‹ Lettres et souvenirs d'enseignement d'Eugène GandarChapitre 5 sur 57 · FACULTÉ DES LETTRES DE CAE^Î · texte numérisé non relu

FACULTÉ DES LETTRES DE CAE^Î

mu DE LITTERATURE ETRANGERE

DISCOURS D'OUVERTURE Prononcé le 8 mai 1856.

Messieurs,

Vous savez que je me propose de consacrer le peu de leçons qui me restent jusqu'à la fin de cette année, à i?ous entretenir de la vie et des principaux ouvrages du plus grand écrivain de T Allemagne moderne. Dans noire prochaine réunion, en vous parlant des mémoires de Goethe, auxquels je demanderai le point de départ et le cadre de ce cours, je vous indiquerai la suite de mes leçons. Mais, avant d'entrer dans cette étude, il semble convenable, presque nécessaire, que nous nous arrêtions ensemble à des réflexions qui se sen»it présentées sans doute à votre esprit , qui ne poui^ient guère ne pas remplir le mien, au moment #ù J6 me préparais à inaugurer dans cette chaire Ten-*

. seignement que M. le Ministre de rinstruction publique m'a fait l'honneur de me confier.

Bien que le décret qui réunit la littérature latine à la littérature grecque, et consacre aux littératures étrangères la chaire où elle était spécialement enseignée, ne crée rien de nouveau, et que la Faculté de Caen ne fasse en ce moment que rentrer sous la loi commune qui régit toutes les Facultés de la province, le changement du titre de cette chaire prête à quelques commentaires, soulève des questions que je veux aborder simplement, avec une entière franchise, avec une entière liberté d'esprit.

Est-ce à dire , Messieurs , que l'antiquité classique ait perdu quelque chose de son importance, qu'elle ait fait son temps, comme on a pu le croire, comme on n'a pas craint de le proclamer? Non, Messieurs, ceux qui l'ont proclamé avaient tort ; ceux qui l'ont cru se sont trompés : l'étude de l'antiquité n'a jamais été plus florissante dans notre pays. Je glisserai sur la critique des textes, dont nous avons (je ne le confesse pas sans quelque regret) laissé le principal honneur à l'Allemagne. Mais en Italie, en Grèce, dans le monde plus lointain et plus obscur de l'Asie, la France a sa belle part à revendiquer dans les heureuses découvertes qui remettent chaque jour en lumière quelque page longtemps perdue de l'histoire des premiers âges du monde. N'est-ce pas un Français qui, par un surprenant effort de patience et de génie, arracha enfin leur secret aux monuments de l'immobile et silencieuse Egypte ? N'est-ce pas un Français, mort

trop tôt, qui a jeté le plus de vive lumière sur la philosophie religieuse de Tlnde, ce berceau oublié des* langues et de la civilisatioD des peuples modernes? Hier, c'était un jeune homme, à peine sorti de nos écoles, qui retrouvait sous un amas de constructions grossières, le plan du majestueux escalier par où la procession sacrée des Panathénées montait avec ses offrandes jusqu'au sanctuaire de Minerve, et nous donnait de TAcropole d'Athènes une description plus scrupuleuse encore que celle de Pausanias, plus savante (est-il besoin de l'ajouter?), animée surtout par ce vif sentiment de la beauté, dont, pour notre malheur, la nature n'avait point doué l'aimable et sincère auteur de la Description de la Grèce. Demain, vous apprendrez sans trop de surprise que la science française a retrouvé sous la poussière de Ninive, comme dans les tombeaux du Nil, une langue qui n'a pas été parlée depuis plus de vingt siècles, et ajoute quelque chef-d'œuvre nouveau à ces commentaires de l'antiquité qui compteront, n'en doutez point, parmi les merveilles de notre temps.

Nous n'avons pas seulement une connaissance plus étendue de l'antiquité, nous en avons un sens plus juste. Les traductions suffiraient à l'attester : vous connaissez ce Platon, ce Plante, ce Tacite, auxquels nos pères n'auraient à opposer que le seul Plutarque d'Amyot. Vous parlerai-je de ces progrès de la critique littéraire que suffirait à mesurer toute la distance qui sépare les interprétations de Brumoy, les jugements de Laharpe, des excellentes études que

M. Patin a publiées sur les tragiques grecs? Vous par- •lerai-j« de l'esthétique, cette science pour ainsi dire nouvelle, qui essaye d'appliquer aux débris de Farchitecture et de la statuaire des principes aussi nettement déterminés que ceux d'après lesquels on jugeait depuis Aristote les discours et les poèmes, et dont les progrès ont été si rapides que nous avons vu les hypothèses les plus spécieuses vieillir du jour au lendemain? Ou si, des traductions , des commentaires, des théories, nous passons aux œuvres originales, pour y suivre les progrès de la même influence : vous diraije (laissant peser sur les architectes le reproche d'avoir été quelquefois trop Grecs et trop Romains], vous dirai-je toutes les œuvres pures et gracieuses que nous a données la sculpture sagement ramenée à de plus saines traditions? et tout ce que les lettres françaises doivent à une connaissance plus familière de Tantiquité^ depuis les idylles, savantes et pleines de charme, d'André Chénier, depuis l'épopée, homérique et chrétienne, de Chateaubriand, depuis la prose, si grecque et si française, de Paul-Louis Courier?

Ainsi la vénérable antiquité est l'objet d'une étude aussi passionnée, aussi éclairée, aussi féconde qu'au temps des Budé et des Turnèbe ; mais, si nous sor^ tons de l'enceinte de nos écoles secondaires, où, maintenue avec une prudente sollicitude, cette étude est demeurée la discipline des jeunes esprits, elle a cessé d'être, pourquoi chercherions -nous à nous tromper? ce qu'elle fut en France même, au temps de la Renaissance, ce qu'elle est encore dans certaines

0OETHE. 7

parties de rÂUemagne, je yeux dire Tétude de tout le inonde. Et il ne faut point trop s'étonner d'observer autour de nos chaires, lorsque nous vous parlons d'Athènes et de Rome, précisément ce qui se passe <ians les musées où, à côté des chefs-d'œuvre de la peinture italienne et flamande, on a soigneusement réuni ce qui nous est resté des chefs-d'œuvre de la statuaire antique. Ceux qui savent voir et qui comprennent se passionnent pour de telles beautés, s'oublient volontiers à les contempler; il en est qui les admirent assez pour ne savoir plus admirer autre <;hose ; la foule indifférente ne trouble point la solitude où ils aiment à se recueillir ; étrangère à la pensée qui anime ces marbres mutilés, la foule va chercher plus loin le mouvement et la couleur, quelque chose qui la touche sans qu'elle y pense, des œuvres enfin qui, pai le sujet ou par le sentiment de l'artiste, tiennent de plus près à notre temps ou à notre pays.

A notre pays surtout : ce fut la tendance de nos maîtres, et c'est la nôtre, de subordonner tout au point de vue national. Cette tendance est une des gloires de notre temps. Aimons à nous dire, Messieurs, qu'on n'a jamais été plus français en France. L'histoire de nos pères nous offrait, vous le savez, sous ce rapport, de singulières alternatives, et plus d'une fois avait donné raison à cette parole attristée de rhistorien que, dans notre France, on oublie trop vite.

Dès les commencements de la Renaissance, on pour-

rait croire que tout le moyen âge s'est effacé de la mémoire des hommes; il semblerait, en vérité, qu'il s'agit de fonder sur les ruines obscures d'un monde oublié, un monde nouveau. — Un petit nombre d'années se passent, Messieurs : votre Malherbe prend en main les œuvres du plus célèbre de ces poètes de la Renaissance; il n'y veut pas faire grâce à un seul vers. — Depuis Malherbe jusqu'à Racine, on sait combien le siècle nouveau avait été fécond en chefsd'œuvre : cependant Perrault passe pour un téméraire, pour un sacrilège, parce qu'il ne craint pas d'opposer des noms contemporains aux noms les plu& illustres de l'antiquité. — Il y a trente ans, c'est à des poètes étrangers qu'il n'était plus permis de comparer les poètes français du dix- septième siècle.

Comme ce temps est déjà loin de nous! Plus fiers de la France que les romantiques ne faisaient profession de l'être, nous savons aujourd'hui quel rang appartient aux Corneille , à côté des Sophocle et des Shakspèare.

Plus hardis que Boileau, nous ne craignons point de renouveler cliaque jour un parallèle entre le siècle de Louis XIV et ceux de Périclès et d'Auguste ; ce sont les Perrault qui avaient raison : Racine ne le cède point à Euripide ; il y a loin de Phèdre à Lafontaine, de Plante à Molière ; et La Bruyère est trop modeste lorsqu'il donne ses Caractères pour une suite de Théophraste. Aussi rendons-nous à nos écrivains classiques la tardive justice d'étudier le texte de leurs ouvrages, de recueillir chaque variante des manu-

scrits de Bossuet, la moindre parole échappée à Tagonie de Pascal, avec le soin religieux qu'on réservait jadis à une édition de Cicéron ou d'Homère.

Plus justes que Malherbe pour les droits de la Renaissance, nous avons su reconnaître que c'était une gloire pour le seizième siècle, d'avoir donné le jour non-seulement à des prosateurs tels que Rabelais et Montaigne, mais à des poètes tels que Ronsard, à des artistes tels que Lescot et que Goujon, l'architecte et le sculpteur du vieux Louvre.

Au delà de Marot, de Villon, nous avons osé pénétrer jusque dans les fantastiques ténèbres du moyen âge pour admirer ces poëmes que Ronsard a dédaignés, que Boileau ne connaissait plus, et surtout les monuments de cette vieille architecture que Fénelon même, si sensible pourtant aux grâces naïves du vieux langage, a trouvée barbare. La nuit s'est dissipée, les ruines se redressent, les manuscrits oubliés secouent leur poussière : la France est à la veille de se voir restituer tout entier ce treizième siècle, qu'elle avait été la première à méconnaître, et qui fut un des plus glorieux de son histoire et de l'histoire de l'humanité. Il lui a manqué sans doute , dans la poésie, une langue plus formée et plus sobre, dans les arts, un goût plus sûr de lui-même. Mais il y a, dans les bégayements de cette poésie naissante, dans les aspirations de cet art imparfait, je ne sais quoi de sublime qui charme et qui transporte même ceux dont toute la jeunesse avait été nourrie des plus parfaits modèles des siècles classiques.

Ce sont là sans doute de nobles études, où chacun a compris heureusement qu'il avait un intérêt et une part. Les provinces ont rivalisé de zèle pour cette résurrection de la vieille France. Mais je suis heureux. Messieurs, de parler ainsi dans la province qui a donné l'exemple, dans la ville d'où est partie Tini-» tiative généreuse de cette agitation des esprits (sans dangers celle-là, mais non sans fruits ni sans gloire), qui, en faisant pénétrer dans le dernier de nos hameaux le respect du passé, le culte de la patrie, a rendu désormais sacré et sauvé des orages de l'avenir tout ce que l'insouciance, tout ce que les barbares fureurs des générations qui ont précédé la nôtre n'avaient point détniit ou laissé périr, des monuments où nous cherchons pieusement la pensée de nos pères i

Pour ma part, Messieurs, je consens de grand cœur à ce que, à tous les degrés de l'enseignement, la première place appartienne à la langue de notre pays, à l'histoire de sa pensée. Mais ces études ont un complément nécessaire, et , si l'on veut connaître la France, il n'est plus permis d'ignorer ni l'antiquité, dont la France a suivi les traces, ni les pays voisins, sur lesquels elle a exercé sou influence et qui ont exercé leur influence sur elle.

Ce n'est pas le moment de vous montrer combien fut profonde l'influence que l'antiquité a exercée sur notre poésie et sur nos arts, comme sur nos lois et nos mœurs. Même après les splendeurs éphémères du

OŒTHE. U

règne de Cbarlemagne, durant les jours les plus sombres du moyen âge, les liens qui nous unissaient à elle ne s étaient jamais entièrement brisés ; lorsqu'ils fu-^ rent renoués plus étroitement au commencement du seizième siècle, on proclama que la renaissance du monde ancien était le réveil de l'esprit moderne ; et le dii-septième siècle poussa plus loin qu'aucun autre c«t attachement à la tradition biblique, grecque, latine, qui, pour établir notre supériorité, n'a peut-être pas fait moins que l'originalité de notre propre génie.

LMuence des littératures étrangères a été moins grande; elle a été surtout moins régulière. Il est facile de trouver Texplication de ces vicissitudes singulières dans la rencontre de deux sentiments qui se ^^ooibattaient dans l'âme de nos pères. D'un côté, ils ^ sentaient entraînés irrésistiblement vers leurs voisiûs par une sorte d'affinité naturelle ; de l'autre, ils étaient retenus par une répugnance instinctive aussi, ^^ en même temps systématique.

On a toujours eu en France peu de curiosité pour tout ce qui se passait au dehors. Le génie des aventures et des conquêtes n'a jamais été plus développé chez aucun peuple. La France aime à communiquer ses idées ; mais elle prend et eUe reçoit moins volontiers celles des autres. Vous le savez, Messieurs, mieux que moi-même : en un seul règne, l'Angleterre devint normande; plusieurs siècles d'une domination commune ont-ils rendu la Normandie anglaise, c'est à vous que je le demande? Les étrangers viennent beaucoup dans notre pays ; on y reconnaît des traces

de leur passage ; mais ce qu'ils nous ont laissé, qu'estce au prix de ce qu'ils emportent ?

Notre treizième siècle fut l'inspiration de TEurope entière jusqu'aux plus beaux jours de la Renaissance. Je veux bien, comme Pétrarque l'insinue, qu'on ait vu souvent à Paris des maîtres venus du dehors enseigner leur science à des disciples qui n'étaient pas Français. Il n'importe : c'est une philosophie; c'est une théologie française que les écoles de Paris répandaient dans toute l'Europe. Gœthe, transporté d'enthousiasme par les cathédrales de Strasbourg et de Cologne, veut qu'on donne le nom d'allemande à Tarchitecture gothique : non, l'Allemagne et l'Angleterre nous ont emprunté l'art gothique ; nous ne l'avions emprunté à personne. Dans la poésie même, nos fabliaux à demi perdus sont recueillis par Boccace, qui s'en insinre et devient immortel. De nos chansons de geste, nous n'avons pas su tirer une seule épopée française, et, par une compensation singulière , l'Italie n'a pas d'épopée dont la France ne lui ait fourni le sujet et les héros.

Au seizième siècle, notre passion pour les anciens fut exclusive, et ne nous laissa prendre aucun souci du reste. Mais nos voisins auraient mauvaise grâce s'ils se plaignaient que nous ayons dédaigné leur langue et leur art, en un temps où nous méprisions les nôtres. Il fallut d'ailleurs faire une exception pour l'Italie, héritière plus directe de l'antiquité et qui nous en révélait les chefs-d'œuvre. Les splendeurs de Florence éblouirent les compagnons de Charles VIII

comme les grandes ruines de Rome avaient ébloui ceux de Charlemagne. A la cour de François 1*', on vit arriver, en même temps que les premières statues antiques qui aient orné nos galeries royales , les tableaux de Léonard et de Raphaël, ^)uis les artistes eux-mêmes : Léonard, qui ne vint à Fontainebleau que pour y mourir, Benvenuto Cellini, qui devait y faire quelques-uns de ses chefs-d'œuvre, et Primatice qui peignait sous les yeux de Henri II ces belles figures élégantes et longues dont on reconnaît le style dans les sculptures florentines de notre Jean Goujon. Ainsi, avec les manuscrits des auteurs anciens et les premières éditions grecques des Aides, Lyon vit passer les poètes italiens : Bembo, Sannazar, Pétrarque surtout, si cher à nos poètes, même à ceux de la Pléiade. Chose étrange ! on imite l'Italie et on pro- ^ste contre ses exemples. Du Bellay, dans son célèbre manifeste, proscrit l'imitation étrangère, et, re- Dififquezle bien, au seizième siècle les seuls étrangers dont on connût les ouvrages et que Ton pût imiter, ^étaient les Italiens, auxquels Du Bellay ressemble plus que personne. Un peu plus tard, Henri Estienne accuse l'Italie de corrompre notre langue, notre goût, nos mœurs. Que prouve la vivacité de ces protestations? Et quel plus éclatant témoignage vous donnerais-je de FinQuence profonde que Tltalie avait exercée sur le génie de la France ?

Tous ces efforts sont inutiles; les digues cèdent, et le torrent déborde. Le règne tout français de Henri IV fut trop court entre Catherine de Médicis, reine sous le

nom de ses fils, et Marie de Médicis, qui gouverna durant la longue minorité de Louis XIII. Sous la nouvelle régente, on vit Concini étaler sans retenue cette corruption des mœurs italiennes, ce machiavélisme impie qui avait, causé tant de malheurs et tant de crimes pendant les guerres de reUgion, et Marini, que Concini protège , mettre à la mode les extravagantes subtilités d'une poésie dégénérée. Jusque sous Mazarin, ritalie garda une place dans Téducation de la société polie, et dans celle des écrivains : Ménage, qui apprit ritalien à madame de La Fayette et à madame de Sévigné, publiait des vers composés en cette langue; La Fontaine était nourri de Boccace, et Scaramouche fut un des premiers maîtres de Molière. Ne soyez donc point surpris d'entendre Boileau parler du Tasse avec tant de sévérité : au moment où il médite Y Art poé tique j le danger qui alarmait le patriotisme d'Henri Estienne n'avait pas encore tout à fait cessé. Mais l'Italie avait trouvé une rivale, ou plutôt une alliée. Dans les rangs de la Ligue, derrière les Seize, on était espagnol de cœur, de costume, de langage. Avant même que Marini n'apportât en France l'afTéterie italienne, l'aventureux Antonio Ferez y avait apporté TafTectation et l'emphase espagnoles. Elles demeurent en honneur à la cour d'Anne d'Autriche et dans les appartements de Marie-Thérèse. Non^ l'Italie n'est pas seule responsable des plates déclamations de Hardy et du burlesque de Scarron, des romanesques fictions qui firent les délices de la cour et de la ville, depuis l'Astrée jusqu'à Clélie, ni du faux es^

prit qui régnait dans les salons des précieuses : ce mauvais goût dont Molière, dont Boileau eurent tant de peine à obtenir raison, était venu par les Pyrénées aussi bien que par les Alpes. Mais faisons grâce à FEspagne : elle nous avait donné le Cid^ le Menteur^ Don Juan^ Gil Bios.

L'Angleterre était encore pour ainsi dire ignorée. Les seules idées qui eussent traversé la Manche, c'étaient des idées françaises. Boileau sait-il bien ce que c'est que Milton ? a-t-il entendu prononcer le nom de Shakspeare? En vérité, lorsque Montesquieu , Voltaire, reviennent d'Angleterre, on les écoute comme s'ils l'avaient découverte ! Bientôt nos philosophes se laissent gagner à la philosophie de Locke ; nos historiens sont frappés du jeu facile de ces institutions compliquées qui ont trouvé le secret de concilier avec la majesté du trône et l'autorité des lois, les libertés civiles et politiques. L'action de l'Angleterre sur nos théories littéraires ne fut pas aussi rapide , ainsi que nous en trouvons la preuve, moins peut-être dans l'irrévérence de Voltaire pour Shakspeare ( qui Voltabe a-t-il respecté?), que dans la timidité des traductions de Ducis et de Delille.

Ce n'est point de là que devait partir le coup porté vers les premières années de notre siècle aux traditions de la poésie classique : il partit de l'Allemagne. Jusque là, on ne s'était guère préoccupé d'une nation qui semblait s'être oubliée elle-même. Sous Louis XIV, Bouhours se demande, avec plus d'ingénuité que de malice, si un Allemand peut avoir de l'esprit; à écou-

ter les sarcasmes de Frédéric II et la timide poétique de Gottsched, un Allemand n'en saurait avoir qu'en parlant français et en modelant ses œuvres sur des œuvres françaises. Cependant, sous les yeux même de Gottsched et du grand Frédéric , Klopstock, Lessing, Wieland, fondaient une école nationale, dont les essais pénétrèrent peu à peu en France, mais lentement, jusqu'au jour où parut, comme un manifeste, V Allemagne de madame de Staël. Au signal donné par une voix française, Gœthe et Schiller passent le Rhin, entraînant avec eux lord Byron et Walter Scott, qu'il a été permis de considérer comme des disciples anglais de l'école romantique allemande ; et l'influence de leurs exemples sur notre littérature contemporaine sera d'autant plus intéressante à étudier, à discuter dans cette chaire, qu'elle se continue encore.

Vous le voyez, Messieurs, il n'est plus possible de songer à écrire l'histoire du génie de notre nation, sans tenir compte des liens qui nous rattochent à nos voisins tout aussi bien qu'aux anciens. L'étude des littératures étrangères et de l'influence qu'elles ont exercée sur la nôtre, nous donne le secret de nos plus grandes erreurs; quelquefois aussi, elle nous explique la rapidité de nos progrès. En même temps, l'influence de notre littérature sur les littératures étrangères , tour à tour féconde , stérile , funeste, pourrait nous rendre, tantôt le sentiment de notre force, eu nous montrant avec quelle facilité nos idées sont acceptées et se répandent dans le monde, tantôt

la conscience de nos défauts, exagérés par une imitation maladroite. Nous saurons donc une fois de plus et ce que nous valons, et ce qui nous manque : deux choses trop souvent oubliées, en ces jours d'enivrement, où nous prétendons trouver dans la mesure de notre esprit les bornes de l'esprit humain ; en ces jours de défaillance, où, humiliés par le sentiment de nos excès, entraînés par notre inconstance naturelle, il semble que nous ayons tout à envier à nos voisins, le génie avec la ^gesse !

Mais ne considérons point notre sujet de cet unique point de vue. Il est dangereux. Messieurs, de trop penser à soi lorsqu'on se prépare à juger les autres. Aussi longtemps qu'on a jugé et traduit les anciens dans cet esprit, on n'a guère fait que les travestir. La critique, heureusement replacée au point de vue de l'histoire, sait vieillir comme vieillissait Tite-Live, antiquior fit animus^ pour examiner le passé ; il faut qu'elle s'accoutume encore à changer de pays. En effet, c'est un devoir pour elle de tenir compte de la physionomie du pays et de l'esprit du siècle, de la nature des idées, du changement des mœurs, des circonstances générales au milieu desquelles une littérature s'est développée, des circonstances particulières qui ont contribué à former le génie de chaque écrivain. Ces considérations, je leveux bien, sont secondaires; ce n'est point par ces traits accessoires que les œuvres de l'art méritent de saisir l'admiration. Mais il ne faut pas non plus qu'elles nous choquent

If COURS DE LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE.

)fpp, qu'elles nous rebutent absolument, et nous empêchent d'apprécier, sous des dehors parfois étrange^ et dans un cadre de convention, des beautés vraies» qui sont de tous les temps et de tous les pays.

Permettez-moi, Messieurs, de m'arréter à ce qui fait pour moi le prix de ma mission. Il n'entre point dans ma pensée de réclamer contre les études spéciales; j'en connais le charme, je sais combien elles sont fécondes, combien elles sont nécessaires, depuis que le domaine des connaissances humaines devient si vaste, tandis que notre esprit est si borné , hélas 1 et que notre vie est si courte. Mais les études spéciales ont leurs entratoements , comme toutes les passions auxquelles on s'abandonne sans réserve : surtout lorsqu'elles ont pour objet notre pays, notre province, le passé même de nos pères. Alors la moindre chose a son prix que l'on exagère. Ce monument, ce poëme justifie-t-il, au moins par une ombre de beauté, le soin qu'on en veut prendre ? Bien peu importe s'il est nouveau, s'il se rattache à des études de prédilection. Il inspire à celui qui Ta découvert, à ceux qui, les premiers, en auront parlé, ce sentiment indéfinissable, voisin de l'admiration, qui a été le principe de tant de restaurations inutiles, de tant de réhabiUtations ajuste titre contestées. Qui ne s'y est jamais laissé tromper? Il y a, du second rang au premier, une distance que l'histoire ne laisse pas d'exagérer : c'est une de ses lois. Par la résurrection du passé , l'étude nous remet à la place des contem* porains. On est alors tenté de retrouver les raisons du

6ŒTHE. i^

suecès de VAstrée; Scudéry, Chapelain redevieBnent quelque chose ; Saint*Âmant a, comme le Tasse, des défenseurs contre Boileau ; peu s'en faut qu'on ne remette dans la balance les deux Phèdres^ les deux Iphigénies^ et que Pradon et Leclerc niaient un rang parmi les écrivains oubliés, qu'une critique spirituelle et paradoxale s'est plu à nommer les victimes du satirique.

Ce sentiment délicat de la justice, ce soin exact de la vérité, sont respectables en eux-mêmes, mais pernicieux pour les arts. Le goût du beau s^altère lorsqu'on se passionne à discuter des problèmes, qui ont leur intérêt sans doute pour les érudits , mais qui ne méritent pas de devenir l'entretien du monde, et auxquels la jeunesse surtout doit demeurer étrangère. Non, nous ne sommes point ici pour mesurer les degrés du médiocre au pire. Les chaires d'où nous avons l'honneur de vous parler ont été instituées pour entretenir, pour guider votre admiration. Jeunes gens, écoutez-moi, car c'est à vous que je m'adresse : l'admiration, c'est le trésor de votre âge, c'est votre vertu, comme c'est la force des peuples qui ne touchent pas encore à leur déclin. Mais l'admiration se lasse, elle s'épuise, lorsqu'on y fait appel mal à propos, lorsqu'on Ta trop souvent égarée sur d'indignes objets. Comment la ranimerons-nous , Messieurs , sinon par l'habitude de contempler de grandes choses? Ce qui e?t rare, inédit, curieux, peut servir à l'amusement de l'esprit; mais l'esprit n'a pour aliment que le beau et le vrai. Eh! bien, pour le beau comme pour le vrai,

il n'y a point d'époques, il n'y a point de frontières. Continuez à admirer, comme vous le faites, les gloires de la France ; mais gardez dans votre respect une place pour ce que l'antiquité nous a laissé de plus parfait : j'en demande une à mon tour pour ce que les étrangers. nous ont donné de plus élevé et de meilleur. Oui, laissez à chaque temps , à chaque pays, même au nôtre, tout ce que l'on conteste, tout ce qui est condamné à vieillir; mais ne demandez point aux chefs-d'œuvre leur date ou leur origine : les chefsd'œuvre composent le patrimoine commun de l'humanité; à ce titre, ils vous appartiennent; à ce titre, ils vous rc clament.

Il y a quelque temps déjà. Messieurs, qu'on parle beaucoup autour de nous des grands écrivains que nous allons admirer ensemble; mais on les accepte, on les rejette presque à l'aventure; il est assez rare qu'on les ait lus, et très-rare qu'on les étudie. Vous en savez la raison : c'est que nous ne connaissons pas assez les pays d'où leurs livres nous viennent ; c'est que nous mettons beaucoup de paresse à parler leurs langues. Nous avons été jusqu'à faire de cette ignorance et de cette paresse un système, et repousser de parti pris les littératures étrangères, en souvenir de tout le mal qu'elles avaient pu faire à la nôtre. Un patriotisme étroit a voulu nous persuader qu'il y allait de notre gloire à n'imiter que les anciens, qu'il y allait de notre originalité à ne vivre que de leurs idées et des nôtres ; comme si la France, pour mieux

OŒTHE. 21

sentir aussi sa richesse, se condamnait à ne vivre que des fruits de son sol et des produits de son industrie I Oui, les littératures étraugères nous ont fait beaucoup de mal : l'antiquité elle-même ne nous en a-t-elle point fait? Nous touchons ici à Téternelle question que soulève Timitation en général. Toute imitation. Messieurs, est dangereuse, comme toute imitation peut devenir féconde. Mais dans quelles conditions est-elle dangereuse? Et quels sont les modèles qu'on est exposé à reproduire d'une façon indiscrète, servile? Ceux dont on n'a pris qu'une connaissance imparfaite. Or, les littératures étrangères étaient généralement peu connues, mal connues en France, au moment môme où la mode s'emparait d'elles tour à tour. La mode est toute-puissante un jour, mais un jour seulement : combien de fois est-il arrivé qu'elle ait laissé après elle quelque chose de durable ? Combien de fois ce qu'elle laisse a-t-il son prix? Pour que l'imitation devienne légitime, salutaire, féconde, il faut que l'esprit pénètre assez profondément dans la pensée à laquelle il est gagné, qu'il se l'approprie, qu'il la possède, au point de garder, alors qu'il en fait usage, tous ses droits, toute la liberté de l'inspiration personnelle. Consultez l'histoire de la peinture française dans la première partie du dix-septième siècle; nos artistes s'exilent à l'envi pour aller chercher en Italie I91 tradition glorieuse de l'école par excellence : que rapportent les Fréminet, les Vouet, après un séjour de quelques années? Un talent original? ou une manière effacée, juste prix d'une étude superficielle? Le seul

PoussiQ, vivant une vie entière au milieu des plus psfffaits modèles de Tantiquité et de la renaissance, se fortifie dans la familiarité de ce commerce avec les maîtres, devient grand par eux, mais à sa manière, et ne craint plus, en s*inspirant de leurs exemples, de leur sacrifier rien de l'originalité de sa pensée et de l'originalité de son style. Parmi toutes les fables de La Fontaine, il ne s'en est pas trouvé quatre dont il eût inventé Tidée ; Phèdre lui a fourni la plus grande partie de ses sujets : La Fontaine ressemble-t-il à Phèdre? Son travail est-il le travail patient, ingrat, de l'écolier qui, les yeux fixés sur un modèle^ cherche timidement à le reproduire dans une copie dont la fidélité fera le prix? On a pu tout à l'heure, en réunissant des versets disséminés partout, refaire une Bible traduite par Bossuet : il est peu d'écrivains et d'orateurs qui aient plus traduit et plus cité ; mais Bossuet ne cherche pas ces citations, il ne les fait pas pour la vaine gloire de les faire, ni pour mettre la pensée des autres à la place de sa propre pensée. La pensée des Écritures est devenue la sienne ; il n'écoute que son génie ; il compose d'inspiration ; les souvenirs peuvent se presser sous sa plume ou sur ses lèvres : c'est lui seul qui parle, et les textes, lorsqu'il leur donne une place dans la suite de son discours, y prennent d'eux-mêmes le mouvement et la couleur de son langage.

Où faut-il donc, Messieurs, chercher une sauvegarde contre les dangers de l'imitation? Dans l'étude assidue, approfondie, qui distingue avec soin le clin- <|u^t de l'or, ce qui est accessoire et particulier, ce

GŒTHE. a

<]pi est de circonstance et de convention, de ce qui est «ssentîel, absolument, éternellement beau. Alors on limite plus que des modèles choisis avec prudence, «t, dans chacun d'eux, ce qu'il y a de plus solide et de Meilleur ; ou plutôt. Messieurs , on cesse d'imiter les 'ï^altres que l'on s'est donnés : on se souvient d'eux, ^û créant comme ils ils ont créé.

Ne nous faisons point d'illusion. Messieurs : l'iso-

^^Qient où l'on nous exhorte à nous renfermer ne

^'•ait pas non plus sans dangers. Si riches que nous

^yons de notre propre fond , il y a longtemps que

D^us donnons beaucoup et que nous recevons peu.

if^-îs toute prodigalité conduit à l'appauvrissement;

^^ échanges sont la condition de la vie de l'esprit

^^i^s^i bien que de la vie du corps; sous ce rapport

^g'î^.lement, les nations humaines sont solidaires, elles

^^ besoin les unes des autres.

^Eln s'isolant, la France trahirait ses intérêts , elle '"^-Xiquerait à sa mission. Les étrangers le lui ont dit ^^*^ïcime ses poètes : elle est la lumière du monde.

Des Dations aujourd'hui la première, France, ouvre-leur un plus large destin; Pour éclairer le monde à ta lumière , Dieu t'a dit : Brille, étoile du matin.

^^ ^'où vient à la France ce rôle qu'on ne lui conteste P^-^ , et dont elle a le droit d'être fière? Est-ce à dire 9^^^ toutes les idées qu'elle a répandues appartenaient- ^ ^on initiative? Non, sans doute, mais là France est ^^*^ lermédiaire naturelle des nations. C'est elle qui*

fait connattre au Nord la pensée du Midi, au Midi la pensée du Nord : Tune, sous une forme moins emphatique ; l'autre, dégagée des brouillards où elle aime à s'envelopper. Quelle que soil leur origine , les idées nouvelles sont soumises à son contrôle : acceptées par elle, traduites par elle, dans une langue partout comprise, elles feront le tour du monde; l'idée et la gloire qu'elle n'aura pas consacrées ne seront point universelles.

J'admets enfin^ Messieurs, que ceux qui invitent la France à se renfermer en elle-même soient plus clairvoyants et plus sages que nous ne le sommes : ne sentez-vous pas combien leurs prétentions sont impuissantes? C'est le grand spectacle proposé à notre temps de voir tomber les barrières qui séparaient les peuples : les intérêts se confondent et les idiomes se mêlent. Londres avait convié à son exposition universelle toutes les industries ; Paris a mis en présence toutes les industries et tous les arts ; et vous défendriez aux seules littératures de se rencontrer, de s'unir, de se venir en aide les unes aux autres? Mais voici précisément que l'on s'accoutume en France à apprendre les langues étrangères, surtout (à l'inverse de ce qui se passait au seizième et au dix-septième siècle) les langues du Nord. Nos enfants les bégayent presque au berceau; nos voyageurs , les gens de plaisir comme les gens d'affaires , se décident à les parler. Eh quoi î Messieurs, dans ce pays où les choses de l'esprit ont toujours tenu le premier rang, nous saurions des laa-

OŒTHE. 25

gues de nos voisins ce qu*il en faut pour interroger une nourrice au foyer domestique, un passant sur les grands chemins, un marchand d^s son comptoir, et nous ne rougirions pas d'ignorer les chefs-d'œuvre de poésie et d'éloquence qui ont marqué les époques successives de leur développement, qui les ont fixées, qui feront pendant la durée des siècles leur éternel honneur?

Cependant, on les traduit de jour en jour davantage; les textes originaux passent sans bruit la frontière. Leur action cachée , insensible, mais toujours croissante, conduit inévitablement à Timitation ; il est impossible de la proscrire : mettons nos soins à bien marquer dans quelle mesure elle est légitime ; discucuter ses dangers et ses bienfaits, lui proposer des règles, telle est notre tâche. En donnant, sans qu'il paraisse nous en coûter, pour beau ce qui est beau, nous acquerrons le droit d'être sévères pour ce qui ne l'est pas, même dans les chefs-d'œuvre, surtout dans les chefs-d'œuvre des écrivains dont le génie fascine la prompte imagination des jeunes gens, et dont les défauts se propageraient moins vite, si l'on avait appris à démêler nettement quels sont Jeurs véritables titres à une admiration qu'on met, de part et d'autre, peu de prudence à leur accorder sans aucune réserve, peu de justice à leur refuser absolument.

Ainsi ce u'est pas en fermant aux littératures étrangères le cercle de notre activité intellectuelle, c'est en les étudiant avec plus de soin et une plus entière liberté d'esprit qu'on peut se flatter d'aider au déve-

^ COURS DE LITTÉRAtDRE ETRANGERE.

loppement du génie national, et l'empêcher, soit de s'éteindre par l'isolement, soit d'abdiquer son originalité par l'entraînement d'une admiration irréfléchie.

S'il est encore, Messieurs, des esprits chagrins, timides, qui craignent les comparaisons que nous allons établir, non parce qu'ils redoutent pour l'avenir l'influence des littératures étrangères , mais parce qu'ils se souviennent d'avoir trop souvent entendu vanter les étrangers à nos dépens, parce qu'ils s'imaginent qu'il est impossible d'admirer Shakspeare sans faire tort à Corneille, d'aimer davantage l'Angleterre et l'Allemagne sans aimer moins notre pays, ditesleur avec moi que leurs appréhensions sont exces*sives : dans les luttes de la pensée comme sur les champs de bataille, il n'est point de rivaux avec qui la France doive craindre de se mesurer. Je veux bien qu'il n'en soit pas ainsi pour tout le monde ; mais, pour les esprits bien faits , les voyages ne désapprennent pas l'amour du pays ; il n'est pas besoin de porter sans cesse avec soi sur la terre étrangère le regret du sol natal : on peut admirer sans réserve la terre étrangère et la nature elle-même dans sa merveilleuse diversité. Au retour, croyez-moi, la mémoire fût-elle peuplée de souvenirs rapportés de loin, on n'en sent que mieux combien on était attaché au coin de terre où l'on était né, où l'on revient vivre. Ainsi la variété des lectures agrandit l'horizon de l'intelligence; on est plus fier d'être homme lorsque, sans se renfermer dans l'histoire d'une seule nation, ou suit, depuis les

GŒTHK. 27

Psaumes et V Iliade jusqu'à Dante, jusqu'à Shakspeare etCalderon, jusqu'à Goathe, la tradition de la pensée humaine. Alors, Messieurs, nous ne pourrons plus sans doute, comme je vous le disais, prendre notre esprit pour la mesure du génie de Thumanité ; mais, soyez-en certains, nous continuerons à nous estimer heiffeux d'appartenir, parmi cette grande famille des nations, à la nation prédestinée, qui vit naître, dans Tespace d'une seule génération d'hommes, les Corneille et les Pascal, les Molière et les Bossuet.

Page 1