‹ Lettres familières sur les oiseaux du Canada [microforme]Chapitre 7 sur 13 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

SILLERY, Juin, 1888.

“Voix ailées, voix de feu, voix des ane ges; émanations d'une vie intérieure, supérieure à Ja nôtre, d'une vie voyvageuse et mobile qui donne au travailleur fixé sur son sillon des pensées plus sereines et le rêve de la liberté.”

(L'OisEAU, MICHELET.)

Le Reveil des Oiseaux.

Une radieuse metinée de juin,—la veille de la St Jean-Baptiste, — il y a de cela plusieurs lustres, éveillé par le concert matinal des oiseaux, je me redisais, instinctivement peut-être, une des strophes harmonieuses, alors récemment écloses de mon regretté camarade de collège, Octave Crémazie :

Salut, à doux printemps!

La voix fraîche et sonore De l'oiseau dans les champs Au lever de l'aurore.

Annonce ton retour:

Tu parais, et la terre Dans un long cri d'amour, Te chante et te venère, Voilà bien, me suis-je dit, l'accent du poète au réveil de la nature. A l'Orient, les premiers feux du jour, réflétés en luxuriante tapisserie d’or et de saphirs, se déteignaient sur les verdoyantes chevelures des pins de Spencer-Wood, mes vieux voisins, qui, depuis un temps immémorial, prètent leur ombrage hospitalier à avenue majestueuse, au bas de la piazza du château, en gagnant vers Samos.— Samos, au siècle dernier, était le coquet castel d’un prélat distingué, Mer Dosquet ; plus tard, l'honorable Wim. Sheppard v érigeait une radieuse villa, où feu M. James Gibb lui succéda. La site sert maintenant de nécropole aux fils de St Patrice.

Qu'ils sont beaux nos érables du Canada, avec leurs vertes couronnes, en juin ! Qui trouvera le secret de les soustraire, le jour de la fête nationale, aux assauts impitoyables des farouches patriotes de nos

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fau" ourgs, les cabaretiers, charcutiers et autres industriels. Eux aussi, ils veulent payer leur tribut à la patrie, et pour décorer la façade de leurs cabarets et de leurs échoppes, ils immolent par centaines, pour en avoir les feuilles et les rameaux, l'emblème chéri du Canadien. Hélas ! pas même le loyal père de l’arboriculture, Henri Gustave Joly de Lotbinière, ne saurait protéger sa progéniture forestière!

La fraiche haleine du matin pénétrait par la croisée entr'ouverte, chargée du parfum suave du lilas. La double haie de lilas, d’églantiers, d’épine-vinette dans mon jardin n’était alors d’un bout à l’autre, qu'une guirlande odoriférante, blanche, lilas, rose. Flore, il est vrai, n'avait pas encore entièrement déclaré sa suprématie, à cette date de l’année. Bien que les tulipes, les lis, les violettes tiraient déjà sur leur déclin, quelques roses hâtives, condamnées à ne survivre que l’espace d’un matin, laissaient défaillir leurs pétales carnées.

Les balsamines, les iris, les pivoines rouges, roses, blanches, panachées, odorantes, étaient en pleine floraison. Platon eut pu y puiser une panacée pour ses maux, comme au temps du médecin Poçeon.

Le silence, à cette heure, eut été oppressif et fatiguant, simon oreille n’eût de temps en temps entendu des sons familiers, portés sur l’aîle des zéphirs: le roulement saccadé d’une locomotive dans le lointain, le train de nuit (ie train des bœufs comme l’on dit à la campagne) entrant à la gare de Lévis, le sifflet aigtü d’un vapeur-côtier chargé de produits pour le marché du jour, le signal pour demander un pilote donné en rade par un des colosses de la ligne Allan, se hâtant de passer outre, vers Montréal, plutôt que de faire escale ici comme par le passé. Bientôt résonnèrent les salutations matinaies, que les roquets de Bergerville échangeaient avec les terreneuves de Spencer Wood et le fidèle gardien de mon logis, le Sa/vt Bernard Wolfe, dont la grosse voix résonnait comme celle du bourdon de Notre-Dame.

Il yavait dansles champs, sur les près, sousla charmille, au haut des pinset des. chênes, un concert ornithologique, dont le crescendo devenait assourdissant, à mesure que l’astre du jour se dégageuit de sa couche nuptiale, comme un époux radieux. Notons ja présence de quelques-uns des virtuoses. D'abord, on entendait la voix retentissante du chef d'orchestre : un merle superbe, perché à la plus haute branche d’un merisier. Le ménestrel, sans doute pour charmer les

22 LETTRES FAMILIFRES SUR LES longues heures de l’incubation pour la belle pondeuse, au pommier voisin, lui chantait une de ses plus fraiches ritournelles,

Un son métallique, vibrant, comme la note du hautbois, n''arrivait par intervalles régulières de la cime d’un bouleau; c'était l'hymne matinal de la grive solitaire,

Un wénistre, dans un vieux chêne, faisait miroiter au soleil son manteau d'azur, sous certains aspects, bleu comme l'indigo ; d'où lui vient son nom anglais Zudigo Bird, Un modeste mais mélodieux pinson, notre rossignol, faisait entendre d’un buisson voisin sa tendre chansonnette ; le grand moucherolle huppé (Great crested Fly Catcher) qui revient depuis trois ans chaque été à nos bois, lâchait de temps à autre, un cri rauque qui n'était pas sans agrément: le Vireo aux yeux roux, (Æed-eyed Vireo), barde mélancolique des grands bois, de mai à septembre, remplissait son rôle obligée dans le concert matinal, que le va-et-vient d’une bande de corneilles, harcelées par des titvris belliqueux (/e woucherolle- Tyran) gâtaientun tant soit peu par leurs clameurs intempestives. Le Pinson à poitrine blanche (Pennsylvannicus) sonnait de son bruyant clairon, sifflement qu'il répète la nuit aussi bien que le jour. Le Niverolle de Wilson, la Woxne, avec son costume couleur d’ardoise, blottie dans la charmille, — l'on dirait d’une re/{oieuse, en derni-deuil,—égrenait son petit chant sec ét nous laissait tout juste le temps de la voir, avant de s’enfoncer sous la charmille : fagéé ad salices et se cupit ante viderti, comme la bergère de Virgile.

Deux : eais bleus, passèrent au-dessus de ma tête, en poussant quelques notes stridentes et au même instant un couple de Pies aux ailes dorées ( Golden vinged Woodpecker), précurseurs de la pluie et connu des Anglais sous le nom de Aaix Æow/, nous répétaient à tue-tête : ‘Pluie ! Pluie ?” Assez pour aujourd’hui.

Prochainement je vous entretiendrai de bien d’autres constants amis que Île printemps nous amène.

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LA LTRE VV.

SILLERY, Juin, 1955.

Le chant c'est le sublime duns le beau, parce qu'il est l'expression de la foi, de l'espérance et de l'amour, c'est Ta eur «ur un cimetière, l'étoile nu mi.

heu de la nuit, une voix atnie dans le désert, un prélude des éternelles hitrimonies. -

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