Archives du département de' l'Eure
nière[: « Rome est debout, dit-il, abandonnée, sans autre compagne que la Fortune, couchée à terre, en ce temps où elle était près de déchoir et de périr *. » Un membre de l'Institut, consulté par l'École centrale de l'Eure, sur l'origine, la valeur, le sens de la composition de Poussin, veut que cette figure renversée soit la Voie romaine^ et il s'appuie sur l'analogie de cette figure avec une Voie Appienne représentée sur les médailles de Trajan et dans un bas-relief de l'arc de Constantin,
Malgré les arguments invoqués à l'appui de cette conclusion, qui paraît décisive à l'académicien Vincent et plausible à M. Sainte-Beuve, on s'en tiendra, si Ion m'en croit, à l'explication très-autorisée de Bellori et d'Audran, qui ne soulève aucune difficulté sérieuse. Qu'on approuve ou non l'allégorie, du moins il est facile d'en rendre compte. La trahison de Coriolan a ébranlé la Fortune de Rome ; mais les dangers et les revers d'un jour n'abattent pas son génie : il est jeune, il est éternel ; la Fortune va se relever avec lui, il ne tombera pas avec la Fortune. Le sens de cette allégorie, douteux pour nous, n'échappe pas au regard ioquiet de Coriolan : à la vue du Génie de Rome, son génie s'étonne et tremble ; il sent sa faiblesse et remet son glaive dans le fourreau.
Je ne suis guère plus touché d'une autre discussion
1. «Ma chi non loderà Tingegno di queslo pittore? Neir ullimo aogolo del qnadro, flgurô Roma in piedi, abbandonaia, Fe non quanto Taceompagna la Fortuna giacente in terra, nel tempo che slava per cadere e tenir meno. >
qui s'est élevée, non pas sur rauthencité, évidemment incontestable, mais sur Tidentité du tableau des Andelys. Il n'est question dans la vie de Poussin que d*un Coriolan^ destiné au marquis d'Hauterîve •. Estce le Coriolan du marquis d'Hauterive qui est passé dans le cabinet d'un intendant des finances, nommé Boutin, de là au Muséum, puis à Évreux et aux Andelys ^? Cela parait fort vraisemblable. On en a douté, et voici pourquoi. Les amateurs connaissaient deux gravures anciennes du Coriolan; Tune faite par Etienne Baudet, à Rome, du vivant et sous les yeux de Poussin ; l'autre, un peu plus tard, par Audran. Or, ces gravures ne sont pas de tout point semblables. Celle de Baudet reproduit exactement le tableau des Andelys, à l'exception d'une planchette placée dans le tableau aux pieds du héros, et sur laquelle est écrit en lettres italiques son nom : Coriolanus. Celle d'Audraa reproduit la planchette, mais sans rinscription. En revanche, dans la gravure d' Audran, la figure de la Fortune, que le tableau nous montre entre le Génie de Rome et la lance que cette figure tient dans sa main droite, est reculée à gauche de la lance, à Textrémité du tableau ; et Coriolan, de sa main gauche, tient le fourreau de son glaive, tandis que dans le tableau cette main ne tient que les plis de sa tunique.
Ces circonstances autorisent-eUes à supposer l'existence d'un second tableau de Coriolan^ dont les bio-
1 . « Dans le cabinet de M. d'Haulerive est un Corioian v (Félibien).