‹ Lettres et pièces rares ou inédites publiées et accompagnées d'introductions et de notesChapitre 52 sur 137 · A CATHERINE DE MÉDICIS · texte numérisé non relu

A CATHERINE DE MÉDICIS

NOTE INTRODUCTIVE.

Henri de Navarre, né le 13 décembre 1653 , avait été élevé avec soin, soit à Paris, soit à Pau. Sa mère, Jeanne d'Àlbret, digne fille de Marguerite d Angouléme , plus savante et surtout plus sérieuse qu'elle, lui avait donné pour précepteurs , d'abord La Gaucherie , puis Florent Chrétien , un des honmies les plus instruits de son temps. On lui fit apprendre le grec, lire les Vies de Plutarque , pour lesquelles il se passionna en recourant à la version d'Amyot, et les Commentaires de César, qu'il traduisit en français *. Casaubon rapporte qu'il a vu cette version écrite de la main du prince. Les guerres civiles ne lui permirent pas d'achever ses études , mais le malheur acheva son éducation. Dès l'âge de quatorze ans il fut jeté par sa mère dans les plus grandes agitations de l'époque. Et dès l'âge de dix-neuf ans , privé de sa mère et uni à la sœur de Charles IX, il eut à lutter, sous le

* On en voit , à la Bibliothèque du Roi , les cinq premier» livres avec les corrections de La Gaucherie. Barbier, Examen critique et complément des Dictionnaires historiques, 1. 1 , p. 178.

titre de roi, contre toutes les difficultés d'une position pleine d'embarras et de périls. Rendu à sa liberté et à ses coreligionnaires, il ne fut au-dessous de ses devoirs et de sa mission de chef de parti ou de la réforme que dans les moments , trop nombreux , où il se livrait à ses penchants pour les femmes avec plus d'abandon qu'il ne convenait à un prince de son génie.

Quand il écrivit la lettre que nous publions , il était dans la position d'un prétendant exclu du trône par un acte formel. Dans un manifeste daté de Péronne [31 mars 1585] , son oncle le cardinal de Bourbon , qu'on affecta , quatre ans plus tard, de proclamer sous le nom de Charles X, avait attaqué ses droits pour cause d'hérésie, et déclaré qu'il prétendait lui-même à la couronne. Il avait promis dans cet acte , aux divers États du royaume , tout ce que les prétendants ont coutume de promettre, et proclamé la religion que professait Henri comme un obstacle invincible à son avènement. Henri avait réfuté ce manifeste par un autre daté de Bergerac ; mais le roi s'était uni à la Ligue par un traité fait à Nemours le 17 juillet.

On sait à quel point ce traité manquait de sincérité et combien le roi de France penchait déjà pour une alHance sincère avec le prince de Navarre , qu'on l'obligeait de frapper. Il ne pouvait toutefois ni lui dire sa pensée réservée, ni faire le contraire de ce qu'il venait de signer. Dans ces sortes (le situations on a recours à des intermédiaires. Henri 111 choisit sa mère, Catherine de Médicis , et d'accord avec elle dépêcha au roi de Navarre le maréchal Biron, très-aimé des protestants, Brulartde Sillery, depuis président au parlement, et M. de Poncarré.

Le roi de Navarre envoya de son côté à sa belle-mère un agent moins illustre , mais qui avait sa confiance , Dupyn.

C'est à ces négociations que se rapporte la lettre qu'on va lire.

Llî KOI DE NAVARRE (HENRI IV) A CATHERINE DE MÉDICIS.

[ Autogryplic. — Bibliothèque impériale de Vienne. L'original ne porte aucune dule. Au crayon on a inscrit celle de juillet 1585. Les négociations de Henri 111 avec Henri IV sont de 158G cl de 1687.]

[Janvier 1587?]

Madame ,

Encores que j'aye fet réponse à vostre mageslé sur ce qu'yl luy a pieu me mander par mon cousyn M. le maréchal de Byron et par les sieurs de Poncarre, et presydent Brulart, j'envoye Dupyn vers elle ; duquel je me fye entyèrement pour reseuoir uos commandements , lesquels il me raportera fydelement.

.le uous suplye le uouloyr croyre tout aynsy que moy-mesmes , et le me renuoyer promtement, afyn destre eclarcye de uostre uolonté envers moy.

Et uous assure, Madame, qu'yl ny a rien au monde que je desyre tant que l'onneur et la faneur de uos bonnes grases, et de uous rendre lentyere obeyssance et seruyse perpétuellement que uous a uoué et uous doyt, pourueu quyl uous playse luy en donner le moyen et occasion,

Vostre très-humble et très-obeyssant suget, seruiteur et l'xls.

Henry.

REMARQUES SUR CETTE LETTRE

On connaît le caractère facile et la verve expansive du brave Béarnais. Les protestations ne lui coûtent rien, même h l'égard de Catherine de Médicis , qu'il combat depuis longtemps et qui ne lui a jamais voulu de bien. Il lui voue une obéissance entière, il est son très-humble sujet, serviteur et fils. Le premier de ces termes peut surprendre de la part d'un prince qui avait le titre de roi et qui n'avait pas d'autre souverain que Henri III. Mais le Béarnais n'y regarde pas de si près ; il y a dans son style quelque chose de celui de sa grand'-mère, la cérémonieuse et flatteuse Marguerite.

Cette lettre, que je donne d'après une copie tirée par moi-même sur l'original et avec une orthographe différente de celle que M. Michelan a transmise à mon savant ami , M. Berger de Xivrey, n'est d'ailleurs qu'une lettre de créance pour Dupyn. La véritable négociation fut verbale. On la devine. Elle préparait la jonction des armées royales en 1589, (jui suivit de près la mort de Catherine et précéda peu celle de Henri III.

Une autre lettre de Henri IV écrite dans des circonstances très-différentes, quand déjà il est assis sur le trône de France, et que son absolution est reçue à Rome, grâce aux négociations de MM. Dossat et Du Perron, mais quand il a de grandes difficultés à vaincre encore, porte absolument le même cachet. On n'est pas plus caressant que l'heureux vainqueur de la Ligue et des Espagnols.

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