‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 64 sur 142 · HENRI IV A ISAAC DE GASAUBON · texte numérisé non relu

HENRI IV A ISAAC DE GASAUBON

[Publiée dam Casauboni epUtolœ, Roterodami , mdcciz, 2 volumes

in-folîoyt. I, p. 15.]

Pari«,3 janvier 1599.

Monsieur de Gasaubon ,

Ayant délibéré de remettra sus l'université de Paris j et d'y attirer pour cet effet le plus de savans personnages qu'il me sera possible ; sachant que le bruit que yous avez , d'être aujourd'hui le premier de ce nombre : je me suis résolu de me servir de vous pour la profession des bonnes lettres en la ditte Université. Et vous ay à cette fin ordonné tel appointement que je m'assure que vous vous en coateuterez. Partant vous ne faudrez , incontinent la présente receue, devons préparer à vous acheminer par deçà, pour vous y rendre le plustôt que le pourrez commodément faire.

Et afin que l'obligation que vous avez d'enseigner en ma ville de Montpellier, ne vous puisse retenir ou retarder, j'escrîs présentement aux oon* «uls d'ieelle, qu'ils aient à vous en tenir quitte et deschargé , et à vous assister de ce qu'ils pourront en vostre voyage : pour les frais duquel j'ai donné Tordre que vous entendrez par les lettres du sieur deCalignon, conseiller en mon conseil d'Estat, sur

laquel ma remettant je ae voui eo diray icy davantage.

Sur ce je prie Dieu , Monsieur de GasauboU; qu'il vous ayt en sa sainte garde*

Escrit à Paris ce 3' jour de janviçr 1 599*

RBifÂBQcn nm am LBFm.

L'université de Paris avait besoin d'4tre remise sue au sqi^ Ur des guerres de religion et du gouvememant de la ligue. Benri IV s'occ«va de cette tftçb^i si digne du petite da Marguerite de Navarre , avee un intérêt qui n'a pas été assex reoiarqué au milieu de tant d'autres œuvres de restaura* tion que la Franee a dues au génie de ee prince. Il était s^ condé dans cette entreprise par quelques^uos des Gammes

les plus célèbres de son règne , Achille de Harlai et Auguste

de Tbou. Cette entr^jirise n'était pas aisée. S s'agiswt de (aire pénétrer dans trois corporations un peu vieilles iij/k^ j'entends la (acuité de ttiéologie» la ^ulté de droit et la fo« cuUéde niédeeine, des études et des idées nouvelles, celles de la Benaissance, la pbilosopbie ancienne, les lettres greo» ques et latines. Ce n'était pas tout» Il fallait y fiiire arriver aussi les nouvelles études de pbTsiquei de oiatbéro^ues et d'biitoire naturelle. Pour cela , on aurait àt tenter ce que le fondateur de l'Université de Franee At en 1808 , WHiter aux trois bcuUés anciennes deux liMadlés pouvelles« celle des

sciences et celle des lettres. Mais les sciences n'avaient pas

encore reeu un développement qui les rendit dignes de cette élévation ; on les mit donc aveo les lettres dans une mém^ (aeulté dite des arts , et destinée à préparer les étudiants auj( trois autres.

C'était déjà un grand pas. Henri IV en fit un autre en ré* glant mieux les études de ces facultés , les rapports des étudiants avec leurs maîtres, et tout ce qui concernait les grades universitaires.

Les statuts qu'il fit à cet effet ofirent un des monuments les plus curieux à consulter pour Thistoire des études et celle des mœurs à la fin du xvi* siècle. Ils sont intitulés :

Leges et statuta in usum Academiœ et universitatis Pc^ risiensis, lata et promulgata anno Domini 1598, 13 septembris , jubente et mandante christ, et invietiss. Francorum et Nav. rege HjDoaco IV.

Ces statuts sont distingués suivant les fieu^ultés.

Celui de la Faculté des arts est en soixante-seize articles. U embrasse les collèges , dont les directeurs sont appelés gymnasiarques , maîtres et pédagogues. Les élèves ou les étudiants sont qualifiés de bursarii et de scholastici, les appariteurs de bidelli. Le roi y prescrit l'étude des principaux historiens , orateurs , poètes et philosophes de l'antiquité.

Le statut de la Faculté de médecine est en soixante-six articles. Les étudiants doivent assister fréquemment (/requenter) aux leçons et aux thèses. Les professeurs, quand ils font leurs cours publics, doivent porter une robe (talare)^ une robe à manches (manicata)^ un chapeau carré ipileum) et la chausse rouge (humerale coccinum).

Les statuts à la Faculté de droit canon sont résumés en trente-sept articles, dont le sixième veut que l'étudiant écrive fidèlement les dictées du professeur, et qu'il ne se présente ni mal vêtu , ni en chlamyde militaire , ni en toge de plusieurs couleurs.

Les statuts de la Faculté de théologie , en cinquante articles, prescrivent qu'il soit fait des lectures de l'Ancien et du Nouveau Testament, d'après les scolies et les commentaires des Pères. Les docteurs de la Faculté doivent éviter

les jeux de paumes [sphœristeria]^ les cabarets et les autres lieux profanes, ainsi que les gens de mauvaise compagnie.

Ces statuts furent complétés par des articles supplémentaires fiuts en parlement le 25 septembre 1600. Mais aucune modification fondamentale n'y fut apportée avant Tépoque de Rollin.

C'était à la Faculté des arts que les amis de Casaubon avaient fait appeler le célèbre humaniste de Montpellier , le premier de son ordre. Le poste était honorable mais difficile. L'université de Paris n'était ni morte ni trop maltraitée. Quelques-uns de ses professeurs avaient au contraire une existence distinguée et vivaient avec une sorte de luxe , qui allait jusqu'à effirayer leur futur collègue de Montpellier. Mais la difficulté pour un homme de la religion de Casaubon , c'était de bien s'établir dans l'opinion de ses collègues et de savoir concilier la liberté de sa parole et de sa conscience avec le besoin qu'il avait de la bienveillance du roi. Or ce prince se plaisait singulièrement à faire des prosélytes dans les rangs de ceux dont il s'était séparé en disant que Paris valait bien une messe; la lettre de Henri TV nous montre que tout dépendait du roi dans l'Université, qu'il nommait directement les professeurs, sans aucune proposition, sans aucun vœu exprimé de la part des Facultés ; qu'il fixait à la fois les appointements de ceux qu'il appelait et les frais de route qu'il voulait bien leur allouer. Ce privilège est demeuré debout dans plusieurs Ëtats de l'Europe , et les études y sont aussi florissantes qu'ailleurs. Ce ne sont pas les lois qui sauvent, c'est le bon gouvernement des choses , et le fait est qu'an temps de Henri TV on ne pouvait pas abandonner les choix aux corporations.

À en croire la lettre de ce prince , qui se vante peut-être un peu , son intention était A' appeler à Paris le plus de savants qu'il lui était possible. Il en a fort peu appelé en

réalité. Mais lé choix de GasAubon fiit etcellent. Lé bruit qu'avatt M. de CasùuboH , d'être U premier du nthnbrê , était-11 fondé ? et avatt-U mA déterminé cé choix , ainsi que l'assure le roi ?

Il s'en faut. Ce n*eèt là que dd style offldel.

Et d'abord Gasaubon était loin alors d'être le premier, car Scaliger et plusieurs autres qui avalent plus de science et d'Illustration que lui , vivaient encore.

£n second Heu , c'étaient les amis dé Gasaubon à Paris qui avalent sollicité son appel et obtenu lôs allocations ou les promesses désirables.

Quant à ces dernières, Gasaubon y tenait d'autant plus qu'il était plus malheureux sous ce rapport à Montpellier et que la maison de son beau^père , Henri Ktienne , se dérangeait davantage k Genève. Mais malgré l'inten^ention di^ recte du roi , cette aifàire ne se termina pas et l'illustre Savant ne put arriver h Paris aussi promptement qu'on le souhaitait de part et d^àutre. Gela se conçoit. Les lettres de cour ne connaissent pas de difficultés. Or celles-ci ne s'accommodent guère des hypothèses officielles, et voici une série de lettres de famille, de lettres d'intérieur, qui ré* vêlent des obstacles de tous genres.

Ge sont des lettres de Gasaubon.

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