. On ne la refusera pas au cardinal; mais on a en France un notable intérêt en la forme. Les deux cardinaux qui se disputent le bénéfice sont Français ; il est es terres d'obéissance française. Si Rome en dispose sans le roi , le droit de la France de disposer de ses bénéfices , le droit du roi , est violé. Or cela serait d'un exemple funeste au moment où une faction plus forte que lui foule aux pieds son autorité. Nous ne pourrions souffrir, dit Henri III, que le jugement se flt ailleurs qu'en notre justice. Ces mots sont nobles et fermes , mais ils sont adoucis par ceux qui suivent : Nous supplions votre Sainteté, que ce soit son bon plaisir,

Henri est d'ailleurs très-décidé à l'emporter; son ambassa-

deur suivra Taifaire. Et c'est là ce qui mérite d'être remarqué , c'est l'importance mise à une question de prérogative dans un moment où les Ëtats de Blois sont réunis , où il s'agit de ressaisir le sceptre, de se délivrer de Guise et de la Ligue , de redevenir roi comme on l'était avant la sainte fédération.

Sous le rapport du style, ta lettre est remarquable aussi. Semblable à celle de Marie Stuart par le ton de convenance et de politesse, elle l'est encore par la simplicité et la pureté de la forme. Le langage a fait des progrès sensibles ; on touche encore à la Rénaissance , toutefois on en répudie déjà la flatterie prétentieuse et bavarde.

Mais avec les défauts de l'érudition avaient disparu l'instruction solide , l'étude des classiques anciens. On s'en oc^ cupait peu sous Henri III ; on n'aimait que le sermon , la controverse , le libelle , le roman ; en un mot on était tour à tour ergoteur, dévot, licencieux et fanatique. Or rien n'altère plus les lettres que ces mœurs-là.

Le successeur de Henri III fut beaucoup plus lettré que lui; mais il ne régnaque l'espace de vingt et un ans, et comme les mœurs ne se transforment pas sensiblement dans un temps aussi court, le progrès des lettres ne fut pas non plus très-sensible, du moins dans le langage . Un document émané de Henri IV, et que nous allons donner, indique même une sorte de retour sous ce rapport.

U est vrai de dire , toutefois, que cette pièce est un peu antérieure à celle que nous venons de publier, et qu'elle est écrite dans le goût de la cour de Navarre.

LETTRE DE BDENRI DE NAVARRE (nnng, nxti iv)

A CàTHIIIINB DB MfiDlCIS.

VOTK UinODOCtlYI*

Beim deNatarre, né le ISdéceoibre !&&&> avait Mtimré avac soin, soil à Pari», soit à Pau. Sa m^, Jeamie d'Albrat, (ligne fille de Marguerile d'Angoidéme , plus aavanta et «ir-* tout plus sérieuse qu'elle , lui avait donné pour précepteura « d'abord La Gaucherie , puis Flovent Chrétien y un des boauuea les plus instruits de son temps. On lui fit apprendre lagreot lire /es Yie$ dePlutarque» pourlesqueUeailsepsa* sionna en recourant à la versi<»i d'Amyot» et lea Cemmem^ tm^s de César» qu'il traduisit en français ^ Casanbm n^ porte qu'il a vu cette version écrite de la oaein du prince. Les guerres civiles ne lui permirent paa d'achevé sea études , mais la malheur acbeva son éducation. Dès rige de qua^ torze ans il fut jeté par sa mère dans lea phis grandes agi-* talions de l'époque. Et dès l'âge de dix-neuf ans , privé de sa mère et uni à la sœur de Charles IX, il eut à lutter, sous le

* Oa en voit , à la Bibliolhéqae du Roi , les cioq premiers livres avec les correctioos de La Gaucherie. Barbier, Sxameti critique et complément des Dictiomaires hiêtoriqueê, 1. 1 » p. 178.

titre de roi, contre toutes les difficultés d'une position pleine d'embarras et de périls. Rendu à sa liberté et à ses coreligionnaires, il ne fut au-dessous de ses devoirs et de sa mission de chef de parti ou de la réfoime que dans les moments , trop nombreux , où il se livrait à ses penchants pour les femmes avec plus d'abandon qu'il ne convenait à un prince de son génie.

Quand il écrivit la lettre que nous publions , il était dans la position d'un prétendant exclu du trône par un acte formel. Dans un manifeste daté de Péronne [31 mars 1585] , son oncle le cardinal de Bourbon , qu'on affecta, quatre ans plus tard, de proclamer sous le nom de Charles X, avait attaqué ses droits pour cause d'hérésie, et déclaré qu'il prétendait lui-même à la couronne. Il avait promis dans cet acte, aux divers Ëtatsdu royaume^ tout ce que les prétendants ont cx>utume de promettre, et proclamé la religion que professait Henri comme un obstacle invincible à son avènement. Henri avait réfuté ce manifeste par un autre daté de Bergerac; mais le roi s'était uni à la Ligue par un traité fait à Nemours le 17 juillet.

On sait à quel point ce traité manquait de sincérité et combien le roi de France pencbait déjà pour une alliailce sincère avec le prince de Navarre , qu'on Tobligeùt de firapper. Il ne pouvait toutefois ni lui dire sa pensée réservée , ni faire le contraire de ce qu'il venait de signer. Dans ces sortes de situations on a recours à des intermédiaires. Henri III choisit sa mère, Catherine de Médicis , et d'accord avec elle dépécha au roi de Navarre le marédial Mron, très-aimé des protestants , Brulart de SiUery , depuis préndent au parlement, et M. de Poncarré.

Le roi de Navarre envoya de son côté à sa belle-mère un agent moins illustre , mais qui avait sa confiance , Dupyn.

C'est à ces négociations que se rapporte la lettre qu'on va lire.

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