POUSSIN REVENDIQUÉ POUR LA FRANCE, L'ÉCOLE FRANÇAISE ET LA NORMANDIE
Fénelon conduit rombre de Poussin dans son Elysée poétique* Les rangs sont gardés avec plus de ^oin dans TÉlysée de Fénelon qu'à Texposition de Manchester. Parrhasius dit au nouveau venu : a On vous a marqué une place assez honorable, à la tète des peintres français ; si vous aviez été parmi les Italiens, vous seriez en meilleure compagnie... » A la bonne heure : il serait en meilleure compagnie parmi les Italiens; mais il est à sa place parmi les Français, à leur tête.
Les Italiens, du reste, loin d'accueillir Poussin comme un des leurs, traitent fort mal a ce petit peintre français, » dont la réputation nouvelle les inquiète. Léonard de Vinci, qui parle en leur nom, est si dédaigneux, si injuste, que Poussin finit par perdre patience. • Je vois, disait Léonard (et, dans sa pensée,, la concession est grande), que vous avez assez étudié les bons modèles du siècle passé et mes livres. » — a Sachez, répond sans détours Tartiste outragé, que ce
n'est ni dans vos livres, ni dans les tableaux du siècle passé que je me suis instruit : c'est dans les bas-reliefs antiques, où vous avez étudié aussi bien que moi. »
Je regrette que Fénelon prête à un homme tel que Léonard un rôle si peu digne de son génie et de son caractère. La repartie qui lui ferme la bouche semble méritée ; elle est pourtant d'une vivacité qui va jusqu'à l'excès. Poussin ne doit pas tout aux Italiens, mais Fénelon pouvait en convenir : il leur doit bien quelque chose.
Une scène un peu différente aurait été plus conforme à la vraisemblance. Pour en régler les détails et pour la peindre, il faudrait dérober à l'auteur des Dialogues des Morts son imagination et ses pinceaux. Je nen voudrais hasarder qu'un premier crayon.
Poussin était attendu dans l'Elysée avec impatience. Il arrive, et, de toutes parts, on accourt sur son passage. Mais les Italiens devancent les autres. Autour du divin Sanzio marchent à l'envi Jules Romain et Marc- Antoine, et le Tasse à côté de Titien. Ils saluent Poussin, mettent dans sa main la palme , et sur son front le laurier ^ . Poussin s'humilie devant ce Raphaël dont il admirait tant les tableaux, qu'à peine trouvait-il son Ravissement de saint Paul digne de servir de couverture à la Vision d^ÈzéchieL Du reste, il ne cherche point à se défendre des hommages qu'on lui prodigue : ces grandes ombres ne connaissent plus ni la modes-