LE ROI DE NAVARRE (HENRI IV) A CATHERINE DE MÉDICIS
[ Autographe. -^ Bibliothéqae impériale de Vienne. L'original ne porte aacune date. Au crayon on a inscrit celle de juillet 1586. Les négocialions de Henri III avec Henri IV sont de 1586 et de 1587.]
[Janvier 1587?]
Madame ^
Encores que j'aye fet réponse à vostre magesté sur ce qu'yl luy a pieu me mander par mon cousyn M. le maréchal de Byron et par les sieurs de Poncarre, et presydent Brulart, j' envoyé Dupyn vers elle ; duquel je me fye entyèrement pour reseuoir nos commandements, lesquels il me raportera fydelement.
Je nous suplye le uouloyr croyre tout aynsy que moy-mesmes , et le me renuoyer promtement , afyn destre eclarcye de uostre uolonté envers moy.
Et uous assure, Madame, qu'yl ny a rien au monde que je desyre tant que Tonneur et la faneur de nos bonnes grases, et de uous rendre lentyere obeyssance et seruyse perpétuellement que uous a noué et uous doyt, pourueu quyl uous playse luy en donner le moyen et occasion ,
Vostre très-humble et très-obeyssant suget, seruileur et fyls.
Henry*.
REMARQUES SUR CETTE LETTRE
On connaît le caractère facile et la verve expansive du brave Béarnais. Les protestations ne lui coûtent rien, même à l'égard de Catherine de Médicis , qu'il combat depuis longtemps et qui ne lui a jamais voulu de bien. Il lui voue'une obéissance entière, il est son très-hunible sujet, serviteur et fils. Le premier de ces termes peut surprendre de la part d'un prince qui avait le titre de roi et qui n'avait pas d'autre souverain que Henri III. Mais le Béarnais n'y regarde pas de si près; il y a dans son style quelque chose de celui de sa grand'-mère, la cérémonieuse et flatteuse Marguerite.
Cette lettre, que je donne d'après une copie tirée par moi -même sur l'original et avec une orthographe différente de celle que M. Michelan a transmise à mon savant ami , M . Berger de Xi vrey , n'est d'ailleurs qu'une lettre de créance pour Dupyn. La véritable négociation fut verbale. On la devine. Elle préparait la jonction des armées royales en 1589, qui suivit de près la mort de Catherine et précéda peu celle de Henri III.
Une autre lettre de Henri IV écrite dans des circonstances très-différentes, quand déjà il est assis sur le trône de France, et que son absolution est reçue à Rome, grâce aux négociations de MM. Dossat et Du Perron, mais quand il a de grandes difficultés à vaincre encore, porte absolument le même cachet. On n'est pas plus caressant que l'heureux vainquem* de la Ligue et des Espagnols.