LETTRE DE GODEFROY A C.RONOVIUS
ROTS inTRODUCTlVe.
41 est très-vrai que Casaubon, le type du savant dans la génération précédente, se préoccupait aussi d'une pension, et qu'il tenait singulièrement à ce qu'elle fût bien réglée à Toccasion de la conférence de Fontainebleau. Cependant nous n'aurions , de l'état des lettres et des mœurs à l'époque de Fouquet , qu'une idée incomplète , si nous n'ajoutions quelques traits à ceux que la correspondance de Casaubon , si pleine de détails d'intérieur, de soucis et d'émotions de famille, nous a fournis sur une autre génération.
Casaubon , au service de deux princes généreux , et chez tous les deux assez haut placé, n'avait besoin d'aucune largesse du dehors , d'aucun don , ni d'aucune grftce proprement dite. Pour lui, il ne s'agissait que d'émoluments régulièrement payés.
Il n'en était pas ainsi de tous les savants. Il y en avait d'illustres et pauvres qui appartenaient à des nations très-studieuses à la vérité , mais peu libérales envers les gens de lettres. Pour ceux-là , il y avait presque nécessité de chercher, par-dessus les louanges de l'admiration et les accents de la renommée qu'on leur accordait très-libéralement , des avantages plus solides et des encouragements plus propres à soutenir leur ardeur.
Quelques-uns des hommes les plus éminentsdu xvn* siècle
furent dans ce cas. Le document suivant , émané de Godefroy le fils, nous le dit, au sujet d*un des compatriotes les plus distingués deYossius. J'entends Gronovîus, qui parait avoir attaché le plus haut prix aux distinctions venues de France. J*ai choisi ce document au milieu d'un assez grand nombre d'autres que j'ai eus entre les mains dans la même collection , et qui ont le même objet.
La lettre n'est pas de Godefroy le contemporain et le correspondant de Casaubon , elle est de son fils , qui fit plus de chemin avec moins de mérite que son père.
Denis Godefroy [le père ] , né à Paris, était sorti de France pour cause de religion. Il fut professeur à l'université de Strasbourg, et ensuite à celle de Heidelberg. Et en vain Louis XIII chercha-t**il à le détacher de ce poste, quand il vint auprès de lui chargé d'une mission de l'électeur du Palatinat. Godefroy retourna en Allemagne et mourut à Strasbourg, huit ans après Casaubon.
Son fils , Théodore , né à Genève et élevé à Strasbourg, quitta cette ville et la Réforme, pour se faire recevoir avocat au parlement de Paris, fut nommé historiographe, et dépouilla comme conseiller souverain de Lorraine les archives de Nancy. Il accompagna le cardinal de Lyon [frère aîné du cardinal de Richelieu] au congrès de Munster. Ce fut là qu'il connut le comte d'Avaux , un des négociateurs du traité de Westphalie , et qu'il eut occasion de servir la cause des lettres dans la personne de Gronovius.
C'était son devoir de le servir, car il était ami des lettres à ce point qu'on a de lui bon nombre de volumes manuscrits , conservés à la Bibliothèque du Roi.
Gronovius , qui fut pendant trente ans le centre d'une correspondance étendue et savante , a écrit à Godefroy une lettre ostensible , qui allait , au fond , à l'adresse du comte d'Avaux. C'était un morceau de style qui avait pour but d'obtenir une gratification .
Godefroy vient apprendre au savant l'effet qu'a produit cette première démarche.