I.ETTRE DE M. DE MALESIIERBES A AJ. (iROSLEY
NOTE IlfTRODUCTIVE.
M. de Malesherbos, né en 1721, ^levé par le père Porée, le célèbre instituteur de Voltaire , fut nommé conseiller au parlement à vingt-quatre ans, directeur de la librairie, et président de la Cour des aides , à trente.
Il tint à peu près la même conduite que le philosophe dont nous venons de parler. Il fut grave et réservé par caractère et par position, mais il ne s'en lia pas moins avec Voltaire, Rousseau et Grimm. Il favorisa tant qu'il put les publications patentes ou la circulation clandestine des écrits publiés par les plus libres penseurs du siècle , iti en particulier l'œuvre qui les résumait, VEnci/clopedie.
C'était ainsi qu'il préludait à ses célèbres Remontrances de 1771, qui ouvrirent , dans nos théories de droit public , de gouvernement et d'administration, une ère nouvelle, et que Voltaire lui-même trouva d'une énergie trop dure.
Il n'en était pas encore là, lorsqu'il écrivit à Grosley la lettre suivante.
Grosley, né à Troyes en 1718, avait été élevé à Paris et s'y était lié avec Voltaire , Piron , Lefranc , Bouchardon et beaucoup d'autres beaux-esprits. Aussi ne s'occupa-t-il que do littéi'îjture quoiqu'il eût une charge d'avocat. Il con-
courut, en 1751 , pour le fameux prix de l'Académie de Dijon , décerné à Rousseau. Mais il ne fût pas sorti de son obscurité, s'il n'eût publié, dès 1750, un Supplément aux Mémoires de Camusat sur l'Histoire ecclésiastique de Troycs. Ce petit livre in-12 fit sa fortune. 11 fut enlevé à son entrée à Paris et brûlé.
En 1757, Grosley eut de nouvelles difficultés avec la justice. Ce fut au sujet de ses Éphémérides froyennes, qu'on dénonça au garde des sceaux comme «« l'œuvre d'un homme en qui l'impiété avait étouffé tout sentiment d'honneur, d'humanité et de religion. >»
Est-ce pour le premier ou le dernier de ces ouvrages qu'il réclama près du directeur de la librairie?
C'est ce que j'ignore. La réponse de M. de Malesherbos est également piquante dans l'un ou l'autre cas.