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plus longterrfps; mais le choc des troupes qu'elles mettaient sur pied, comparé aux massacres d'aujourd'hui, semble des jeuxd'enfants. Les horreurs que burinait Goya, les meurtres qui faisaient plus amer le sarcasme d'Aristophane, les ruses décrites par Polybe et les atrocités puniques dont Flaubert s'est glorieusement souvenu prennent l'aspect de réjouissances militaires, de joutes civiques, ludus pro patria^ quand nos mémoires les confrontent à cette exécrable science de la Mort que, depuis cinquante ans, le monde s'est donnée. « Horrible, ô très horrible! » disait Shakespeare devant les carnages modérés d'un Macbeth ou d'un Richard III. Même les reîtres compliqués de Jésuites, les Tilly, les Wallenstein, les pieux bourreaux qui firent la Guerre de Trente Ans peuvent passer pour des chefs débonnaires et courtois, auregard des assassins implacables et méthodiques d'à présent. La bataille lointaine, impersonnelle et, par là même, sans merci a comblé^ peut-on croire, la mesure du crime et
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de l'horreur. Crime, horreur ont trouvé des apologistes. Le hideux Joseph de Maistre, qui du moins fut un écrivain, renaît, sans doute pour son châtiment; il revit dans les infâmes cacographes qui, mal satisfaits d'avoir, selon la mesure de leur stupidité, préparé tant de luttes misérables, tentent de les envenimer encore et de les prolonger sans fin!
Vous, monsieur, vous montez au pouvoir, à l'heure où la mêlée impitoyable des nations prend un caractère plus tragique, s'il se peut, qu'au début des hostilités. La France remet sa destinée entre vos mains, à l'heure où le ciel plein de menaces présage encore d'autres bourrasques et des tempêtes non moins sinistres que celles de l'Hiver. La Guerre qui, semble-t-il, aurait du éclairer les esprits, assainir les volontés devant la souffrance, devant la misère et le danger communs, proscrire l'égoïsme et rendre les cœurs fraternels, n'a fondu, comme disait Veuillot, ni les glaces, ni les graisses. Nul temps ne fut plus fécond
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en scandales. Et ce n'est pas des esclandres plus ou moins avoués, des incidents plus ou moins honteux qui délectent la curiosité des badauds; ce n'est pas de l'alfaire Vigo-Almereyda, ce n'est pas du problème Turmel que l'on entend parler. Qu'importe un fantoche de plus ou de moins dans le guignol parlementaire, dans les ombres chinoises des Diurnales? Non! le vrai, le permanent, le quotidien et malpropre scandale, c'est l'exploitation du malheur public, de la détresse commune par la bande aux ongles noirs des « profiteurs )).
On a raillé les « nouveaux riches ». Gela n'est pas assez. On les devrait pendre; les hommes de Quatre- Vingt-Treize n'y eussent pas manqué. Il est vrai que les réverbères de ce temps étaient en forme de potence.
A chaque nouvelle restriction, à chaque jeûne imposé par les hommes d'État qui souriaient, naguère, aux prétendus bons mots sur le pain allemand, au lieu de prévoir la disette
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menaçante, correspond un accroissement du boutiquier. Laid, stupide, ignoble, ferme' h toute pensée, autre que de mettre en tas les gros sous arrachés à la misère publique, le boucher, le crémier, l'épicier, toute la clique sordide, complice de la valetaille, qui de concert avec cette noire crapule de l'office et de la cuisine, fait danser l'anse du panier, engraisse en proportion inverse de l'amaigrissement général. Que le ministère défende la viande, le sucre, tout, hormis l'alcool trois fois saint. Qu'il oblige les Français" — malades, enfants, vieillards — à manger du pain dont les pourceaux ne voudraient pas. Tout cela est bénédiction, richesse, aubaine, profit pour les fournisseurs qui peuvent enfin placer tout ce que leur antre contient de moisissures et de produits avariés. Or, cela monte de l'échoppe sordide où l'Auvergnat débite les salaisons suspectes et les fruits de rebut à la Banque souveraine où les Princes du Cuivre et du Nickel pendent à P Allemagne