LETTRE DE LOUIS XIV AU DUC DE MANTOUE
MOTI INTRODDCTIVR.
Le goût des études graves , et en particulier celui des études religieuses , fut vivement appuyé par la politique de Louis XIV, par son intervention directe et énergique dans les aflUres de TËglise et par sa pensée dominante , le rétablissement en France de l'unité religieuse.
Dans rintérét de cette unité , rompue par des divisions anciennes et menacée de plus par des divisions nouvelles , celles du jansénisme et du molinisme , il était nécessaire qu'on remontât plus que jamais aux sources mêmes du christianisme , aux doctrines des Pères , aux anciennes décisions de rËglise. Cela devenait une sorte d'obligation pour tous les grands corps de l'État , et dès lors pour les magistrats , pour tous les personnages qui y aspiraient.
De cette situation il résulta , pour les discussions religieuses, une sorte de curiosité et de sympathie qui n'étaient pas allées aussi loin même au moment des débats de la réforme , et jamais peut-être l'instruction religieuse n'a été aussi complète ni aussi étendue en France que dans la seconde moitié de ce dix-septième siècle qui est celui des plus beaux génies de la nation. C'est une preuve de plus que les études de religion sont celles de toutes qui retrempent le plus fortement les eaprits.
Louis XIY, qui donna toujours l'exemple du ros|M0t d^ choses sacrées, Mlit d'abord les compromettre par ses mœurs.
En effet , la période de son règne où il prépara sa glmre, c'est-à-dire la période de son émancipation politique, fut aussi celle de son émancipation morale. Disons plus vrai , ce fut celle de ses plus grands égarements. En se mettant au-dessus de toute critique comme chef de gouvernement et dans sa vie publique, il crut aussi pouvoir se mettre au-dessus de toute règle et de tout contrôle oonmie prince , et dans sa vie privée.
Nous allons publier trois documents qui se rapportent à cette époque. Le premier est de la propre main de Louis XIY, et qui a trait à ses relations politiques. Le second n'a pas le même degré d'authenticité ; il est tiré d'une correspondance secrète. Le troisième n'a trait qu'à sa vie privée , mais il en rappelle un des épisodes les plus fameux, et il est digne d'une attention égale, soit comme morceau de littérature, soit comme document de mœurs.
Le premier de ces documents est une lettre écrite au duc de Mantoue par Louis XIY , et de son propre style, à l'âge de dix-huit ans. A cette époque, le fier monarque ne déployait pas encore toute sa hauteur. Cependant cette lettre est postérieure à la fameuse scène du parlement, et l'on peut dire qu'il y règne im sentiment de dignité qui répond admirablement à l'idée qu'on se fait de Louis XIV complètement émancipé.