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les métaux arrachés au sol de la Patrie! Certes, les crieurs de scandales ont beau jeu dans le temps où nous sommes. Les originaux pullulent. Types grotesques ou scélérats, ils attendent le peintre, moraliste ou dramaturge, qui les fera vivre éternellement, ua Becque, un La Bruyère, un Balzac et même un Alphonse Daudet, car les Rouraestan ni les Delobelle ne manquent à cette minute de l'histoire. Ministères de droite, ministères de gauche se succèdent. Les « combinaisons » se suivent, se ressemblent, ne produisent rien de durable ni de fort. Ce lunatique d'Alfred Desnoyers qualifiait le public de i85o « bête à tête de veau ». Serait-il plus amène pour le public d'aujourd'hui? Ce qui domine dans ce public, réserve faite de son odieuse cupidité, c'est l'esprit grégaire dont il est imbu. Bâillonné, asservi, ligoté, sous un régime de Terreur et d'Inquisition, il n'est contrainte qu'il n'endure. 11 permet qu'on le traite en écolier, qu'on le mène en laisse. Il ne s'in-
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surge point quelles que soient les vexations. Grand, simple, dévoué, riche d'héroïsme en face de la mort, soldat incomparable, comment ce guerrier fait-il un si médiocre citoyen?
Les philosophes, les docteurs ès-sciences sociales trouveront dans les événements contemporains quelques sujets fertiles de méditation. Ils étudieront avec ferveur, ce Janus à deux fronts qu'est le peuple de France. Peutêtre, dans la médiocrité de ceux qui le gouvernent trouvera-t-il une explication de sa bizarre dualité.
En 1870, un penseur, un génie, un grand inconnu (car ses livres, en dépit de leur souveraine beauté, ne le font pas entièrement connaître), un sage dont, quelque jour, les hommes des temps futurs citeront la Corres-^ pondance comme nous citons les Essais de Montaigne, Flaubert déclarait à George Sand,
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sa vieille amie : « A présent, la Révolution « Française est close pour toujours. »
Que dirait-il, ce libre et fier esprit, s'il assistait à la marche en arrière que poursuit de nos jours, laTroisième République? Certes, quelques nobles caractères ont paru. Des hommes de cœur ont lutté pour affermir les conquêtes de l'Esprit scientifique, de la justice, de la raison et de la vérité. Nul ne saurait, sans un respect ému, prononcer le nom d'Emile Combes, de Zola, si brutalement arraché à la gloire, à l'enthousiasme de ses amis.Cependantla plupartde ceuxà quiThonneur échoit de gouverner la France, montrent les uns une faiblesse navrante, les autres une condescendance envers les ennemis du Régime et du Droit qui ressemble fort à de la complicité. Rien de plus rare que l'homme juste et ferme dans ses résolutions! Quand, au hasard des orages parlementaires, se fait le dénombrement des personnes « ministrables », on demeure confondu en présence
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des nullités que ce dénombrement fait paraître. D'où viennent tous ces inconnus?
Quels sont leurs talents? Pourquoi, non contents, comme disait Rivarol, de « législater », aspirent-ils encore au premier rang et se font-ils, en un jour, hommes d'Etat, par la grâce d'une combinaison de couloirs? Etfautil admirer si ces marmitons de l'intrigue et de la politique se préoccupent moins des principes que de leur portefeuille, s'ils sont prêts à n'importe quelle platitude pour sauvegarder leurs honoraires et le salut de leurs huissiers?
La plupart sont d'une lâcheté sans borne. Ils redoutent l'opinion, le blâme du groupe qui les mène; ils ont peur de se compromettre, d'assumer une quelconque responsabilité.
Vous, monsieur, le jour où pour la première fois vous reçûtes l'investiture ministérielle,
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VOS honneurs! déjà ne pouvaient s'accroître. Votre vertu civique brillait d'un éclat sans conteste, depuis le jour où, quittant les nobles études qui, jusqu'alors, vous occupaient tout entier, vous entrâtes dans le parti du Juste et fîtes un éclatant hommage à la Raison.
Vous aviez traversé la poésie éternelle, suprême de la mathématique; à raisonner sur les vérités abstraites, vous ayez appris à discerner la vérité parmi les impostures qui l'odusquent si souvent. Et, comme votre cœur marche à l'égal de votre intelligence, on vousvit au premier rang parmi les champions de la plus juste cause qui jamais ait sollicité la conscience humaine.
D'aussi nobles combats vous attendent aujourd'hui. Les ennemis d'antan ont changé de masque, de nom et de costume. Leurs manoeuvres tortueuses, leurs manigances,
leurs trames, cependant, restent les mêmes-, ainsi que les pièges tendus à votre bonne foi. Mais votre ferme volonté, votre amour du bien public auront vite fait de déjouer ces embûches. Le cœur républicain du pays est avecvous.Il espère en votre foi démocratique. Il se repose sur votre fermeté. Après tant de ministres pusillanimes, il cherche en votre personne, un représentant de son énergie et de sa volonté.
Vous montez au pouvoir quand la saison décline, et que sonne le quatrième anniversaire de la Guerre. Ceux du front, les héros de rArgonne,de la Picardie et de la Champagne, ceux qui combattent sur la Meuse et ceux qui meurent aux Dardanelles suffiront à chasser l'ennemi du dehors. Combattez l'autre, le' plus tenace et non le moins dangereux. Combattez-le par le droit et, s'il est besoin, par la force. Contre les réacteurs, la France démocratique, la vraie Franceapplaudiraitdetoutcs ses forces, un Dix-Huit Brumaire républicain.
DoM TiERCELiN, Covbeau cliampenoîsy A CoRAx-LE-NoiR, de la forêt hercynienne.
Très honoré frère et savant précepteur, Loin ! comme ils sont loin de nous les jours de ma première enfance, alors que, sur les traces de la Grande Armée, à travers les champs de Montmirail ou les guérets de Toulouse, vous m'inculquâtes les préceptes fondamentaux de la sagesse coracienne. En ce temps-là, j'étais encore un bébé dont la plume gris sale n'avait point assumé le noir bleuâtre, le chatoyant reflet d'acier qui déjà signalait votre fastueux plumage. Un vrai bébé! Pour une ponimc pourrie ou même pour l'amusement de happer en plein vol un
scarabée aux élytres de métal, j'oubliais les maîtres mots, la défiance que THomme, en tous lieux comme en toute saison, doit inspirer à nos tribus. Cependant, j'avais de qui tenir. Je sortais de bonne race. Le chef du lignage, mon aïeul Tiercelin, premier du nom, avait moqué l'astucieux Goupil et, malgré cette ridicule histoire du fromage, éventé les complots de Maupertuis. C'est pourquoi vos leçons, vos conseils ne furent pas perdus. J'appris de votre bouche tout ce qu'il faut que sache un corbeau, curieux de se pousser dans le monde. Je sus bientôt discerner le promeneur, l'oisif, le pacant, semeur de blé, d'avec le chasseur. De loin, je sus reconnaître l'homme qui porte un fusil. Vous m'enseignâtes à ne me laisser point devancer par l'orage, à prévoir la tempête, à fuir les vents ennemis, à déterrer, sous la neige, insectes nourrissants, bulbes savoureux et autres bonnes choses, à respecter la buse, l'autour, le milan, à nous replier devant le
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g3^paëte, dont, parfois, la voracité manque de clairvoyance et qui pourrait apprécier en manière de friandise, l'ingurgitation d'une paire de corbeaux! enfin, à pourchasser dans n'importe quelle retraite, aux creux de l'yeuse, dans la fente du roc ou sur la fourche d'un hêtre moussu, l'éternel objet de notre haine, le stupide hibou, grand-dac, chevêche, efïraie, hulotte et de le traquer à mort, en poussant de formidables crois.
Mais, de tant de leçons, la meilleure, celle qui m'a le mieux profité, durant le siècle de ma jeunesse et dont j'ai tiré le plus de fruit, ce furent le précepte et l'exemple que vous m'avez donnés de paître la chair humaine, crue ou cuite, fraîche ou corrompue, avec autant d'appétit que de sérénité'.
Frugivore, soit! Faute de mieux et lorsqu'on n'a pas la moindre charogne à se mettre sous le bec ! Cequi n'empêche lorsqu'on évente, après la bataille, un cadavre bien à point, de prélever dessus quelques morceaux
de choix. Le corps d'un ennemi sent toujours bon. Et c'est œuvre méritoire que d'offrir à un ami l'honorable se'pulture de notre jabot. Vous, mon ancien de quelques lustres, vous aviez tâté les morts de la Grande République. Du Nil à laBérésina, vous aviez, par la suite, mordu à même les carcasses épiques dont l'Empereur jalonnait son chemin triomphal. Aussi, lorsqu'en 1814, j'eus l'honneur de me faire votre disciple, vous étiez, déjà, le plus gros, le plusnoir, en même temps que le plus avisé de tous les corbeaux. Votre pupille dejayet, votre plumage d'ébène, votre poids et ce croassement que les mômes de Poulbot imitent à l'aspect des ecclésiastiques vénérables, faisaientde vous un important « voyageur de la nuit plutonienne » comme dit Edgard Poe. Vous aviez suivi la route des Alliés (ceux d'autrefois quand la Prusse et l'Angleterre communiaient de la même gallophobie) et, corbeau du Nord, vous apportiez en France la tradition des grands
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massacres germaniques. Vos ancêtres avaient, possible, connu le loup Fenris ; peut-être même, conseillers de Wotan, prédit à ce dieu l'animadversion future de Saint-Saëns le macrobite. La guerre était votre élément. Vous perchiez sur les morts avec la même désinvolture que sur le peuplier du neuf mars, quand notre peuple solemnise les mariages du printemps. L'exhalaison fétide et sinistre des charniers vous mettait en belle humeur. Les atrocités de la bataille échauffaient cette verve de pince-sans-rire qui convient si pertinemment à votre habit. Je reçus vosleçons, j'en profitai, jene tardai pas, comme vous, à tenir lamort etia douleurpour des conjonctures indifférentes. Le grand point n'estil pas de faire bombance, l'idéal de manger beaucoup et de repérer les bons morceaux? Partout où les Césars, les diplomates et les rois, les ministres mégalomanes et les peuples carnassiers — éternels pourvoyeurs de nos festins — poussent à la tuerie un ou deux
millions de jeunes hommes, où la Gloire met aux enchères de la tombe le laurier homicide, où le sang, d'une rouille maudite, flétrit la robe verte des prés et 'mêle son fade poison à l'eau chaste des fontaines, partout où Ton entend des cris, des pteurs et des gémissements, après que le canon s'est tu, notre vol s'abat; notre aile, repliée avec un bruit de soie, un frou-frou d'éventail, inonde d'épouvante la face des moribonds. Mais nous, « braves mangeurs d'hommes», nous attaquons d'ahan, le prodigieux repas cuisiné par la Mort. Nous mangeons, dévorant les yeux, les chairs, les lèvres blêmes, ces lèvres adolescentes qu'hier encore empourprèrent des baisers; nous dévidons les entrailles et voluptueusement nous buvons ce que la mitraille, les obus et les baïonnettes ont épargné de sève dans les cœurs. A ce régime, nous prenons du poids. Notre vol s'amplifie. Notre bec en ciseau devient, chaque jour, plus incisif et plus dru.
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Les villesbrûlent. Qu'importe ? Les champs ne reçoivent d'autre labour que l'éclatement des projectiles. Ici, la tranchée a pris la place du sillon. Les hommes, fauchés pour la récolte du Néant, tombent à la place même des seigles et des blés. En vérité, je vous le demande? Que peut nous faire tout cela, puisque notre gésier s'arrondit, puisque la viande foisonne et que nous avons, jusqu'à la fin de l'hiver, un menu diapré de chair nègre, jaune et rouge, avec deThomme blanc comme plat de résistance, de l'anglais au gin, de l'allemand à la bière cervoise et du russe à la vodka.
Au surplus, il serait un peu naïf de prendre au se'rieux des carnages où les hommes se complaisent. Les corbeaux emplumcs ne sont pas, entre les bipèdes, seuls à tirer profit du combat de la mort. Si vous, mon cher maître, vous éprouvez un juste orgueil d'avoir, le dernier jour de Leipzig, dévoré les yeux de Poniatowski, flottant sur TElster, combien de
freux, de choucas, de corax, pourvus d'un nom chrétien et d'un état civil, arrondissent leur ventre à la santé des morts! Ceux-là, ne croyez-vous pas qu'ils s'en fou . . . ichent, autant et plus que nous, de la tragédie et de la ruine, de la douleur éparse, et du cauchemar qui, depuis trente mois, pèse lugubrement sur l'Europe? La vente marche. Le commerce ne fut jamais si prospère. Les bourreurs de crânes et les marchands de charbon, Maurice Barrés et le bougnat du coin réalisent des affaires d'or. Et l'on irait se plaindre! Pour quelques tibias emportés, pour quelques ventres ouverts, pour quelques nigauds décervelés! La belle affaire! Quand les plaisantins et les moralistes font assaut, tour à tour, de verve et de pharisaïsme ! Quand le Français intelligent s'honore d'applaudir - La Revue des Poules! Quand Maurice Donnay raffermit les muscles des lutteurs avec le lilium de ses calembredaines! Quand les palefreniers de la repopulation
prêchent l'ensemencement de l'utérus! Bons apôtres. Femelles bréhaignes, célibataires sans familles, la plupart de ces jocrisses, d'accord avec le Sorcier du Vatican, estiment que l'Humanité future ne saurait éjaculer trop d'enfants, lesquels serviront plus tard de pâture à nos poussins.
Au demeurant, TUnion Sacrée impose le silence. Gardez-vous bien de proférer un mot de raisonnable; posez comme un cachet le doigt d'Harpocrate sur n'importe quelle parole de justice ou de pitié. Nous avons des ministres efficaces. Du moins, lorsqu'il s'agit de mettre à mal ceux qui pourraient nuire à leur commerce ! Qui d'ailleurs oserait incriminer ces chers ministres , d'insensibilité ? Jamais on ne congratula sur un mode pareil, à r « héroïsme » du soldat, les beautés du carnage. Les morts de Potidée et ceux des Thermopyles n'ont pas connu de telles funérailles. On donne du « héros » à n'importe qui, au premier venu, même à ceux que, par
m LETTRES FA MILIEU! S
mégarde, les canons français ont férus dans le dos, en rectifiant leur tir. Cela est infiniment de'mocratique. Gela permet de ne pas faire de jaloux. Si, après tant de paroles élogieuses, d'enthousiasme et d'encens, les morts ne sont pas satisfaits, c'est qu'ils ont un bien mauvais caractère. Que diable! Vous ne voudriez point, tandis que là-bas, ces vaillants, ces jeunes hommes offrent le plus pur de leur sang et le meilleur de leur vie en holocauste au bien public, vous ne voiidriez point qu'on nous empêchât, nous qui n'éprouvons aucun risque, de batifoler tout notre saoul? Que diriez-vous si les théâtres fermaient? Si les claquedcnts éteignaitni leur lanterne? Si Mayol ne chantait plus? Si le rouge de la pudeur montait à quelques fronts, devant le désespoir des mères, des femmes et des soeurs? Que diriez-vous, si les conférences dominicales de la Sorbonne faisaient relâche, si les ténors sans voix et les cantatrices hors d'âge cessaient d'otolondrer les blessés des
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hôpitaux avec la Chanson triste et Varioso de la Tosca?Ccux-là aussi, n'en doutez pas, mon cher maître, se tamponnent, si j'ose dire, le coquillard des maux que souffrent les vivants du front, en attendant la mort. Quand ils ont pris, avec leur déjeuner du matin, la tartine de Capus, de Barrés et même, ceux qui ne redoutent pas les odeurs émétiques, celles du général Hervé, les Parisiens vaquent à leurs occupations, gagnent de l'argent, émettent des truismes et des aphorismes, usent du langage articulé pour donner à la Bêtise un plus joyeux essor. Quelques-uns sont inoifensifs.
Néanmoins, outre les corbeaux à visage humain, issus de la même couvée et de la même espèce que les mornes rapaces dont Becquea, d'un trait vengeur d'eau-fone, stigmatisé les comportements, il existe encore des loups en smocking, des hyènes en pelisse de fourrures qui, dans le malheur public, découvrent des aubaines surprenantes, des profits mira-
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culeux. Tout leur est bon, parmi tant de calamités, depuis le carottage gagne-petit, jusqu'aux larcins gigantesques. L'épicier du coin, sur le thé du bourgeois vole quelques centimes. Le charbonnier, prince de l'hiver, spécule, d'accord avec le baromètre, pour vendre au poids du diamant ses cailloux incombustiles.
Ce sont les chacals.
Dans l'ost des nécrophores, ils tiennent l'emploi de Tabaki, ramassant les épluchures et croquant les rogatons.
Mais voici les grands carnassiers, terreurs de la jungle militaire : nouveaux riches, fournisseurs, industriels aux ongles durs, aux solides mâchoires, plus affamés que le requin, plus dévorants que Jacala! Chaussures de carton, capotes en papier buvard, conserves léthifères, leur génie approvisionne l'armée et complète l'œuvre de la guerre.
Caïmans et chacals engraissent à l'envi. Les uns saignent la poule sans la faire crier. Ils
s'enrichissent peu à peu; toutefois si la guerre continue un an ou deux encore, ils fermeront boutique. Ils doteront les fruits de leurs entrailles.
Les autres moins modestes, ayant peuplé généreusement les cimetières, empoisonné les soldats ou ruiné les civils, atteindront le million, ce premier degré de larichesse. D'affaires en affaires, de larcin en volerie, ils poseront le pied sur les hauteurs, quo non ascendani'l ils tutoieront les ministres, achèteront des tableaux, une terre seigneuriale. Que dis-je? ils prêteront des sommes aux parlementaires dans rembarras; ils trouveront un Leygues pour passer à leur cou le ruban de feu Ghauchard. Ceux-là fontmieux que rirede la guerre et se parler des fléaux qu'endurent leur pays» Qu'on ouvre les portes devant eux! Ce sont les maîtres mangeurs de cadavres. Ce sont les princes des corbeaux!
Et voici la femelle qui les divertira, passé minuit! Sautillante, la tète casquée, on dirait^
tantôt d'un éteignoir, tantôt d'un plat à barbe, guêtrée et piétée à demi sur les talons pointus de ses bottes gigantesques, sa robe, coupée au-dessus presque des genoux, semble indiquer le chemin à la fessée exemplaire qu'elle mérite. Mais elle sent si bon ! Et puis elle est si bête, la Parisienne, cettebécasse habillée en oiseau de paradis! Au début, elle jouait à l'infirmière, portait des voiles blancs et tutoyait les Noirs. Au point qu'uneordonnance ministérielle interdit expressément de diriger des soldati nègres vers les formations sanitaires où commandent les Dames delaCroix-Rouge.
Suaves créatures! Leurs aïeules s'enivraient de l'odeur du cosaque. Elles, préfèrent l'émanation du gorille primitif. Soudanais, Ethiopiens, Malgaches, Tasmaniens, Papus, n'importe ? pourvu qu'il ait les pieds saies et dégage le fumet de la bête en rut.
Cependant l'infirmerie, ainsi que les petits jeux de la suppuration et de l'amour, a bientôt c-essé de plaire. Mieux valaient encore les
filleuls. Et c'est pourquoi l'on put voir tant de maris à tête d'ànc encourager mesdames leurs épouses à correspondre, en attendant mieux, avec les étalons inoccupés.
Si le charbon est bien vendu, si le beurre fait prime et si le thé se transmue en objet de luxe, il est un commerce dont la prospérité sans seconde montre à quel point les colombes de Cythère sont du même avis que les corbeaux, touchant la part qu'il sied de prendre à l'universel. Jamais le trafic de la galanterie et, peut-on dire, de cuUetage ne fut en si grande prospérité. L'État lui veutdubien. Les Bureaux lui font un chemin de velours. Oyez ceci, maître bien-aimé. Tandis qu'il est défendu sous les peines les plus sévères aux épouses françaises d'aller au front, voir leur mari, une armée innombrable de péripatéticiennes égayé, entredeux bombardements, les nuits des soldats, jouvenceaux ou a pépères M, tant que les bienheureux, épargnés par les shrapnells, obus ou mitrailleuses.
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emportent, grâce à Vénus ennemie, autant de blessures intimes que les plus déchiquete's de leurs compains. Or, cela n'est-il pas beau de voir le soin qu'un grand peuple apporte à sauvegarder, sinon les mœurs, du moins la santé de ses champions?
Quant aux femmesfdu commun, les viragos à marmotte, la concierge, la tripière, la dame du « cintième » et la bandagiste d'en face, jamais de si beaux jours n'avaient lui sur leurs têtes odorantes et mal peignées. Le charbon manque à Passy, à Auteuil, dans la plaine Monceau. Mais Belleville en regorge. Ménilmuche fait un feu d'enfer; nos ministres, en effet, ménagent ces dames du Quatrième État, virtuelles tricoteuses, les chauffent, les appointent et se préservent ainsi de l'émeute ou de la révolution.
Quant au riche Sembat, socialiste d'affaires, Sembat-le-Grand-Frigorifique, il chauffe ses courtes jambes devant le meilleur de tous les feux. Car il brûle, dans son poêle à combus-
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tion lente, les poèmes de son ami Gustave Kahn qui, pour la première fois et grâce au manque d'anthracite, dégagent enfin die la chaleur.
Maître! nous ne pouvons philosopher làdessus. J'ai renoncé depuis longtemps à comprendre les affaires des hommes. Ils ne sont que sottise, fureur, incohérence, paroles vaines et absurdité. Leur advient-il de se réunir, comme nous, en bataillons pressés, en troupes régulières? Ce n'est pas, .croyez-le, pour jouir du froid matin et des livides crépuscules, ni prêter des accents à la tempête qui menace. Encore moins pour s'orienter vers la proie abondante et la nourriture facile, mais bien pour s'entredéchirer sans merci et répandre le sang de leurs mains criminelles. Après nous avoir donné l'exemple de l'homicide, ils nous enseignent le mépris de la douleur commune et du mal qui les étreint. Singuliers animaux! Tigres ou singes, mais dont pas un seul n'a la raison, l'esprit sagace et l'instinct
présagieux de la corneille emmantelée, aujourd'hui centenaire, pour qui je charpentai au mois d'avril 1916, mon premier nid dans les jardins de Talleyrand et qui, par un beau soir de lilas en iieurs, me donna, sous leurs ombrages, la leçon de Lycénion.
Dom Tiercelin, traduit du langage corbeau.
A Georges Clemenceau Autre dictateur
Votre nom, monsieur, reluit de toute la splendeur à quoi tendent les ambitions humaines. Il est grand, redouté, admiré, drapé de gloire, couvert d'amour, enguirlandé de terreur. Vous êtes César, vous êtes Auguste, vous êtes l'Empereur, en un mot. Jules ou Octave apparaissaient comme des marmousets auprès de vous. Si vos esclaves n'osent vous nommer encore, les Délices de la Terre, le Nombril du Monde ou l'Œil du Soleil, imputez cette lacune à l'occidentale médiocrité. On ne travaille en grand, même dans la flagornerie et l'obséquiosité, qu'aux
pays où croît l'encens. Vous demeurez, sous les yeux jaloux de la démocratie, un César en veston, un Auguste en queue-d'espie, comme celui du Cirque. Mais cela importe peu, n'influe aucunement sur le fond des choses. Vous tenez le sceptre et le glaive, le bâton et l'épée; vous commandez au troupeau des Français avec une insolence napoléonienne. Chaque jour, vous accomplissez des actes auprès de quoi la fameuse révocation et les « crimes » des anciens rois ne sont que pagnote ou bière de la Saint-Jean. La Fortune longtemps vous fut adverse : elle n'aime pas les pauvres. Vos besoins d'argent (car vous êtes artiste et, sans compter le reste, vous ne sauriez passer quelque temps sans revoirGrenade, Veniseettousleslieuxenchantés où s'épanouit le laurier-fleur), vos accointances avec l'étranger, votre fidélité — disaiton, mercenaire — à la « perfide Albion », vous rendait sinon odieux, tout au moins antipathique à la plupart des Français. La
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foule — ah ! que spirituelle ! — vous reconduisait au cri de (n Aho! jesî » après une journée parlemenatire où votre étoile parut sombrer pour toujours. L'on vous reprochait sans aucuneréticence de vous être venduau sinistre Cornélius Herz. Mais il n'est rien que de ^ ivre longtemps. Vous avez mis en terre vos ennemis : Jules Ferry, ce pantin de Rochefort, le grand Jaurès, dont la haute conscience, le courage civil faisaient un si violent contraste avec les sauts de carpe dont votre politique a souvent abusé. Le hasard, que vous SLites attendre jusqu'à la septentaine, vous a royalement servi. A l'heure où le découragement, la peur^ la conscience de la défaite imminente, soutirait à la France le peu que ce cauchemar de quatre longues et maudites années lui laissait de force morale, un Parlement aux abois vous désigna pour « faire la guerre ». Et vous la fîtes, dès le premier jour, avec fureur, avec cette noire inhumanité que reprochent à l'Allemagne Içsdéclamatcurs du
patriotisme, les « revenchards » qui espèrent avant peu de saisons, une saignée encore plus atroce que la guerre finissante. Donc vous la fîtes, cette guerre, vous la fîtes surtout à vos ennemis. Le président Joseph Gaillaux, seul, c'tait en possession de vous tenir tête. Vous imaginâtes des prétextes, des conspirations de vaudeville, pour emprisonner, fusiller, proscrire, innocentes ou coupables, peu vous importe, les victimes que demandait la couardise publique, l'Epouvante collective de la France aux abois.
Avec Léon Daudet et Tex-socialiste Mornet pour exécuteur des basses œuvres, vous formez un triumvirat de bourreaux, un comité de salut public dont la charrette emporte, avant tout autre, vos intimes ennemis au champ d'exécution. Un jour — voici, depuis, bien des jours écoulés! — vous étiez couché sur la table d'opération, pour je ne sais quelle chirurgie. Un des médecins qui — sauf erreur — aidaient le professeur Pozzy, tenant le
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bistouri, s'avisa de dire au praticien : « Prenez garde, maître, de toucher le cœur. » — « Le cœur! mais vous savez bien qu'il n'en a point », rétorqua celui-ci sans arrêter le dépècement de votre chair. Ce manque de cœur vous a grandement servi. Pour les imbéciles, amateurs d'esprit tout fait, vous êtes devenu « Le Tigre ■», le monstre « haïssable mais redouté — oderint diim metuant — qui, à force de proscriptions et de meurtres, finira par sauver la pécune et la carcasse du Riche, le Riche que, seul, vous aimez et protégez. Dictateur au goût de la Ploutocratie, il vous appartient de faire avorter les desseins de la raison et de la justice. Toutes les réactions, cléricales, militaires ou capitalistes, fondent sur vous un espoir infini. Ce que Wilson, entaché malheureusement de piétisme, a rêvé, cette société des nations, qui, « sans Dieu ni maître », suivant la haute formule de Blanqui, représenterait la plus haute civilisation humaine, échouera sous vos sarcas-
mes et le mauvais vouloir de vos laquais.
C'est pourquoi, berger des troupeaux de France, alors même que le plomb d'un fanatique maladroit n'eût pas, en effleurant vos épaules dictatoriales, éclairé votre nom d'une splendeur nouvelle et pathétique, ce nom vient ici en première place — a dexira sidéra — puisque le bruit que vous faites, depuis plus d'une année, dans le monde, en a peuplé tous les échos.
Caligula, ce garçon d'abattoir, dont le mufle carnassier, lauré du diadème, semble, parmi les classiques visages des Césars, une image de la populace, affrontée aux derniers représentants de l'antique patriciat, déplorait fréquemment, vous le savez, la malveillance du Destin. Les dieux ennemis, hostiles à Caïus, n'avaient point, en eff'et, accordé à son règne le bienfait des catastrophes mémorables, peste, inondation, guerre, famine, incendie ou tremblements de terre, ces catastrophes qui dépeuplent, en un jour, la moitié dç