ARRIVÉE DBS OISEAUX LE PRINTEMPS À SILLERY
Corneilles, 1er mars:
Le Nivrolle de Wilson, 16 avril:
Le Pinson chanteur, le rosség ol, T5 avril; Le Rossignol de guéret, 15 avril:
Les Pies, 15 avril; Le Pinson pourpre, 20 avril:
Le Pinson domestique, ( soc/alis ) 20 avril:
Les Hirondelles, 23 avril:
Les Merles en bandes, 28 avril:
Les Grives solitaires, 29 avril ;
Les Grives de Wilson, 1er imai :
Le Ministre, 1er juin.
La température, chaude ou froide, hâte ou retarde le retour de nos amis.
LETTRE JIiL.
SILLERY, Juin, 1888.
Je vous signalais, naguère, le retour de nos mar-
tinets de cheminée. Eh bien ! demain peut-être, satisfaits de leur exploration du local, ils seront prêts à accrocher le hamac nuptial aux parois intérieures de nos cheminées, dociles, comme par le passé. à
leurs instincts ou à la mimoire des lieux qui les ont vusnaître. Je les
ai vus. hier, descendre de la nue et s'engoutlrer comme un trait dans l’orifice de nos cheminées, allègres et bruyants.
* Maus, où donc nichaient-ils au temps de Jacques-Cartier, avant qu'il fût question de cheminées ?
Avec votre permission, Je hazarderai une hypothèse. Plus de sept décades apres, à lere de Champlain, quand se construisit PF éAbitation” etses chemintes, les martinets, s'ils venaient ici comme touristes d'été, se déciderent à S'établir comme colons.
Les martinets, du reste, comme bien d'autres membres de la grande famille aîlée, ont, eux tussi, leurs secrets: leurs intimes parmi les hymains réussisent quelques fois, à force d'observations, à leur en ravir quelques-uns.
C'est ce qui me donnera occasion de veus présenter à un anien ami qui, depuis bien des années, à être au mieux avec les hirondelles et la classe ornithologique en général: M. F. Lescuyer, de Saint-Dizier, un des orñithologues les plus accrédités de France, et mieux encore, un philosophe chrétien : ce qui m ins estcommun aujourd'hui. en sait long, celui-la, sur ces chers anis, les oiseaux. Lescuver à exploré en tous sens la fertile vallée de Ha Xfarne, ses prés, ses coteauix ses forêts, scrutant à toutes les heures du jour et souvent de la nuit le va-et-vient de la tribu aîlée. La France ne lui a pris ménagé les honneurs ni les diplômes. Leseuyer était plus que savants iletait un philanthrope, l'ami du moissonneur, de l'homme des champs, s'étudiant à améliorer le sort de l’agriculteur, en lui faisant connaître les o1seaux utilesà son exploitation pour éliminer, détruire les insectes nui-
18 LETTRES FAMILIÈRES SUR Lis sibles à l’agriculture, — épurateurs envoyés de Dieu et qu’il faut protéger.
Lescuyer à fait pour la France ce que la nouvelle école, les éminents naturalistes ( fred naturatulists ) du jour, font en ce monent pour les Etats-Unis avec Pappuic d'une vaste organisation dirigée par le savant ornithologue Hart Meriam,— subventionnce par l'Etat au montant de $15.000 par année, [ls explorent du Labrador à la Floride, le continent entier en quête de renseignements touchant les insectes nuisibles aux moissons, aux arbres, aux léguines, aux fruits, et notent la présence de leurs ennemis naturels, les oiseaux insectivores.
Grâce à l'obligeance de M. Lescuver, j'ai par devers moi toute une série de ses remarquables volumes Je vais, ce jour, vous offrir quelques échantillons de Teur contenu, les passages qui ont rapport à deux variétés d'hirondelles qui nous sont bien connues :
* Quel beau réve que celui d'être hirondelle, avoir des journées
de plus de quinze heures chacunes, passer les deux tiers du temps et
plus à voler, faire plus de six kilomètres eu un jour, au-dessus des plus beaux pavsaces, c'est-hedire naver, se balancer ct se bercer dans dans les ondes del pace, ct tout cela, our chasser, Etre recue dans Îles inafsons comime une amie, chu les grands scioneurs ainst que dans les plus modestes families: aller, puand l'hiver arrive, continuer ses chasses ans tout FA que,
‘ Emporté comme par l'ouragan, pourraitelle chanter aussi bien que l'alouette? Non: mais son chant Cost Hu vol, c'est la voluptuense harmonmnte de ses ondulations. les juutlations d’une danse aérienne, Parfois, en pantllottant quelques instants, elle reste presque en équilibre, alors elle trône en planan
&\fäle et femelle ont leur n re l , moins fortes et plus douces one cellesd jai il l ( ient dans les ‘it it tirent notre attention t nous dont assister à la croisade de ces pra Cieux clininateu
«I y] beu | ) il ( rail res on nid, sui la pu rit tr Liardin voisin, surtout au SO. | :
+ Le azoutilement de Phirondul st doux, eracieux. ét finit par une uote élevée d'une quinté tenue plus longtemps que les autres et d’une trèés-éneroique expression de honheti
Un cultivateur me disuit un jour: °° Penlant ma maladie, com-
bien je me plaisais à écouter le tendre gazouillement des hirondelles ; tout ce qui va au cœur est si bon quand on souflre.”
‘ Lecteurs qui cheminez près de ce château, quelles notes éclatent au-dessus de vos têtes ? Est-ce une parole où un chant? On a bien le temps vraiment d'y penser. Une bande de martinets est passée comme la foudre. Leurs cris stridents, c'était le vacarme du traqueur, le hourra du sauvage, la fanfare de l’hallali, un cri de chasse et de joie.
‘ En cette charge incomparable qui vient de fondre dans les airs, combien de nos ennemis, —les insectes aîlés,— n'ont-ils pas succombé? |
‘En grand nombre et paisiblement réunis à l'abri des murs et des arbres, ils dressaient peut-être avec bonhenr une statistique des fruit les plus mûrs; mais effravés, ahuris, ils ont pris le large et ont dis paru dans le bec des martinets. Etre pris, enseveli,enfoui et même digéré, tout cela n'a pris qu'un instant, L'insecte n'a pas eu le temps de s’en apercevoir. Quelle mort plus douce pouvait-il désirer ?
‘ Quand ces cris impétueux, étourdissants, éclatent sur votre tête, applaudissez ; c’est la police qui fait sa ronde dans espace et sous les nuages ; ce sont les éliminateurs de nos ennemis les moins vis'bles et les plus insaisissables ; c'est une fanfare de louvetiers de l'air.
‘ Ainsi qu'on le sait, les martinets noirs aiment à se réunir pour chasser. Chaque jour ils accourent au rendez-veus, là surtout où il y'a de OTOS bataillons d'insectes...
‘+ L'insecte passe-t-il d'arbre en arbre, de massif en massif, de mai-
son en maison pour éviter les dangers d'une longue traversée, S'É- 'bve-t-il au contraire pour se faire pousser comime un ballon par le
vent, il n'échappe pas à ces infatigables chasseurs à courre, à cor et à cris. Une fois rentré dans son trou, le martinet gazouille. ‘Au 15 juin, les martinets se lèvent à 3.40 heures et se couchent à
d'émoucheur. Ils
8.30 neures, donnant ainsi dix-sept à leur industrie manwent, et si, pour la sieste où pour toute autre chose, ils prennent quelques instants de repos pendant la journée, ils se multiplient d’autant plus le matin et Le soir. C'est alors que de leurs cris les plus perçants als ellraient et mettent en mouvement, pour les happer, les insectes de nuit et de jour que le sommeil engourdit déja où qui se reveillent à peine. Ce sont les heures des hourras frénétiques et des plus joyeux hallalis.?
Lelle Lescuver nous peint Fhiron elle de France: sa sœur lui
ressemble en tout point au Canada.