‹ Lettres et souvenirs d'enseignement d'Eugène GandarChapitre 8 sur 57 · DE LA PROSE FRANÇAISE AU MILIEU DU XVU' SIÈCLE · texte numérisé non relu

DE LA PROSE FRANÇAISE AU MILIEU DU XVU' SIÈCLE

DI SCO ORS D'OUVERTURE prononcé à la Sorbonne le 8 jantier 1862.

Messieurs ,

Lorsque, vers la fin de Tannée dernière, M. Demogeol achevait de mettre sous vos yeux le tableau de la Renaissance des lettres en France et en Europe, y avait-il, dans les savantes et ingénieuses leçons dont vous conserverez le souvenir, rien qui semblât trahir un commencement de lassitude? Et pouviez-vous soupçonner que, dans la plénitude de sa force, dans toute la vigueur de son talent, un maître appelé à fournir devant vous une longue carrière, songeait à se dérober aux sympathies dont vous l'entouriez depuis quatre ans? M. Demogeot ne tardera pas, j'oserais en prendre pour lui l'engagement, à vous donner luiménie l'explication de cette résolution inattendue. Qu'il

termine donc prochainement l'histoire littéraire du dix-septième siècle dont les premiers chapitres vous appartiennent ; qu'il publie un jour, et plus vite que nous n'aurions osé l'espérer, le fruit de ses longues recherches sur les rapports de la littérature française avec les littératures étrangères : c'est à lui seul qu'il appartient, Messieurs, de justifier par de tels services rendus aux lettres le silence prématuré dont il s'est imposé la loi.

Appelé à recueillir une succession que je n'ai pas eu le temps et que je ne me sentais pas le droit de désirer, pourquoi vous dissimulerais-je, Messieurs, le trouble où me jette l'insigne honneur qui m'a été fait? Lorsque je mesure toutes les difficultés de la tâche dont j'ai à rendre compte, j'aurais trop de peine, aujourd'hui surtout, à trouver en moi-même la confiance qui m'estnécessaire pour la bien rempUr : il m'est plus doux de la chercher dans le témoignage rendu en ma faveur par le titulaire de cette chaire ; dans le choix spontané par lequel le ministre de l'instruction pu blique s'est assuré un double droit à ma reconnaissance ; dans le précieux souvenir des sympathies qui ne m'ont laissé quitter sans regret ni la ville hospitalière de Caen, ni l'École normale, à laquelle j'aurais aimé qu'il me fût permis, comme à notre excellent maître M. Géruzez, d'offrir la dédicace de mes leçons': enfin. Messieurs, dans la pensée que votre indulgence

1 . Histoire de la Littérature française depuis ses origines jusqu'à la Révolution; t'e et 2« éditions, dédiées par M. Géruzez « à ses maîtres^ à sep condisciples, à ses élèves de l'Ëcole normale. »

et Testime de la Faculté ne feront pas défaut à la sincérité de mes efforts.

Est-ce d'ailleurs un faible appui qu'un attachement véritable à une tradition respectée? Et vous savez, Messieurs, si l'encouragement des bons exemples peut me manquer dans cette chaire. Je suivrai ces exemples et je les continuerai selon mes forces : c'est là mon unique ambition. On en verra, je l'espère, une première preuve dans le choix môme du sujet que je me propose de traiter. J'ai senti en effet. Messieurs, que j'obéissais à une convenance en le prenant dans cette littérature du dix-septième siècle commentée ici plus d'une fois avec éclat, et dont M. Nisard a revendiqué les titres avec tant d'autorité et d'éloquence dans le beau livre qu'il terminait hier et où l'avenir lui tiendra compte, aussi bien que nous pouvons le faire, d avoir mis vingt ans de labeur et les convictions de toute une vie '. Il me sera permis de m'engager à mon tour dans des études pleines de difficultés, sans doute, lorsqu'on est aussi incapable de répéter servilement ses maîtres que peu porté à les contredire, mais dont une vive admiration pour des chefs-d'œuvre qui sont encore la plus solide gloire de notre pays, suffira toujours, si je ne m'abuse, à renouveler l'intérêt^. Il était naturel aussi de reprendre cette histoire

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