LETTRE D'ADRIEN DE VALOIS A NUBLÉ
NOTB IRTRODUCTITE.
Déjà le goût de Térudition religieuse était si vif qu'on se disputait sur ce terrain avec autant de violence que sur celui de l'érudition profane. La lettre que nous aUons publier fournira la preuve d'une animosité effroyable. Pour comprendre cette pièce » il faut se rappeler qu'Adrien de Valois , un des hommes les plus savants et les plus graves de son temps, en était aussi un des plus considérés. Dans toute l'Europe on était flatté de recevoir de ses lettres. Les jours où Burmann et Heinsius en recevaient, étaient pour eux des jours de fête ^ Le roi nomma Valois son historiographe et lui fit un traitement de douze cents livres et une pension. Le duc de Montausier le proposa pour la place, si recherchable , de sous-précepteur du dauphin, qu'il n'accepta pas. C'était à qui lui donnerait le plus de témoignages d'estime et de déférence. Un critique que rien ne faisait reculer , Jean de Launoy, l'attaqua à l'endroit le plus sensible, sur sa dissertation des plus anciennes églises bftties par les rois de France [Disceptatio de Basilicis quas primi Franciœ Reges candiderunt, ItëS^ in-B*»].
* Oo en trouve dans Bunnaoni SyUoge EpUtohrum, v* Toltune.
11 s'ensuivit une guerre de plume vive à ce point qu'où ne rougit plus de se servir d'aucune espèce d'armes.
Nous allons entendre Adrien de Valois se plaindre amèrement des calomnies de son adversaire , et y répondre par des insinuations et des calomnies non moins blâmables. Abstraction faite de cette faute si grossière, aggravée par un mot plein de réticence : <« Je lui pardonne de bon cœur; » mot démenti dans la phrase suivante, on n'imaginerait rien de plus touchant , de plus émouvant que cette lettre.
Il ne faut pas d'ailleurs que la faute de Valois nous rende indulgents pour celle de Launoy , encore moins pour celle de Ménage, qui n'était pas offensé comme lui , et que rien n'excuse d'avoir fait de son cercle l'écho d'une calomnie aussi terrible pour la généreuse famille des Valois. Ku effet , les Valois étaient une famille noble , originaire de Normandie. Adrien, né en 1607, mort en 1692, était seigneur de la Mare , son frère, seigneur d'une autre terre.