M>** DB SCUDÉRY A M. NUBLÉ
[Auto^aphA. — Manuscriu Hahendorf, in-folio 136, 2. Bibliothèque
impériale de Vienne.]
[Sana date.]
C'est en vain^ Monsieur, que vous me fuyez, car ie suis résolue de nous auoir de Tobligation , et de pouuoir dire avec quelque vraysemblance , que vous estes de mes amis \ Je vous deffie mesme hardiment de me reffuser la grâce que ie m*en vay vous demander.
En efîest, scachant qu*elle [sic] est vostre vertu et vostre équité , ie ne pense pas que vous puissiez scavoir quUl y a une orpheline de douze ans qui a besoin de la protection de M. le président de Bailleul , sans auoir aussitôt enuie de luy donner le placetque ie vous enuoie. Car, si vos amis vous eonnoissent bien, il n^est pas en vostre pouvoir de vous empescher de faire une action de vertu quand roccasion s'en présente. Je vous promets pourtant, Monsieur, de vous estre fort obligée de vostre solicitation, quoy que ie sache bien que M. le président de Bailleul est un des sages du monde qui a le moins de besoin d' estre solicité , parce qu^il est un des plus équitables. Si vous aimiez les remer-
' Je eonaenre rorthofraphe , mais je corrige la ponctuation et je meU
lo« alinéa.
ciments > ie m^ engagerais a vous faire remercier par MM. Ménage, Conrart, Chapelain, Pelisson et plusieurs autres de vos amis qui sont des miens. Mais comme ie n'ay garde de vous soupçonner d'aimer une chose si peu solide, ie me contente de vous assurer, qu'en m^obligeant vous obligerez la personne du monde la plus reconnoissante et qui , sans que vous le scachiez, admire le plus vostre vertu.
Madeleine de Scudery.
A rextérieur : « Pour M. Nublé. •
REMARQUES SUR CETTE LETTRE
Il est inutile de dire qu'elle est écrite avec une grftce charmante et qu'on y trouve toute cette abondance de nMes sentiments et d'idées élevées qui firent la renommée de l'auteur.
Il y a de l'apprêt dans l'ensemble , et le ton qui domine le tout est loin d'être celui d'une élégante simplicité. C'est , au contraire, celui du dicours ingénieux, recherché même. Mais ce qui l'excuse, c'est que ce n'est pas une lettre d'intimité. L'auteur écrit à un avocat qui est honrnie de lettres et dont elle désire se faire un ami ; mais sa liaison avec lui n'est pas établie, elle a besoin de s'appuyer, pour se faire entendre , des noms de leurs amis conununs. Et cependant elle tient à réussir auprès de M. le président ; car il s'agit d'une orpheline de douze ans . Or, en vérité, quand il s'agit d'une telle œuvre, il faut pardonner à l'auteur de Clélie de montrer beaucoup d'esprit , de s'écrier dès le début : Je vous défie hardiment de me refuser la grâce que je vais vcus demander, etd'igouter:
Si von amis vous connaissefit bien, il n'est pas en votre pouvoir (le vous empêcher défaire une action de vertu, quand Voc" casion s'en présente.
Je joins à cette belle lettre trois billets de M^^' de Scudéry . Ce& petites missives ne signifient presque rien ; mais elles sont si gracieuses qu'on me pardonnera de les avoir imprimées. Les originaux, tous écrits de la main de l'auteur, se trouvent au dép4t indiqué.
Jeudi [tans autre date].
De grâce, Monsieur, ayez la bonté d'envoyer ma lettre à M. 1 abbé de Marment par l'ordinaire de demain, et faites-moy l'honneur de croire que ie suis très-Bincèrement vostre très-humble servante'.
Je vous remercie , Monsieur, de Tadvis que vous me donnez.
Je sçay que si les ordres ne changent pas, Fouquet partira demain, dès la pointe du iour.
Ainsi nostre incertitude cessera bien tost'.
Je vous envoyé quatre liures, que M"*" de Beansen vous prie de donner à M. le procureur général de la cour des Âydes.
' Sans date ni adreMe.
* Sana date ni adresse. Méiitc écriiore. Point de tigaature.
Elle vous sera bien obligée ^ ai vous le priez de donner des conclusions favorables à son parent, lorsqu'il lui portera les pièces qui concernent son affaire.
le vous donne le bon iour, et ie vous prie de vou& bien informer de U Mothe. Au palais > U déclaration qu'il a faite fait grand bruits