LETTRE DE CONDILLAC
NOTE INTRODUCTIVE.
Ce qui faisait croire au comte de Tressan et à tous les gens de lettres du dernier siècle qu'ils étaient philosophes , c'est que le principal philosophe du temps , à l'exemple de Locke , et comme pour se tromper lui-même sur la gravité des problèmes qu'il agitait , avait mis cette science à la portée de tout le monde , et l'avait jetée partout , dans tout le domaine de la pensée.
En effet, Condillac, dont l'intelligence était aussi lucide que facile , communiquait les qualités de son esprit à tous les sujets qu'il traitait, et il les traitait tous, l'histoire, le commerce , la politique et le calcul , comme la grammaire , la logique, la métaphysique et la morale. Rien ne l'arrêtait, et il ne s'arrêtait sur rien.
Or , l'abbé de Condillac , né à Grenoble en 1715 [ mort en 1780], et son frère, l'abbé Mably, étaient liés avec tout le monde, avec les gens d'Église et les gens de lettres, comme avec les philosophes, Diderot , Rousseau , Duclos. Condillac était très-réservé et n'aimait pas à se dissiper, à se répandre dans le monde, où tout s'efface en se nivelant. 11 cessa même d'aller à l'Académie dès qu'il y eut été reçu , conduite peu digne d'un philosophe. Mais il aimait singulièrement, comme tous les penseurs et tous les écrivains, i\ i('*gner par sa pens<^e et ses écrits. Il recherchait par consé-
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quent les juges et les arbitres de la renommée. Il ne put ni ne voulut se dispenser de faire sa cour au tribunal le plus libre et le plus impartial que la philosophie eût alors en Europe. Il adressa quelques-uns de ses ouvrages au secrétaire de l'académie de Berlin , obtint immédiatement un article flatteur dans le journal de Formey, et une invitation à faire connaître tous ses écrits à ce dernier. C'est à cette lettre de Formey qu'il répond la suivante.